AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Critiques de Juliette Bertrand (28)
Classer par:   Titre   Date   Les plus appréciées


Kaputt
  25 août 2016
Kaputt de Juliette Bertrand
Malaparte offre l'occasion d'évoquer les relations assez particulières de la Roumanie et de l'Italie, qui est la première destination des émigrants roumains mais pas d'un point de vue littéraire, puisqu'on ne compte quasiment aucun écrivain roumain en Italie. Certains écrivains italiens se sont intéressés à la Roumanie néanmoins, comme Claudio Magris, Dario Fo, Grigore Arbore, et Curzio Malaparte. Pas à ses meilleurs côtés pour ce dernier, puisque le propos de "Kaputt", c'est la guerre. La Roumanie y tient une part non négligeable et le livre de Malaparte est une des seules descriptions que je connaisse du pogrom de Jassy. L'atroce épisode étant relativement connu, je m'attarde un peu plus sur le petit chapitre intitulé "Les filles de Soroca". Nous sommes donc à Soroca, aujourd'hui en république de Moldavie, où l'on parle au moins roumain et russe. Des filles juives survivent misérablement dans les champs. Les Allemands les capturent et les enrôlent dans un bordel militaire, où elles se relayent, du moins c'est ce qu'elles pensent. Toutes se rattachent à cet espoir d'un ailleurs, d'autre chose, harassées. Mais, bien entendu, elles sont fusillées après avoir "servi". Malaparte raconte l'histoire d'une de ces filles, à laquelle un soir il tient la main, à Louise de Hohenzollern. C'est une autre force de ce livre : ses aspects mondains, la fréquentation du comte Galeazzo, du prince de Suède, des réceptions de Hans Frank, gouverneur général de Pologne, où le contraste est le plus marquant entre un homme qui donne tous les aspects de la civilisation, voire d'une culture raffinée, et l'indigence du ghetto de Varsovie. Il finit par trouver une conclusion à la hauteur lorsque Frank "joue" à tirer sur un enfant, censé avoir été pris pour un rat, qui tentait de sortir par le mur du ghetto. Et puis vous devez absolument lire Kaputt pour savoir ce que des chevaux peuvent bien faire dans un lac et pourquoi ils ne bougent pas. Sur les atrocités de la guerre mondiale, car Malaparte est allé un peu partout, au moins en Europe, un livre essentiel sur l'essentiel. Pour ses parties qui divisent l'espèce humaine en animaux (les rats, les mouches…), je le rapproche de Vittorini, essentiel aussi, pour qui il y avait "Les hommes et les autres". Mais pour sa narration d'épisodes marquants, sa cruauté baroque et son humble mais furieux et sanguin besoin de liberté en conclusion, il est définitivement unique.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1197
Kaputt
  17 novembre 2018
Kaputt de Juliette Bertrand
Après 5 ans de prison pour avoir critiqué Hitler, Malaparte, bien que surveillé par la Gestapo, parcourt l'Europe du nord en tant que correspondant de guerre pour le Corriere della Sera.



L'écriture est raffinée, délicate, à l'instar des champs de tournesols, des festins qu'il partage avec les généraux allemands, la cour de suède, les princesses moldaves et les représentants des Légations, délicatesse qui met d'autant en exergue l'horrible réalité du terrain, les prisonniers russes devenus antropophages, le ghetto de Varsovie, le pogrom de Jassy, les jeunes juives discrètement fusillées après vingt jours atroces au bordel militaire...



Mais le déclin allemand de 1942 est là avec les chiens russes dressés à se faire exploser sous les tanks ou les jeunes soldats allemands se suicidant lors des immenses nuits lapones.

Commenter  J’apprécie          423
Kaputt
  26 avril 2013
Kaputt de Juliette Bertrand
L’expérience de la guerre et de la barbarie poussée à son point ultime, dans un récit d’une sublime et délétère beauté.



