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Critique de Presence


Ce tome fait suite à Daredevil by Chip Zdarsky Vol. 4: End of Hell (épisodes 16 à 20) qu'il faut avoir lu avant. Il regroupe les épisodes 21 à 25 et annuel 1, initialement parus en 2020, écrits par Chip Zdarsky. Marco Checchetto a dessiné et encré les épisodes 21, 23 et 25, mis en couleurs par Mattia Iacono (é21) et Marcio Menyz (é23 & é25). L'épisodes 22 a été dessiné par Francesco Mobili, encré par Victor Olazaba et mis en couleurs par Mattia Iacono. L'épisode 23 a été dessiné par Mike Hawthorne, encré par JP Mayer, et mis en couleurs par Mattia Iacono. le numéro annuel a été dessiné par Manuel Garcia, encré par le Beau Underwood, et mis en couleurs par Rachelle Rosenberg, Chris Mooneyham dessinant les séquences du passé. Les couvertures ont été réalisées par Marco Checchetto pour les épisodes 21 à 25, et par Zdarsky pour l'annuel. Ce tome comprend également les couvertures alternatives réalisées par Declan Shalvey, Alex Ross, Ken Lashley, Salvador Larroca, Checchetto.

La bataille pour Hell's Kitchen a pris fin. Au milieu des incendies encore fumant, Kingpin et Daredevil se tiennent dos à dos. Les journalistes sont déjà là pour savoir si Daredevil va vraiment se rendre à la police. Un autre interroge le maire Wilson Fisk pour savoir si ce combat l'a fait changer d'avis sur la culpabilité du superhéros : il n'en est rien. Il ordonne aux officiers de police présents de procéder à son arrestation. L'inspecteur Cole North s'y oppose attirant plutôt leur attention sur le cas de Leland Owsley qui fanfaronne qu'il n'a pas de chef d'accusation à lui coller sur le paletot. Izzy Libris intervient pour l'accuser du meurtre de son fils, ce qui fait réfléchir Matt. Mais sa décision est prise : il demande à Cole North de lui passer les menottes et l'emmener au poste. Il veut répondre de ses actes devant la justice. Wilson monte dans sa limousine et écoute son assistant Wesley lui dire que son action d'éclat l'a fait monter dans les sondages, puis il prend le téléphone pour répondre un appel. Il s'agit de Una & Quinn Stromwyn qui le félicitent pour s'être fait ainsi remarquer, Una ajoutant qu'une nonne un peu étrange a été aperçue dans les parages. Wilson lui raccroche au nez.

Assis sur la banquette arrière, Daredevil explique à Cole qui conduit que c'est essentiel pour lui répondre de ses actions devant un tribunal, pour donner le bon exemple aux autres superhéros, qu'ils doivent rendre des comptes. Cole fait un écart pour éviter une voiture qui vient de se mettre en travers de son passage. Foggy Nelson en descend en levant bien les bras au ciel pour montrer qu'il est inoffensif. Il souhaite parler à son client pendant une minute. Foggy fait observer à Matt qu'en agissant ainsi il met en danger ses proches, mais qu'il a une stratégie à lui proposer. Daredevil, toujours masqué, entre dans le bureau du District Attorney Ben Hochberg, amené par Cole North, et représenté par Foggy Nelson. Ce dernier explique que son client est l'individu Daredevil et il explique en quoi cette identité est recevable. Par un concours de circonstances extraordinaires, Mike Murdock a acquis une existence bien réelle. Sa vie n'a pas été facile.

Depuis deux tomes, Chip Zsarsky a réussi son pari : raconter une histoire prenante de Daredevil en suivant le schéma habituel, avec assez d'éléments différents des précédentes itérations pour bien accrocher le lecteur. Il a descendu le héros de son piédestal de manière brutale : lors d'un affrontement, le superhéros a provoqué la mort d'un agresseur, sans intention de donner la mort. Afin d'éviter que cela ne se reproduise, il a décidé d'abandonner son identité secrète Mais le besoin demeure : il faut un protecteur des citoyens de Hell's Kitchen, quelqu'un qui les aide contre les supercriminels, mais aussi contre les abus de pouvoir des puissants. Rien de bien neuf, mais raconté avec une dose de personnalité suffisante. Les personnages habituels sont bien présents : Wilson Fisk, Franklin Nelson, Elektra Natchios, et quelques autres, ainsi qu'un ou deux petits nouveaux comme Cole North l'inspecteur de police intègre. Zdarsky ne révolutionne pas le personnage, mais il sait bien faire prendre la sauce, en respectant le personnage principal.

