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Critique de Pecosa


Pecosa
21 septembre 2017
Dans ses « Notes pour deux récits mexicains » l'écrivain Pere Calders (1912-1994), figure majeure des lettres catalanes, écrit ceci: « Durant mon séjour au Mexique, je prenais des notes à propos de faits réels avec l'intention de les transformer par la suite en narrations. Il faut répéter (je l'ai dit en d'autres occasions) que ce que nous nommons réalité prend au Mexique, une autre dimension. Les gens, là-bas, font des choses qu'il faut, sous d'autres latitudes, inventer pour des personnages de fiction. »
A la lecture de ce recueil de nouvelles réunies par Les Allusifs sous le titre Ici repose Nevares et autres récits mexicains, on se dit qu'en effet, rien ne peut se comparer à ce qui nous est donné à lire dans ces six récits aux accents « buñueliens ». Ici repose Nevares (Aqui descansa Nevares, 1967), et Gens de la haute vallée (Gent de l'alta vall, 1957, formé de cinq histoires) sont des bijoux ciselés qui racontent le peuple de Mexico, les gens modestes, Indiens ou métis, dont les existences croquées en quelques lignes sont pétries de tragédies, de violence, d'alcool et de fêtes macabres.
Quand Nevares le rebelle décide de quitter son bidonville pour investir le cimetière du quartier et faire des caveaux de nouvelles demeures pour lui et ses anciens voisins, l'expérience tourne court pour le prophète contraint une fois de plus de chercher refuge ailleurs. On retiendra aussi une scène de veillée funèbre surréaliste, des reconstitutions de bataille qui virent au pugilat et à l'affrontement social, ou encore le parcours d'un sculpteur de Madone aux accents christiques…
Je ne connaissais Pere Calders, militant républicain exilé pendant plus de vingt ans au Mexique que via son récit intitulé "Las minas de Teruel", inclus dans l'anthologie d'Ignacio Martínez de Pisón, Partes de guerra. Je découvre une nouvelle facette de son travail, où la cruauté se mêle à l'humour noir et la satire au rêve. De son exil mexicain, Pere Calders a dit qu'il était dans une sorte de bulle catalane, ne côtoyant que ses compatriotes. Il nous offre pourtant six nouvelles de qualité qui n'ont rien de folklorique, et qui nous transportent dans un pays où rien ne se déroule jamais comme prévu. Au cours de cette lecture j'ai pensé à Max Aub et à son ouvrage Le zopilote et autres contes mexicains. Mais Aub s'est défini comme un citoyen mexicain, ce qui n'est pas le cas de Calders. Les deux exilés ont cependant un point commun, le Mexique et sa culture millénaire les ont touchés, et leur ont offert matière à écrire de belles nouvelles.
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