Dans une courte préface, Curzio Malaparte (1898 – 1957) raconte l’histoire du manuscrit de «Kaputt», écrit sur le front de l’Est entre 1941 et 1943, dissimulé et transporté en plusieurs parties pendant la guerre pour être finalement publié à Naples en 1943, après le débarquement des alliés à Salerne. Témoin ambigu du cauchemar de la guerre, celui qui fut l’un des écrivains les plus controversés du XXème siècle livre avec «Kaputt» un récit hanté de visions, issu de son expérience de correspondant de guerre sur les fronts de l’Est.



Est-ce un roman ? Un témoignage ou une affabulation ? «Kaputt» est un abîme bouleversant et putréfié d’où sortent des rêves hallucinés, des visions spectrales et parfois sublimes, le récit du naufrage de l’humanité, de l’horreur de cette guerre qui semble être un hiver éternel dans les terres de Russie, de Pologne, d’Ukraine, de Roumanie et de Finlande.



«Kaputt» fait coexister l’horreur immonde et la terreur des ghettos et des massacres avec la beauté charnelle ou froide des paysages du nord, les dîners luxueux envahis par la putréfaction des dirigeants allemands et de leurs alliés, les diners de l’aristocratie étiolée et humiliée – spectacles décrits avec la sensibilité et le réalisme de toiles de Chardin, ou avec la dimension funèbre de toiles de Cranach.



Roman bouleversant d’un correspondant de guerre qui voulut tout voir, d’une beauté scandaleuse, d’une emphase démesurée, irritant tant le narrateur s’attribue constamment le beau rôle, «Kaputt» est un livre indispensable sur la guerre, l’illustration la plus sublime d’un monde en perdition.



«Dans cette pièce tiède aux parquets couverts de tapis épais, éclairée par cette lueur de miel froid que donnaient la lune et la flamme rose des bougies, les paroles, les gestes, les sourires des jeunes femmes évoquaient avec envie et regret un monde heureux, un monde immoral, jouisseur et servile, satisfait de sa sensualité et de sa vanité. Et l’odeur morte des roses, l’éclat éteint de l’argenterie ancienne et des vieilles porcelaines, le rappelaient à la mémoire avec une impression funèbre de chair putréfiée.»



«Les autres officiers, les camarades de Fréderic, sont jeunes aussi : vingt, vingt-cinq, trente ans. Mais tous portent sur leur figure jaune et ridée des signes de vieillesse, de décomposition, de mort. Tous ont l’œil humble et désespéré du renne. Ce sont des bêtes, pensé-je ; ce sont des bêtes sauvages, pensé-je avec horreur. Tous ont, sur leur visage et dans leurs yeux, la belle, la merveilleuse et la triste mansuétude des bêtes sauvages, tous ont cette folie concentrée et mélancolique des bêtes, leur mystérieuse innocence, leur terrible pitié.»



«À un certain moment, l’officier s’arrête devant l’enfant, le fixe longtemps en silence, puis lui dit d’une voix lente, lasse, remplie de contrariété :

– Ecoute, je ne veux pas te faire de mal. Tu n’es qu’un mioche ; je ne fais pas la guerre aux mioches. Tu as tiré sur mes soldats. Mais je ne fais pas la guerre aux enfants. Lieber Gott ! ce n’est pas moi qui l’ai inventée la guerre ! L’officier s’arrête, puis dit au garçon avec une douceur étrange : Ecoute, j’ai un œil de verre. Si tu peux me dire tout de suite, sans réfléchir, lequel des deux est l’œil de verre, je te laisse partir, je te laisse en liberté.

– L’œil gauche, répond aussitôt le garçon.

– Comment as-tu fait pour t’en apercevoir ?

– Parce que des deux, c’est le seul qui ait une expression humaine.»



Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :

https://charybde2.wordpress.com/2015/09/06/note-de-lecture-kaputt-curzio-malaparte/



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282
Kaputt
  24 décembre 2007
Kaputt de Juliette Bertrand
Kaputt


Traduction : Juliette Bertrand





Mort à 59 ans, en 1957, Malaparte n'a connu ni Fellini, ni Francis Ford Coppola. Pourtant, quand on lit cet incroyable voyage au coeur de la Seconde guerre mondiale effectué par un Italien d'origine allemande, c'est bien à ces deux cinéastes que l'on songe - et à tout ce qu'ils auraient pu en tirer.