Dans un premier temps, le lecteur est content de voir que Checchetto est de retour. Pour commencer la couverture est magnifique, avec une posture de défi de Daredevil prêt à se battre contre plus fort que lui, avec des traits de contour tellement fins qu'ils donnent l'impression d'être tranchants. L'artiste est en forme pour l'épisode 21 avec des postures de personnage bien campée, une dramaturgie faisant la part belle attitudes de défi, de provocation pour bien mettre en évidence le caractère buté de certains, les convictions bien arrêtées d'autres, le refus de céder sur ses principes, quoi qu'il en coûte. Chaque protagoniste a une apparence bien marquée, ses propres postures, des expressions de visage établissant clairement l'état d'esprit. Les décors sont représentés avec clarté et une grande netteté, même si le lecteur remarque en passant qu'ils sont un peu rares dans la première moitié. L'épisode 23 est un peu plus réussi sur le plan de la régularité de la représentation des environnements, et les personnages restent tout aussi bien campés. L'artiste sait donner une interprétation fidèle de Spider-Man, tout en faisant ressortir qu'il se trouve par conviction, dans un rôle dont il n'a pas tout à fait l'habitude. L'épisode 25 est à nouveau un peu léger en décor, à la fois parce que la première moitié se déroule dans le décor fixe de la cellule de Daredevil, à la fois parce que le scénario intègre l'évocation de souvenirs de sa relation avec Elektra Natchios dans des images nimbées d'une sorte de halo, très bien réussi par le coloriste. le lecteur est donc très satisfait de retrouver Checchetto, avec la sensation qu'il a dû accélérer un peu en ce qui concerne les fonds de case. Visiblement le temps qui lui est alloué n'est pas entièrement suffisant.

Le corollaire est que les autres épisodes sont dessinés par des artistes différents. Ça commence avec le numéro annuel qui est placé juste après l'épisode 21. Les traits de contour sont moins acérés, ce qui, par comparaison avec les épisodes de Checchetto, ce qui diminue l'impression de dangerosité coupante. Au fil des séquences, le lecteur peut percevoir l'implication des artistes pour réaliser des dessins s'inscrivant dans un genre semi-polar, semi-réaliste, avec des influences assumées. le résultat est convaincant, agréable à lire, manquant un peu de personnalité. Il est possible également que le lecteur soit rétif au sujet même de cet épisode particulier : le scénariste entérine l'existence de Mike Murdock ramené sur le devant de la scène par Charles Soule & Phil Noto dans l'épisode 606 en 2018. Contre toute attente, Zdarsky se sort plutôt bien de l'exercice, parvenant à donner assez d'épaisseur au personnage pour le faire accepter par le lecteur, sans provoquer d'enthousiasme non plus, il ne faut pas exagérer.

Le lecteur n'a d'autre choix que de faire avec l'absence de Checchetto pour l'épisode 22. Celui-ci commence par un dessin en pleine page de Daredevil devant le mur avec les tailles au commissariat. le résultat est proche du rendu de l'épisode 21, avec la reprise des bandelettes autour de la main et des doigts pour éviter de les abimer lors des combats physiques. La suite est plus appliquée avec des expressions de visage pas toujours convaincantes (ceux de Mary Walker pas réussis du tout), des angles penchés sans raison, mais une direction d'acteurs acceptable. Ce n'est pas une catastrophe, mais ça ne donne pas envie de trouver d'autres épisodes illustrés par cet artiste. Mike Hawthorne réalise des planches plus classiques pour l'épisode 24, avec des plans de prise de vue maitrisés, et une bonne gestion des décors. En revanche, certaines expressions de visage peuvent faire sortir le lecteur de l'ambiance, peut-être la patte trop lourde de l'encreur. Malgré tout, la narration visuelle reste claire et en phase avec le récit.

Le lecteur un peu aguerri ne craint pas trop pour l'avenir du héros, il est même possible qu'il ne soit toujours pas convaincu que Daredevil ait vraiment causé la mort de qui que ce soit. Cela n'enlève rien à son implication dans l'intrigue, sa curiosité quant à la manière dont Matt Murdock va pouvoir se sortir de cette situation. Après le numéro annuel, il est plus près à accepter l'arrivée de Mike Murdock dans la série, avec même un petit sourire en coin sentant bien que le scénariste va s'amuser à asticoter Matt avec cette présence encombrante et ingérable, et à mener le lecteur par le bout du nez quant à l'objectif réel poursuivi par Mike. le scénariste prend tout autant de plaisir à ramener un autre personnage, féminin cette fois-ci, créé par un autre scénariste, là encore pour mettre Matt mal à l'aise, et ça marche très bien au grand plaisir du lecteur (sadique). Ce dernier est tout aussi satisfait de voir son héros réfléchir et préparer ses coups à l'avance, penser en dehors des sentiers battus, par exemple pour parer la mainmise agressive des Stromwyn sur le parc immobilier de Hell's Kitchen. L'intrigue continue à réserver des surprises même si Matt commence à remonter la pente, et l'épisode 25 laisse supposer que le scénariste enchaînera sur une deuxième histoire également bien tordue, une fois qu'il aura mené celle-ci à son terme.

Chip Zdarsky continue à raconter son intrigue, avec un art consommé de mettre à profit les conventions et les personnages de la série, en y apportant assez d'éléments nouveaux pour ne pas stagner dans l'hommage révérencieux. Les épisodes dessinés par Marco Checchetto dégagent une énergie tranchante, les autres sont corrects, tout en faisant regretter le premier.
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