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Critique de Presence


Ce tome regroupe les 7 épisodes de la minisérie initialement parue entre 2003 et 2005.

Kiden Nixon est une adolescente, elle est fille de flic et son père a été descendu sous yeux alors qu'elle était encore une enfant. Elle habite New York, elle sèche les cours et elle sort tous les soirs en colorant ses expériences à l'aide de substances psychotropes. Sa mère essaye tant bien que mal d'élever ses autres enfants (des jumeaux plus jeunes que Kiden et un frère plus âgé). Son frère plus âgé revend de la drogue au coin de la rue. Au cours d'un incident grave au lycée (un autre élève tente de lui tirer dessus avec un revolver), Kiden découvre qu'elle est capable de suspendre le temps pour une durée qu'elle ne maîtrise pas. D'incident en accident, elle choisit de fuir de chez elle et de vivre dans la rue où le fantôme de son père commence à lui apparaître. Elle croise le chemin de Laura Kinney et de Tatiana Caban, tout en impliquant Cameron Palmer (une de ses profs) dans son mode de vie alternatif.

Cette série a connu un succès mitigé car Joe Quesada décide de manière consciente de sortir des sentiers battus. Il met en scène 4 mutants qui sont rejetés de la société et contraints d'adopter un mode de vie alternatif dont il n'y a pas d'issue facile. Non seulement, chaque individu est issu d'un milieu plutôt défavorisé, mais ils se trouvent confrontés au crime organisé de manière plus ou moins pernicieuse. Par exemple, Laura Kinney est quasiment muette et elle effectue des passes de types sadomasochistes pour le compte d'un souteneur peu commode.

D'un coté Quesada réussit vraiment à faire exister ses personnages. Aucun d'entre eux n'a un profil psychologique simpliste et il est facile d'éprouver de l'empathie pour ces perdants, ces individus qui n'ont pas pu accéder au rêvé américain. Sans être un documentaire ou outrageusement réaliste, il est visible que Kiden Nixon doit faire des efforts pour s'adapter à la vie dans la rue (accepter une dégradation significative de la qualité de sa nourriture), mais aussi qu'elle reste capable d'apprécier sa liberté retrouvée. de la même manière, Bobby Soul (le mutant qui travaille pour le proxénète) ne se limite pas à un homme de main abusant de son pouvoir et jouissant des souffrances qu'il inflige. Il y a des conséquences à l'utilisation de son pouvoir et des raisons à son travail pour le proxénète.

D'un autre coté, Quesada a du mal à doser les ingrédients des méchants. le personnage du proxénète n'arrête pas de se poudrer le nez et de diriger sa petite entreprise d'une manière qui défie l'entendement. La première apparition de Laura Kinney (future X-23) est saisissante, mais ce personnage reste une énigme peu développée pendant toute l'histoire.

Les illustrations sortent également de l'ordinaire. Les 4 premiers épisodes sont illustrés par Joshua Middleton, et les 3 derniers par Robert Teranishi. le style du premier constitue un compromis entre un trait très épuré (qui rappelle un peu les frères Luna par moment) et un sens incroyable du langage corporel et de la composition. Il réussit des visuels marquant de page en page. Par exemple lors de sa première apparition, Kiden est sur le siège des toilettes dans une boîte de nuit dans un style Lolita des plus troublants. Les scènes dans les couloirs du lycée évoquent toutes les séries d'ados auxquelles vous pouvez penser, tout en restant originales. Il est aidé en cela par la mise en couleurs délavée et pastel. La première apparition de Laura Kinney sort de nulle part et marque également l'esprit par son aspect de poupée gothique désespérée et dépourvue d'émotions. Robert Teranishi prend le relais en imitant d'assez près le style de Middleton, mais avec un encrage un peu plus appuyé et des contours plus affirmés. Les dessins perdent en naïveté superficielle pour devenir un peu plus grave. Les scènes deviennent plus réelles et perdent une partie de leur texture onirique.

Une partie de ces personnages a eu droit à une deuxième histoire dans No Way Home écrite par Marjorie Liu.

"NYX" (pour District X de New York) est une histoire Marvel qui ne ressemble à aucune autre histoire Marvel du fait du caractère assez dur des situations des adolescents (pas de jolis costumes, pas de gadgets, pas d'école pour surdoués, pas de personnage immensément riche, peu d'utilisation de superpouvoirs), d'une réalité sociale côtoyant la criminalité ordinaire et d'absence de dénouement magique, ou d'affrontement en ordre de bataille, ou de supercriminels. Elle sort également de l'ordinaire par son aspect graphique sophistiqué, sans chercher à plaire. Elle n'atteint pas tout son potentiel du fait d'un méchant mal dégrossi et d'une réalité sociale parfois un peu caricaturale. Mais je me suis retrouvé incapable de résister à l'empathie suscitée par ces laissés pour compte.
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