Il y a là-dedans le baroque flamboyant d'un Fellini, son onirisme aussi et la cruauté aveugle et incroyablement sereine dont Coppola a tissé son "Apocalypse Now." "Apocalyptique" est d'ailleurs un adjectif qui convient à merveille à "Kaputt", surtout si on lui adjoint celui de "souterrain."


Roman ou chronique ? On suspecte bien Malaparte d'avoir peaufiné certains échanges, d'avoir ciselé nombre de détails. Mais le fond n'en sonne pas moins authentique, de cette authenticité qui est le propre du témoin oculaire.


Scindé en six parties, chacune placée sous le patronage d'une espèce animale : "Les chevaux - Les rats - Les chiens - Les oiseaux - Les rennes - Les mouches", "Kaputt" regorge d'images-choc peintes d'un pinceau magistral et auprès desquelles les photos les plus réalistes d'une certaine presse actuelle n'ont plus qu'à retourner dans le néant d'où elles n'auraient jamais dû sortir.


Des chevaux russes que le gel brutal d'un lac a emprisonnés dans la Mort alors qu'ils le traversaient ; l'extraordinaire portrait de Hans Franck, gouverneur général de Pologne, et de son épouse, recevant Malaparte à souper ; le cruel destin des chiens russes porteurs de mines et lancés à l'assaut des panzers allemands ; cette petite merveille de construction qu'est le chapitre nommé "Le Panier d'Huîtres" et qui révèle, sous l'humanité apparente de leur chef, l'impitoyable violence des oustachis croates ; le choc produit par la "chute" de la pêche au saumon du général von Heunert et le sens allégorique recelé par toute l'histoire ; la Cour des Miracles napolitaine qui se met en marche sous les bombardements dans l'avant-dernier chapitre ...


... et, à côté de cela, le récit du "Fusil fou", tout en tendresse et en ironie, qui parvient à faire sourire le lecteur, ou encore - mais là, on ne sourit pas, on ne peut que laisser monter le désespoir - le destin des jeunes Juives de Soroca et, bien sûr, pour les amateurs, le portrait au vitriol de la "cour" du comte Ciano, à Rome, le tout éclairé ou plutôt aveuglé par la glaciale lumière des latitudes polaires avant de sombrer dans celle, grouillante et sauvage, de Naples détruit, rasé, abruti sous les bombes ...


... font de "Kaputt" un livre unique, exceptionnel, d'une puissance d'évocation rarement égalée, qui empoigne le lecteur et ne le lâche pas d'une seule page, privilège littéraire réservé aux grands écrivains. Après l'avoir lu, on ne se demande pas ce que Malaparte a pu arranger à sa sauce, on reste le souffle coupé, dans la certitude absolue d'avoir plongé dans le Temps à ses côtés et d'avoir réellement vécu en sa compagnie l'immense, cruelle et cependant allègre tragédie de "Kaputt." ;o)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
Kaputt
  18 avril 2016
Kaputt de Juliette Bertrand
Curzio Malaparte fut, durant la seconde guerre mondiale, correspondant de guerre sur le front de l'est. Il nous retranscrit donc, entre fiction et réalité, toute l'horreur barbare de la guerre.





Le narrateur parsème différents dîners mondains auxquels il a été convié, (les autres invités étant hauts dirigeants nazis et des aristocrates) d'anecdotes fameuses souvent cruelles ou parfois étranges.

On passe d'une visite du ghetto de Varsovie au massacre d'enfants lettrés dans un kolkhoze en Ukraine.



L'image la plus marquante demeure celle de ces chevaux morts piégés dans un lac gelé.

« Le lac était comme une immense plaque de marbre blanc sur laquelle étaient posées des centaines et des centaines de têtes de chevaux. Les têtes semblaient coupés net au couperet. Seules, elles émergeaient de la croûte de glace. » On dirait le tableau d'un peintre vaguement surréaliste, d'ailleurs un certain nombre sont cités dans le livre.



Toute l'histoire se déroule débute en 1941 et se termine en 1943 à Naples.



