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Critique de rexregis


rexregis
18 août 2015
Un chef d'oeuvre c'est la parfaite union, le parfait équilibre entre le fonds et la forme.

Le fonds : c'est l'histoire d'un gâchis. C'est une descente aux enfers plus ou moins volontaire d'une femme qui se considère déjà morte et qui sombre pour s'auto-punir de quelque chose qu'elle n'a pourtant pas fait. C'est une histoire d'amour tronquée et malsaine. C'est le thème du sacrifice par le corps. C'est le thème de la saloperie des hommes et leur lâcheté, l'absence d'amour maternel, l'aberration des mariages, l'acharnement du destin sur une petite fille qui devient adolescente puis femme, c'est l'Amérique froide. C'est enfin la crédibilité des scènes. Toutes. Les trouvailles de l'auteur qui nous catapultent dans l'histoire de son héroïne : la façon dont son oncle rend cocu son propre frère, la scène ou sa belle-mère et son mari lui annoncent la mort de son père, l'épisode de l'avortement et l'hystérie des manifestants anti IVG, les descriptions sans en avoir l'air des habitants de la ville, la façon dont elle est considérée comme une attraction en tant que victime d'un drame, la curiosité malsaine des autres y compris sa propre maîtresse d'école, la manière dont elle perd tout, son mari qui maigrit au fur et à mesure qu'elle s'enrichit et évidemment les scènes d'abandon d'elle-même de plus en plus violentes et quasi insoutenables dans des viols consentis, aboutissement d'un processus suicidaire latent depuis ses 7 ans. L'histoire, c'est-à-dire le fonds vous tient en haleine et vous crée un sentiment d'empathie douloureuse, et c'est pas peu dire.

La forme :
D'abord la poétique : Ce livre est gorgé d'une poésie mélancolique absolument sublime dans toutes les descriptions, aussi bien dans de ce qui se passe que quand il ne se passe rien, c'est-à-dire qu'elle réussit à décrire l'invisible, l'atmosphère de vide éblouissant et magnifique qui entoure l'héroïne . Et le thème de la lumière éblouissante y est omniprésent. Une lumière qui au lieu d'éclairer rend aveugle. Comme si le personnage avait contaminé l'écriture elle-même, qui à son tour pénètre le lecteur. celui-ci n'en ressort pas indemne. Il est brûlé à son tour.

La construction littéraire ensuite : La description du présent, en partant du point 0 qu'est l'hôtel et qui se poursuit jusqu'au bout, est entrecoupée par les scènes du passé qui à la fin du livre nous amène à comprendre comment l'héroïne est arrivée à ce point 0. A nous se dévoilent peu à peu à la fois les causes et les conséquences de tout ce que nous lisons et de façon parfaitement imbriquées. C'est tellement bien fait que la non linéarité classique ne nous gène pas, tant la linéarité à double entrée est fluide.
Enfin, son écriture : ce qui m'a frappé, c'est à quel point une écriture aussi détachée et neutre que celle-ci pouvait avoir une telle emprise sur le lecteur, par ce qu'elle suggère. En effet, l'auteur ne juge aucun de ses personnages. Elle raconte simplement, dévoile, suggère. Au lecteur de réagir et de juger seul. L'écriture est hors de toute subjectivité, même dans son omniscience artificiel.

La poétique ainsi que la construction nous tiennent donc de façon égale en haleine. La forme est au service du fonds et vice-versa. C'est du grand art et ça nous catapulte, nous secoue, nous percute, nous bouleverse. Tout ce qu'on demande à la littérature en somme. Cette femme n'est pas une romancière ni une vendeuse de livres. C'est une grande écrivaine qui restera et sera encore lue dans 100 ans.
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