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Citation de mimo26


mimo26   02 octobre 2018
Le Messager de Kader Abdolah
Zayd, le chroniqueur

Mon nom est Zayd ibn Thâlith.
Je fus le chroniqueur du messager Muhammad.
Le Messager n’avait pas de fils. Il m’adopta alors que j’avais environ sept ans.
Tout le monde m’appelait Zayd ibn Muhammad : Zayd, le fils de Muhammad.
Je devais avoir cinq ans lorsque ma mère m’emmena à la cité de Taïf pour une visite de famille.
Je n’ai aucun souvenir de ce voyage mais, bien des années plus tard, ma mère, à ce sujet, me raconta ce qui suit :
« Nous avons traversé le désert avec une caravane de douze chameaux. Tu n’as jamais quitté mes genoux. Sur la selle, tu te tenais tranquille et contemplais le paysage mais, quand la caravane s’arrêtait pour se reposer, j’avais du mal à te garder près de moi. Tu courais dans tous les sens et suivais le premier venu. Sur le marché de Taïf, tu as lâché ma main et disparu derrière un étal. J’ai couru après toi, mais ne t’y ai pas trouvé. J’ai couru vers les autres étals : pas de Zayd. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai couru de tous côtés, mais tu n’étais nulle part. À la fin du marché, lorsque tout le monde fut parti, je me suis retrouvée là les mains vides. Je n’osais pas retourner chez ton père. J’avais perdu son fils préféré. »
Moi, Zayd, j’avais été volé et je ne sais plus comment ça s’est passé. Je ne me souviens pas non plus de ma mère, ni du marché. Mais je me vois encore comme si c’était hier, nu et sale dans une cage, entouré de quelques autres garçons nus, telle une troupe de petits singes.
J’ai compris par la suite que, pendant deux ans, je n’avais cessé d’être vendu et revendu.
Quand j’eus sept ans, un petit propriétaire d’esclaves de La Mecque m’acheta dans le bazar de Djandal. Il m’emmena à La Mecque.
Ce marchand ventru s’appelait Hakim ibn Hizam.
À partir de ce moment-là, j’ai presque tout gardé en mémoire, car ce fut un grand revirement dans ma vie.
Je savais que j’étais de La Mecque et espérais tomber sur mes parents, dans la rue ou au marché aux esclaves. Je fredonnais leurs noms tout au long du jour pour ne pas les oublier.
Mon père s’appelait Thâbit ibn Sharasil.
Ma mère avait pour nom Sadi bint Salab.
Je rêvais du moment où j’apercevrais ma mère au marché et lui crierais : « Sadi bint Salab, c’est moi, Zayd, ton fils ! »
Mais mes parents, dans la réalité, devaient être bien différents de ceux de mon imagination. Et d’ailleurs, eux non plus ne me reconnaîtraient plus car j’avais changé ; le soleil avait tanné ma peau.
Il n’y a cependant pas plus capricieux que le destin.
Le propriétaire d’esclaves Hakim ibn Hizam m’emmena chez lui et me libéra telle une chèvre dans sa cour intérieure. Puis j’eus le droit de pénétrer dans la maison.
Ce même jour, on frappa à la porte et le propriétaire d’esclaves cria : « Zayd, ouvre ! »
J’obéis. Une femme d’un certain âge entra. Je crus qu’il s’agissait de l’épouse de mon maître.
« Qui es-tu ? » me dit-elle d’une voix douce.
Je restai muet.
« Comment t’appelles-tu ?
— Il s’appelle Zayd, lui lança mon maître depuis sa chambre. Je l’ai acheté au marché de Djandal. »
La femme était une cousine de mon maître. Après avoir parlé un moment avec lui, elle sortit de la chambre et me dit : « Viens, tu pars avec moi. »
J’interrogeai mon maître des yeux.
« Zayd, tu as eu de la chance, fit-il. Ma cousine n’a pas de fils. Elle vient de t’acheter. C’est désormais elle, ta maîtresse ; elle s’appelle Khadija. Conduis-toi bien. »
Khadija me prit par la main et m’emmena.
Bien qu’étant un enfant, je compris aussitôt que j’arrivais dans une maison somptueuse. Car, par rapport aux autres demeures de La Mecque, celle de Khadija ressemblait à un petit palais.
Khadija me fit laver et habiller. Je redevins un être humain, un garçon ordinaire.
À la tombée du soir, son époux rentra.
« Regarde, j’ai un cadeau pour toi ! » lui dit-elle toute contente en me montrant du doigt.
Son époux s’appelait Muhammad ibn Abdallah. Il devint plus tard le messager d’Allah.
Le lendemain matin, Muhammad me lança : « Suis-moi, Zayd ! »
C’était mon nouveau maître. Peu importe où il allait, je lui emboîtai le pas.
Je ne pouvais pas savoir qu’il partait à la recherche de mes parents.
Et il les trouva. Ces derniers n’arrivaient pas à croire que je puisse être leur fils, si grand, si beau, si bien vêtu. Ma mère se tenait raide comme un piquet contre le mur, paralysée de peur. Mon père se laissa tomber aux pieds de Muhammad, mais celui-ci le releva.
Je restai une semaine dans la misérable petite maison de mon père ; le vendredi, cependant, il me ramena chez Muhammad et lui dit : « Son bonheur est auprès de vous. S’il est heureux, nous le serons aussi. »
C’est ainsi que je devins le fils de Muhammad.
Khadija était la première femme de Muhammad.
Elle m’apprit à lire, elle m’apprit à écrire, mais Muhammad était mon maître. Je l’ai suivi comme son ombre jusqu’à sa tombe.
À l’époque, je ne savais pas pourquoi je le faisais.
Je l’ai compris par la suite. J’étais passionné de poésie et m’absorbais dans les récits de Muhammad.
Quand il embrassa sa mission de messager, ma vie aussi s’en trouva complètement transformée. Je ne le quittais pas un instant, à moins qu’il ne m’envoie quelque part.
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