C'est une façon originale de traiter de la guerre et de la monstruosité qu'elle engendre que de se faire le témoin direct plutôt que de romancer d'une façon plus classique et aussi de se garder de toute autocensure. La seule question que l'on peut se poser est la suivante : où se situe la frontière entre la réalité et la fiction. Les descriptions nous semblent si vraisemblables qu'il est impossible de répondre à cette question. Kaputt est en fin de compte l'exact opposé du « Petit prince » de St Exupery, ils nous parlent tous les deux de la même chose; de l'humanité s'écroulant dans une violence insensée. Sauf que le premier choisi une manière plus poétique tandis que le second s'est fait le chantre d'une réalité crue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
Kaputt
  05 janvier 2015
Kaputt de Juliette Bertrand
Depuis déjà quelque temps dans ma bibliothèque, je me suis enfin décidée à lire Kaputt de Malaparte. Missionné en tant que correspondant de guerre en 1941auprès des allemands, des finlandais et des roumains, Curzio Malaparte est envoyé sur les différents fronts de l'est, sous l'uniforme italien. La personnalité de Malaparte est telle qu'il s'était déjà fait distingué de façon assez sévère pour son franc-parler, ecopant de sanctions allant du renvoi de la Storia où il travaillait, à des emprisonnements pour subversion, il écrivit donc Kaputt à l'insu de ses supérieurs. L'histoire du livre est déjà un roman à lui seul, et la liberté de ton qui va de l'humour grinçant à la critique acerbe s'accommode magistralement avec ses récits.





Malaparte a recueilli ses notes en six parties dont les titres sont des animaux : les chevaux, les rats, les chiens, les oiseaux, les rennes et les mouches, correspondant à des séjours différents. Les récits vont de la Finlande, l'Ukraine, la Roumanie, l'Allemagne à la Pologne. Passant des salons mondains où il est reçu de façon très officielle, aux tables du Reichsminister de Pologne, il décrit ce milieu aristocratique un peu décalé, émaillant ce récit d'anecdotes burlesques et de descriptions d'une violence inouïe. Il raconte entre autre le Pogrom de Lasi en Roumanie, le ghetto de Varsovie et un kolkhoze ukrainien. Pourquoi ces animaux ?Les chevaux sont ceux qui prisonniers de la glace, sont morts laissant leur tête à la discrétion des soldats russes, qui jouaient avec comme dans un manège. Les rats sont les juifs qui creusaient sous l'enceinte du ghetto de Varsovie, pour trouver quelque chose à manger. Les chiens étaient ceux qui étaient utilisés par les ukrainiens, qui les chargeaient d'explosifs pour aller au devant des lignes de front... Beaucoup de choses donc sont racontées, qu'on ne connait pas toujours, avec des descriptions de paysages splendides, des silences, des peurs, des odeurs mêlant terreur et émerveillement dans une réalité tragique.



Le critique contemporain Gianni Grana note : " On pourrait se demander si un autre livre européen a pu conjuguer à ce point autant de reportage vécu, de métier littéraire et d'ampleur d'invention ; autant de génie évocateur, de sens poétique complexe, dans la conscience de la crise et de la défaite de l'Europe, dans le massacre de ses peuples et la chute définitive de la civilisation chrétienne et moderne, - européocentrique "



Il y a des parentés d'écorchés vifs entre les vies et les œuvres de Louis-Ferdinand Céline et de Curzio Malaparte car ils ont une même fascination face a l'horreur du monde, on penserait même quelque fois à une certaine forme de complaisance dans la description de la mort. Le parcours idéologique de Malaparte est étonnant, partant du fascisme italien à la demande d'adhésion au parti communiste. Et il détestait les italiens qui en échange ont rangé ses œuvres au purgatoire.



« Napoléon s'appelait Bonaparte, et il a mal fini : je m'appelle Malaparte et je finirai bien "

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          154
Kaputt
  17 octobre 2019
Kaputt de Juliette Bertrand
C'est LE livre sur la Seconde Guerre mondiale qu'il faut avoir lu ! Malaparte réussit ici un tour de force en montrant comment toute l'Europe, pays neutres compris, depuis la Suède jusqu'à l'Italie, est "kaputt", et ce sans jamais aborder le déroulement du conflit.

