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Critique de gouelan


Lorsque le français local est teinté d'emprunts à la langue bretonne on obtient le "bretonnisme" ou ce que les linguistes appellent substrat linguistique. On pourrait aussi l'appeler le français local ou " franbreton".

L'école ayant voulu ignorer la langue bretonne, les écoliers devaient parler un français standard, comme dans toutes les écoles de la république. Leurs parents se sont échinés à leur apprendre, sans le maitriser réellement eux-mêmes, le français, en conservant souvent l'accent tonique du breton.
Il en résulte que ces écoliers "baragouinaient" le français, avec une influence de la tournure bretonne. Alors que si on les avait laissés être bilingue, en apprenant le français comme on apprend une langue étrangère, il y aurait eu peu d'interférences . Ils auraient obtenu un meilleur niveau de français. C'est ce qu'on a constaté avant la guerre 14-18.

Ce livre nous fait sourire quand on se rend compte tout à coup que certaines expressions qu'on emploie assez souvent, viennent tout droit du breton, telles que:
" Avoir l'air fin" pour " avoir l'air malin"
" C'est pas dit que.." pour "C'est pas sûr"
" C'est pas pour dire, mais..."
" Il a bu cinq verres de rang." pour "d'affilée, à la suite"
" Il est resté bête" pour "être interloqué"

On retient aussi quelques interjections comme
" hopala!" ou "hopopop!" pour dire "ho là là! ou "assez, ça suffit" quand votre hôte vient de vous servir votre verre à ras bord.

On remarque aussi des usages surprenants des verbes en français ( sauf pour les "bretonnant"), tels que;
"attraper froid, attraper un rhume"
" ma journée est faite" pour finie
"faire du vélo"
" le temps est parti pour rester" pour dire qu'il va continuer à faire beau.
" il a fait pareil que nous" pour " il nous a imité."

Et aussi de répondre par l'adjectif opposé:
"C'est pas mal!" pour dire que "c'est bien."
"Y a pas à se plaindre!" , en parlant du temps, même si le soleil brille vaillamment dans un ciel bleu azur. ( Ce qui arrive souvent en Bretagne!). D'aucuns y voient toute l'expression de l'humilité de la culture bretonne.

Il y a un mot qui m'a fait beaucoup rire; "genaoueg". J'ai cru entendre mon grand-père disant : " il est tout genaou!", ce qui voulait dire il est penaud, niais.

On note aussi la confusion entre le verbe être et le verbe avoir.
Par exemple;
"Il a été à Brest ce matin" ou "sa voiture a la couleur blanche"
On comprend mieux cette confusion, qu'on entend encore fréquemment chez les personnes âgées ( mais pas seulement.), quand l'auteur nous explique que le verbe être en breton peut aussi prendre le sens de "avoir" en fonction de la préposition qui suit. L'erreur devient tout de suite excusable.


Mes grands-parents ne parlaient pas le breton, mais plutôt je pense le gallo ou un substrat de gallo ( En Haute- Bretagne.). Je pensais que c'était un patois , avant de savoir que le gallo est l'une des deux langues qui étaient parlées couramment en Bretagne autrefois. Pourtant j'ai bien reconnu certaines tournures de phrases empruntées au breton et qu'on utilise aussi dans notre région.
Il y avait sans doute des interférences entre les deux dialectes.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre, très bien documenté avec une recherche approfondie de la langue bretonne.
On apprend plein de choses intéressantes.
On se dit aussi que c'est bien dommage que toutes ces langues régionales tentent à disparaitre, elles font partie de notre histoire, de notre identité.
En refermant ce livre, on a tendance à voir des "bretonnismes" partout.
Je me demande si , quand je dis " C'est pas donné", pour dire que" c'est cher", cela n'est pas justement un" bretonnisme"?

Merci à Hervé Lossec, je me sens encore un peu plus bretonne maintenant.

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