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Critique de PoisonLady


PoisonLady
  29 juillet 2016
Les origines des aventures de Sindbad le marin et leur appartenance réelle aux Contes des mille et une nuits sont sujettes à caution: le texte ne figurait pas dans les manuscrits arabes originaux et ne serait qu'une invention d'Antoine Galland (le premier traducteur occidental des Mille et une nuits), basée sur différents textes dont l'Odyssée d'Homère... ce que le passage
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laisse très bien transparaître.
Nous sommes donc en présence d'un récit-puzzle aux influences aussi diverses que les légendes mythologiques grecques, les récits syriens entendus par Galland lui ayant servi de base, et les "vrais" contes des Mille et une nuits originaux.
Est-ce que celà le rend moins intéressant? Non.

La première chose à noter, c'est que le texte de l'édition Librio est celui de Galland, intact, n'ayant pas été retouché depuis le XVIIIe siècle. Comprenez que le vocabulaire est riche, les tournures de phrases souvent délicieusement désuètes, quand ce ne sont pas les notes de bas de page qui sont complètement aux fraises, comme celle supposée nous décrire un sac en cuir prenant pour référence "ceux dont les barbiers se servent pour transporter leurs affaires dans la rue"... Pour le lecteur d'aujourd'hui, l'explication est presque plus nébuleuse que la description d'origine!
Les plus jeunes lecteurs, donc, auront peut-être un peu de mal.

Le conte nous présente donc les sept voyages de Sindbad le marin, l'ayant conduit à amasser une fortune colossale et à côtoyer des rois. Ayant été pensée pour faire partie d'un recueil beaucoup plus volumineux, l'histoire est donc courte, tout comme les chapitres qui la divisent, eux-mêmes interrompus par les pauses narratives de Schéhérazade, maîtresse du cliffhanger *before it was cool*.

Le principal problème de ces voyages où se mêlent tant des péripéties surnaturelles que beaucoup plus terre à terre, c'est tout d'abord la répétition. Que Sindbad fasse naufrage à chaque fois, passe encore, ça fait partie des mécaniques de l'histoire. En revanche, il y a décidément beaucoup d'îles avec des cannibales du côté de chez Sindbad, et ses camarades d'infortune ont une forte propension à se faire dévorer par *insérez quelque chose ici* le temps que le héros réfléchisse à un moyen de s'en sortir, parfois de façon totalement illogique
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Bref, niveau cohérence, et à plusieurs reprises, c'est quand même assez bancal. Galland aurait pu utiliser des ficelles moins grosses pour faire de Sindbad le seul survivant à chaque fois! Et, à chaque fois, il lui suffit d'être retrouvé comme par miracle et de raconter son récit pour que l'auditoire, conquis, se décarcasse pour le renvoyer chez lui non sans le couvrir de présents. de vrais bisounours!

L'autre souci vient du fait que l'intérêt de ces contes dans le conte est sacrément inégal. Dans certains (notamment le premier), il ne se passe pas grand-chose, dans d'autres, il y a deux aventures en une mais pas forcément plus passionnantes. Finalement, seuls le troisième et le quatrième sortent vraiment du lot de par leur originalité.

Pour autant, tout n'est pas à jeter. On assiste à une réelle évolution de Sindbad, au début simplement insolemment chanceux, puis astucieux, et, finalement, prêt à tout pour s'en sortir
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Dans un décor où tout n'est finalement que blanc ou noir, Sindbad est le seul élément à être nuancé, le personnage apprend, mûrit, même si le récit ne met pas trop l'accent là dessus. Et si l'on ne nous épargne pas une certaine leçon de morale ("j'en ai bavé pour arriver là où je suis"), celle-ci perd tout côté manichéen.

Au final, les aventures de Sindbad le marin constituent un conte merveilleux honnête, aux défauts toujours perceptibles, mais néanmoins plaisant à lire et surtout, finalement un peu plus subtil qu'il n'y paraît.
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