Si vous aimez les histoires avec un début, un développement et une fin, il vaut mieux passer votre chemin. "Kaputt" est l'anti-roman par excellence, une longue suite de digressions et de descriptions puissamment imagées, entrecoupée du portrait de l'ancienne aristocratie européenne, prématurément vieillie, et de celui de la nouvelle classe dirigeante nazie, entièrement pourrie de l'intérieur. Carnages, meurtres et orgies sont la face sinistre de la décadence.

Le style surtout est inimitable, mêlant tour à tour réalité et fiction, réalisme et expressionnisme, fascination et dégoût.

Un très grand livre.
Commenter  J’apprécie          140
Kaputt
  31 août 2021
Kaputt de Juliette Bertrand
Un grand saisissement que la lecture de ce roman autobiographique dont les parties ont été ramenées du front de l'est en 1942, terminé en Italie et publié dès 1944. Témoignage des abominations de cette guerre, exécutions massives, ghetto, pogrom et atrocités. Correspondant de guerre, c'est dans un style flamboyant et avec une sorte de poésie cruelle et ironique que Malaparte relate ces souvenirs. Et entouré de cette guerre et de ces horreurs, c'est ces réceptions, cocktails et autres banquets aux conversations délirantes qui écœure et souligne la décomposition et la décadence de la société.
Commenter  J’apprécie          110
Kaputt
  20 mai 2018
Kaputt de Juliette Bertrand
Malaparte, correspondant de guerre, a rassemblé les chroniques écrites pour le Corriere de la Serra dans "La Volga naît en Europe". Dans Kaputt, toutes ses expériences sont transcendées en une série de tableaux plus saisissants les uns que les autres - du surréalisme à l'expressionnisme le plus crû (il cite notamment le peintre Grosz), en passant par le comique - le général allemand luttant avec le saumon, ou Himmler nu dans le sauna finlandais. L'auteur y parle à la première personne et se met lui-même en scène - comment n'explose-t-il pas à être le témoin des horreurs du ghetto de Varsovie, du pogrom de Jassy puis d'assister aux repas mondains avec les diplomates et les puissants ? C'est bien là toute la force et l'originalité de cette œuvre, que d'adopter une démarche proustienne (le premier chapitre est intitulé "du côté de Guermantes") pour rendre compte d'évènements du front et de nous montrer les coulisses de ces sociétés et de toute l'Europe en train de courir au désastre. Un héros ironique, désinvolte, plein d'esprit, tout à fait dans la ligne de la première moitié du xxe siècle - avec même une petite touche de Corto Maltese, peut-être, observant les évènements avec hauteur, impuissant à agir autrement qu'à la marge, mais avec un esprit aiguisé et indépendant, peu enclin à marcher au pas derrière les idées reçues et à tomber dans leur piège, contrairement hélas à Céline. Après un avant-dernier chapitre où de retour du front, il décrit plus en détail la politique italienne à bout de souffle et vaine, il poursuit par le finale à Naples (où sur l'île de Capri, il fit construire la fameuse villa Malaparte, où furent tournées des scènes du "Mépris" de JL Godard avec BB) qui le voit au bout du rouleau, puis sauvé par cette foule populaire qui a encore foi dans le "sang" de Saint Janvier et qui clôt sur une note d'espoir baroque saisissante.

Bien plus qu'un énième livre sur la guerre, une lecture indispensable pour tenter de sonder les profondeurs de cette aventure catastrophique et qui fait partie de l'histoire européenne.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Kaputt
  16 mars 2013
Kaputt de Juliette Bertrand
A Stockholm,en septembre,Malaparte rencontre le prince Eugène,frère du roi de Suède. Et dans la villa de Waldemarsuden,dans cette "douceur de vivre sereine qui fut la grâce de l'Europe", il ne peut se retenir de raconter ce qu'il a vu dans la forêt de Oranienbaum: des prisonniers russes ,enfoncés dans la neige jusqu'au ventre,tués d'une balle à la tempe et laissés à geler sur place le bras droit tendu comme pour indiquer la route.

