AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
>

Critique de BurjBabil


Ce livre sur le Liban est une intéressante démonstration de ce qu'est un livre pseudo objectif. La pseudo-objectivité est à l'antenne, au journal (ici au livre) ce que le régime pseudo-périodique est à la physique. L'un n'est pas périodique, l'autre pas objectif.
Pour résumer : d'un côté les faits, c'est la partie intéressante de ce bouquin : Quand une date est avancée, une succession d'évènements relatée, on peut y trouver de l'intérêt si on ne connaît pas trop l'histoire de ce petit pays géographiquement bien/mal loti.
Mais là où cela devient amusant lorsqu'on a appris à déchiffrer les discours sous-jacents, c'est dans la narration qui est faite des évènements. On retrouve dans ces passages la verve de l'auteur, collaborateur du site «Atlantico» qui affiche clairement ses orientations, conformes aux attentes des médias mainstream et de leurs commanditaires.
Quelques exemples parmi de nombreux possibles :
A propos du Hezbollah chiite par exemple, dont l'histoire de la formation est par ailleurs fort bien résumée :
« Sa prétention à être le tuteur des peuples arabes paraît ridicule quand on se rappelle que son public libanais est moins nombreux que les habitants de la ville de Homs, en Syrie... ». Alors qu'un peu plus loin on peut lire : « ..., dessinent une société libanaise démographiquement dominée par les chiites à plus de 37 % » . . .il faudrait savoir . . .
Ou encore à chaque évocation du dirigeant Syrien actuel : « du docteur Bachar », « à peine revenu d'études avortées... » etc ... ce mépris est presque systématique. Cela n'a aucun intérêt pour expliquer le fonctionnement de la société Libanaise.
Je ne commente pas le chapitre du « voisin du sud », pourtant très important pour le Liban, je tiens à conserver deux ou trois amis babéliotes.
Autre exemple : « Les quelque 200 bars de nuit ou boîtes de la capitale garantissent environ 20 % des revenus touristiques du pays. L'essentiel de ces touristes vient de la diaspora sans que l'on dispose de chiffres précis » ou comment réussir l'exploit de chiffrer ce qu'on explique ne pas pourvoir chiffrer ! Dans la même phrase ! Chapeau l'artiste.
« L'ancien Premier ministre Rafiq Hariri est assassiné le 14 février 2005. Beaucoup accusent la Syrie et donc, par ricochet, le Hezbollah » ou comment accuser l'air de rien, par ricochet . . .beaucoup accusent, ce n'est pas l'auteur, c'est «beaucou » . . . Ce n'est pas faux. Ni vrai. C'est pseudo vrai? Ou pseudofaux? en fait cela dépend pour qui...
« En clair, si les sunnites ont un réservoir démographique fort (les Palestiniens, les Syriens…) » . . . Je ne suis pas sûr qu'un sunnite Libanais accepte cette identification à ces deux populations seulement au prétexte qu'ils partagent une même confession . . . C'est tout sauf clair mais passons.
L'illusion de pseudo-objectivité, c'est donc cela.
C'est hélas toute la limite de l'exercice pour un pays comme le Liban, tiraillé comme quasiment tous les pays actuellement par des tensions extrêmement vives, mais exacerbées dans ce cas par la présence autour de lui de voisins extrêmement difficiles puisque pourvoyeurs de réfugiés (palestiniens puis syriens) ou de menaces contribuant à la déstabilisation du pays. Cela aurait mérité, sur la même base factuelle, une écriture plus mesurée en évitant les insinuations, les saillies que l'on peut se permettre dans un éditorial mais qui, dans un livre pouvant prétendre à une sorte de référence vulgarisatrice, est déplacé.
Donc pour résumer ; c'est intéressant par petits bouts, orienté atlantiste, avançant des chiffres farfelus issus de diverses sources aux fins de propagande et ne permet donc hélas pas une vision suffisamment éclairée des enjeux du pays du cèdre. Il doit y avoir mieux sur le même sujet.
Commenter  J’apprécie          140



Ont apprécié cette critique (12)voir plus




{* *}