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Critique de andras


andras
01 septembre 2017
Ce petit livre, magnifiquement édité par les Editions Parole, reprend l'essentiel de deux conférences données par Nancy Huston en 2016 après la parution de son essai "Reflets dans un oeil d'homme" dont elles sont à la fois un résumé et un prolongement. Les éditions Parole ont édité ces deux textes "tête-bêche" : "Sois belle", d'un côté, parle de ce déterminisme biologique qui pousse, aujourd'hui encore, et peut-être plus que jamais, la femme à se rendre désirable aux yeux des hommes. "Sois fort", de l'autre côté, parle d'un autre déterminisme qui pousse les hommes vers la violence. Les deux textes parlent du rapport entre les hommes et les femmes dans la société contemporaine et questionne la théorie du genre qui gagne du terrain, en Occident tout particulièrement.

Je trouve que Nancy Huston dit des choses justes sur ces sujets mais je trouve que la forme polémique qu'elle donne à ses propos et les contradictions qu'ils recèlent nuisent beaucoup à leur pertinence. Elle a tout-à-fait raison, à mon sens, de rappeler la part "animale", le substrat biologique que l'Homme (homme ou femme) a en lui et qui sont des facteurs déterminants dans le comportement des individus. Mais à la lire, il semble que c'est l'Unique déterminant et que le déterminant culturel, social compte peu ou n'est qu'un simple renforcement du déterminant biologique. Beaucoup de ce qu'elle dit découle de cette hypothèse qu'elle ne prend pas la peine de démontrer, fustigeant a contrario la "théorie du genre", qui elle, ne reconnaitrait que le déterminant social ("Le genre est l'identité construite par l'environnement social des individus : la masculinité ou la féminité ne sont pas des données naturelles" – source Wikipedia).

Pourtant, elle rapporte une étude sur une bande de chimpanzés dans laquelle tous les mâles dominants (et agressifs) seraient morts accidentellement, et où les mâles dominés ("plus doux") avaient alors pris leur place et engrossé les femelles : à la génération suivante, nous dit Nancy Huston, "incroyable mais vrai, les jeunes mâles ont adoptés des moeurs plus paisible [car] les nouveaux-nés mâles n'avaient pas de modèle d'agressivité à imiter !". Nancy Huston en conclut que l'éducation que l'on donne aux enfants peut changer la donne quant aux comportements agressifs des humains mâles et qu'il n'est pas utopiste de les "éduquer à la nuance et à l'humilité, en lisant des romans de leur pays et des autres pays [...]". Il est étonnant qu'elle ne voit pas de contradiction entre cette conclusion et son postulat de départ, celui du primat du biologique.

Nancy Huston s'exprime en tant que "littéraire" et on n'a pas à attendre d'elle une rigueur de scientifique. Elle a raison de nous rappeler en citant la philosophe Peggy Sastre que "hommes et femmes ont été sélectionnés pour voir une bonne partie du monde avec des lunettes sexuelles, mais elle n'ont pas le même niveau de correction : là où un homme verra une bonne opportunité de tremper son biscuit, une femme flairera le danger et l'évolution leur a donné à tous les deux raisons.". Nancy Huston ajoute que "sur ce plan, la société favorise les filles et frustre les garçons, car elle incite tous les adolescents à faire attention, à retenir et à sublimer leur instinct sexuel, à le divertir vers d'autres buts et nous y arrivons plus facilement qu'eux.". Mais elle omet de préciser que cette "frustration" n'est pas un phénomène récent. Il s'est élaboré au cours des siècles.

Même parsemé d'incohérences ou d'approximations, ce double texte me semble intéressant car il fait aussi entendre la révolte de Nancy Huston contre une situation de la femme, engluée dans son obligation de se faire belle (obligation dont profite toute une industrie), et de l'homme, qui ne trouve que peu d'occasions d'avouer "sa faiblesse". Si certaines affirmations demanderaient à être nuancées et confrontées à d'autres analyses, je trouve néanmoins que Nancy Huston pose ici de bonnes questions.
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