Ce n'est que la première d'une série d'histoires sombres que,comme un "raconteur" itinérant,Malaparte racontera à d'autres figures d'une Europe mourante.

Histoires qui, depuis les années quarante, ont horrifié les lecteurs du monde entier.

Histoires dans lesquelles s'inscrit la disparition de ce qui est "noble,gentil,pur"

Histoires qui nous traînent sur un long voyage cruel au cours duquel nous verrons l'Europe réduite à un tas de ferraille;
Commenter  J’apprécie          90
Kaputt
  14 mai 2018
Kaputt de Juliette Bertrand
Kaputt est tout à la fois un récit, un témoignage autobiographique mais également un recueil de réflexions, écrit par Curzio Malaparte, alors qu'il est correspondant de guerre, mandaté par le ''Corriere della Serra'' durant la Seconde Guerre mondiale.



Cet ouvrage qui mêle les genres, oscille entre la description froide, voire clinique de situations et de personnages terrifiants, et les témoignages emplis de compassion pour des victimes que l'ordre nazi va broyer impitoyablement, laissant émerger une émotion tangible chez le narrateur.



Document précieux et incontournable pour qui s'intéresse au second conflit mondial, Kaputt met également en lumière la complexité de l'auteur dont le talent littéraire indéniable n'exclut pas une ambiguité sous-jacente.



Ceci rend difficile le jugement à porter non pas sur ce livre aux qualités évidentes (cf. les descriptions tout à fait saisissantes de personnages et de situations vécues par le narrateur), mais sur un écrivain qui provoqua des réactions très diverses, et dont le parcours ne cessa de susciter des interrogations, sur sa personnalité et ses opinions.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Kaputt
  25 novembre 2015
Kaputt de Juliette Bertrand
Malaparte, de 1941 à 1943 est correspondant de guerre sous uniforme italien, sur le front russe, en Pologne, Roumanie, et jusqu’en Finlande, pays neutre . Il participe à des agapes décalées – et arrosées - dans les milieux aristocratiques, diplomatiques ou militaires. Et là, il raconte la guerre et ses ravages, confrontant la décadence de ces milieux protégés jusqu'au cynisme, et le chaos qui détruit l'Europe. C'est le petit peuple de Naples, déchiré mais fervent sous le bombardement de la ville, qui va réconcilier Malaparte avec lui-même.





De cette confrontation naît un sentiment de malaise, d’outrance, de décalage. On n'est pas près d'oublier ces moments d'anthologie (les milliers de chevaux gelés sur le lac Ladoga, le pogrom de Yasi, le ghetto de Varsovie, les chiens chargés d 'explosifs lancés contre les chars allemands), ni les scènes plus intimistes, (le bordel à soldats, la solitude du repos dans les maisons pillées...). Malaparte prouve que le récit de guerre n'exclue pas la littérature.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Kaputt
  04 mars 2020
Kaputt de Juliette Bertrand
Lecture hallucinée, débridée et sauvage que celle de Kaputt. Les scènes se succèdent, apocalyptiques, décousues et implacables. Il y a, bien sûr, ces têtes de chevaux morts saisis dans la glace. Mais aussi le bombardement d'une calme ville adriatique et les wagons que des hommes ont remplis d'hommes.

Terrifiant, chaotique, fou, ce livre est un choc.
Commenter  J’apprécie          60
Kaputt
  21 mars 2013
Kaputt de Juliette Bertrand
Kaputt = brisé, fini, réduit en miettes. C'est ce qui caractérise alors, pour l'auteur, inspiré par le spectacle de l'Europe au cours de la seconde guerre mondiale, l'Europe : un amoncellement de débris.

Chaque page du roman est dominé par la guerre et la mort. C'est un des témoignages les plus accablants sur cette guerre avec son étalage d'horreurs et de cruauté froide, avec ses tableaux délirants de la démence humaine, ses portraits violents... Image d'une Europe en décomposition.
Commenter  J’apprécie          60
Kaputt
  06 mai 2020
Kaputt de Juliette Bertrand
" Gege1968" nous dit que c'est livre référence sur la seconde guerre mondiale.. Je confirme (presque) : c'est un livre fort (mais l'Oiseau Bariolé, de Kosinski, lu trop jeune sans doute, m'avait presque plus impressionné). Passant de Tendre Stocks de Morand ( cité p.274) et La mésaventure espagnole, de Lucien Bodard à Kaputt, j'ai eu quelques agacements , au début du livre, à relire des scènes avec des têtes + ou - couronnées dans des palais ornés de références culturelles qui m'étaient, pour l'immense majorité d'entre elles, inconnues, mais heureusement ( si je peux dire..) assez vite le récit change de propos pour des "scènes de guerre" - ou plutôt des scènes de bas-côtés de la guerre - qui relatent, avec à la fois pudeur et froideur, quelques atrocités de celle-ci. Le livre alterne récits de soirées, ou nuits, de dîners, avec des officiels, chefs allemands ou diplomates, de Ministres ou secrétaires d'ambassade ( et leurs femmes) de tous pays et descriptions de faits que je qualifierais " d'égoûts.". Il (le livre) aurait gagné si les récits "élégants" eussent été moins longs et fréquents (d'où 4 * et non 5), mais Malaparte alternaient sur le terrain entre les 2 et c'est le précieux moyen d'avoir une idée des réalités des "chefs de guerre" et de la périlleuse crête sur laquelle l'écrivain-journaliste-diplomate se trouvait lors de ces échanges avec, par exemple, "le roi allemand de Pologne", entre être assez courageux pour faire comprendre ce qu'il pense des actes commis et assez prudent pour ne pas à nouveau s'attirer des ennuis (expulsion, arrestation ou emprisonnement (Malaparte avait déjà fait 5 ans de prison avant la guerre). Les descriptions, habilement écrites, d'épisodes allant de la cruauté à l'horreur, sont nombreuses et font souvent référence à des animaux (d'où le titre des parties), de manière à la fois réelle (les chiens) et métaphoriques (les mouches). Autant de scènes qui feraient de puissantes scènes de film..Pour l'analogie avec le cinéma, un lecteur ( Woland) a évoqué Coppola et Fellini. D'accord à la rigueur, pour, peut-être Fellini pour la fin du livre à Naples ( mais il y a du burlesque chez Fellini, pas chez Malaparte) et pour Apocalypse Now par l'importance du mot "horreur", mais c'est davantage au Visconti des Damnés par exemple, ou encore plus au Tambour de Schlöndorff ( sorti la même année qu'Apocalypse) que m'a fait penser ce livre ou encore le Pianiste de Polanski (pour le ghetto)..

L'écriture : Malaparte use souvent de répétitions sans que cela soit gênant et la manière dont il décrit la nature, les paysages, les ciels, les fleuves.. est assez surprenante je trouve, utilisant des images dans des domaines a priori éloignés (il compare souvent, par exemple, le ciel a des tissus), le tout donnant un effet assez original mais qui, selon moi, épaissit trop le livre).

L'impression qui me reste est - outre les horreurs de la guerre - que Curzio Malaparte était un sacré bonhomme et la sorte de Bunker-villa épurée, minimaliste dans la démesure, qu'il s'était faite construire au bord d'une falaise à Capri (celle que Godard a utilisé dans le Mépris) est bien à cette image que j'aie de lui et prend tout son sens à la lecture de ce puissant (par moments) récit : le bout du monde d'un homme de grande culture, intelligence, lucidité et courage, qui a vu trop d'horreurs et qui désire se retirer dans un paysage rugueux, tourmenté, tragique et grandiose, à l'écart tout au bord d'un abîme face à la mer, pour que sa contemplation le distrait de ses souvenirs ou pour s'y laisser chuter..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Kaputt
  31 mars 2020
Kaputt de Juliette Bertrand
Ce n'est pas seulement un livre de témoignage sur la seconde guerre mondiale. C'est un témoignage écrit par un écrivain, journaliste et diplomate.

Malaparte est correspondant de guerre sur le Front de l'Est et écrit des articles polémiques sur son expérience du front. Il cache le manuscrit de Kaputt chez des amis sûrs et finit par le publier dès 1943. On retrouve, comme chez Marc Bloch, les impressions de l'auteur sans recul temporel sur les événements.

J'ai vraiment aimé ces chapitres plein de d'images cauchemardesques décrites par l'auteur avec de plus en plus de détachement au fur et à mesure de l'avancée dans la guerre. Outre les informations historiques (comme par exemple la place de la langue française dans les sphères diplomatiques avant guerre), le style recherché, plein de tournures surannées et de jeux de construction a ajouté un réel plaisir à ma lecture.

Commenter  J’apprécie          40
Kaputt
  17 mai 2011
Kaputt de Juliette Bertrand
Lire aujourd'hui ce que Malaparte nous a immédiatement rapporté de son vécu sur les différents fronts (du côté italien et allemand), dès la fin de la seconde guerre mondiale, est un témoignage édifiant sur la nature humaine. Face à des événements monstrueux mais réels qui le dépassent et auxquels il assiste, que peut faire un individu? Ses témoignagnes doivent comme des piques réveillez nos consciences et garder en alerte notre vigilance.Tout est possible avec les hommes, même le plus inamaginable, et la vie continue toujours sur terre.
Commenter  J’apprécie          40
Kaputt
  18 juillet 2021
Kaputt de Juliette Bertrand
Un livre qui refermé vous a marqué

Indéniablement

Le comble du raffinement d'un texte maîtrisé à l'extrême où y sont explorés les sousbassements subtils torturés des motivations humaines les plus cachées

Une oeuvre sombre puissante

Que l'on n'y adhère ou non, là n'est pas la question

Commenter  J’apprécie          31
Kaputt
  02 décembre 2017
Kaputt de Juliette Bertrand
La seconde guerre mondiale, comme on ne vous l'a jamais enseignée !

Des récits des différents fronts de l'Est, rapportés par un correspondant de guerre italien, tout droit sortis de peintures de Jérôme Bosch !

Des faits terribles, illustrant la cruauté des hommes, relatés avec une certaine froideur, des descriptions très réalistes, des scènes d'anthologie : tout cela donne un ouvrage hallucinant, apocalyptique, qui dépasse ce que l'imagination aurait pu imaginer et la hante longtemps ! Je vous invite à lire les citations que j'ai mises sur le site.

Un des livres à emporter sur une île déserte !

Un chef d'oeuvre à lire et à relire sans modération.

Commenter  J’apprécie          30
Kaputt
  30 mai 2008
Kaputt de Juliette Bertrand
Malaparte est un auteur dont vous pouvez lire une très bonne biographie ici

Dans cet oeuvre baroque l'auteur, correspondant de guerre ayant des contacts tant auprès de l'aristocratie qu'au front, nous emmène dans un voyage halluciné un impressionnant dans la guerre -- des salons feutrés de la bonne société de l'époque au front soviétique, à Léningrad, à Varsovie, aux pogroms.



Un cauchemard éveillé.



Contraste saisissant entre les repas ponctués de vins fins de la haute bourgeoisie et la famine noire des contrées pillées, le luxe chaud des salons particuliers et la cruauté des combats.



Sur l'importance de Kaputt dans l'oeuvre de Malaparte et, plus largement, au sein du paysage littéraire d'après guerre, vous pouvez jeter un coup d'oeil sur les excellententes chroniques italiennes (Grana) lisibles ici



Kaputt, témoignage accablant sur les fruits viciés de l'Europe décadente, est une sorte de bestiaire fantastique sur 5 tableaux....



http://lelabo.blogspot.com/2006/10/il-sortit-de-la-terre-des-hommes-arms.html
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          31




Acheter les livres de cet auteur sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura



Quiz Voir plus

Les larmes de l'assassin

Comment s'apelle la famille du petit Paolo ?

Poloverdo
Secunda
Allegria
Murga

12 questions
205 lecteurs ont répondu
Thème : Les larmes de l'assassin de Anne-Laure BondouxCréer un quiz sur cet auteur