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  11 octobre 2014
Rompre avec une logique mortifère et assurer la souveraineté alimentaire
Dans son introduction, Laurent Delcourt souligne le caractère faussement radical de la nouvelle « révolution verte », « L'amélioration de la productivité et la croissance de la production restent l'horizon ultime de cette stratégie. Et l'injection de capitaux et de technologies, le moyen privilégié pour y arriver ». En somme des vieilles recettes qui ont prouvé leur inefficacité pour les paysan-ne-s et les consommateurs/consommatrices mais leurs bénéfices pour le seul capital. La hausse de la production ne saurait régler ni le problème de la faim (« Davantage qu'un problème quantitatif, la faim – on le sait – est un problème de démocratie, de pauvreté et de (re)distribution »), ni celui de la souveraineté alimentaire, ni celle de la qualité de l'alimentation, ni celle de la dégradation des environnements.

Le bilan des mesures antérieurement préconisées « contre la faim » est un bilan d'échec et de catastrophes, de développement des inégalités et… de la faim.

Excédents de production, marchés libéralisés, chute des prix, renforcement des inégalités, concentration des exploitations, petit-e-s exploitant-e-s paupérisé-e-s et grands propriétaires enrichis et/ou transformés en « entrepreneurs agricoles », utilisation massive des intrants chimiques, érosion et diminution de la fertilité des sols, contamination et diminution des nappes phréatiques, perte de diversité biologique, émissions de gaz de serre, sans oublier les impacts sur la santé…

Les cultures en fort développement sont « les vastes monocultures industrielles et standardisées, basées sur un nombre limité de variétés commerciales (maïs, blés, riz, soja, coton principalement), issues des laboratoires des grandes firmes, génétiquement homogènes et destinées avant tout à l'exportation, pour l'industrie, la nourriture animale ou la fabrication d'agrocarburants ».

L'auteur présente les alternatives agroécologiques, les apports scientifiques et les pratiques au service du développement social, l'utilisation des multiples techniques culturales, les études des interactions complexes entre différents éléments… Ces alternatives sont de plus « performantes ». Elles sont « une réponse à la double crise environnementale et alimentaire ».

Agroécologie, diversification des cultures et contribution à la réalisation du droit à l'alimentation dans quatre dimensions : « la disponibilité (accroissement de la productivité au niveau local), l'accessibilité (via la réduction prévisible de la pauvreté rurale), l'adéquation (amélioration de la nutrition) et de la durabilité (adaptation au changement climatique) ».

Agroécologie et politisation des questions agricoles contre les visions technicistes. L'auteur souligne les obstacles et trace des pistes de politiques incitatives.

Outre les analyses critiques des systèmes existants, les auteur-e-s des articles de la première partie parlent, entre autres, de souveraineté et de résiliences alimentaires, du recyclage de la biomasse, de biodiversité fonctionnelle, d'amélioration de l'activité biologique des sols, d'économies d'usage de l'eau, d'interactions et synergies biologiques, de rotation des cultures, de polycultures, de système agroforestiers, de culture de couverture et paillage, de gestion culture-élevage, d'autonomie des communautés, de formation, de coopération, de marchés locaux, de revenus équitables…

Elles et ils insistent sur l'interaction des dimensions sociales, techniques et politiques, sur le dépassement du « paradigme de la modernisation »…

Je voudrais indiquer trois « problèmes » dans l'introduction et dans la première partie de l'ouvrage. le premier concerne l'utilisation de la notion d'agriculture familiale, oublieuse du rôle de la famille comme cadre de l'oppression des femmes et du travail gratuit effectué par celles-ci). J'indique cependant qu'un article, très intéressant, de la seconde partie traite de ce sujet (Gloria Patricia Zuluaga Sánchez, Sonia Irene Cárdenas Solís : Femmes paysannes et agroécologie : une expérience colombienne.Le second problème concerne, non l'emploi, qui devrait connaître un développement avec l'agroécologie, mais la charge de travail, qui reste une question incontournable. Comment en effet penser un développement de l'agroécologie sans réduction significative de la charge de travail des paysan-ne-s. Il me semble que cela pose des questions de coopération, d'association. le dernier point concerne l'accès à la terre et donc la question de la propriété. Cette question partiellement traitée dans les précédents numéros de la revue, renvoie aussi à l'appropriation sociale.

La seconde partie est consacrée à des analyses de situations ou de pratiques dans certaines régions : en Amérique latine et indienne (Colombie et Cuba), en Asie dont les cultures du riz en Inde, en Afrique du Sud, en Afrique des Grands Lacs.

Une fois de plus « des points de vue du Sud » incontournables.

Sommaire :
Editorial : Laurent Delcourt : Agroécologie : enjeux et défis
Analyses transversales
Miguel A. Altieri, C.I. Nicholls : Diffuser l'agroécologie pour la souveraineté et la résilience alimentaires
Peter Rosset, Maria Elena Martinez-Torres : Mouvements sociaux ruraux, dialogues de savoirs et agroécologie
Paulo Petersen : L'agroécologie comme dépassement du paradigme de la modernisation
Amérique latine, Asie, Afrique
Gloria Patricia Zuluaga Sánchez, Sonia Irene Cárdenas Solís : Femmes paysannes et agroécologie : une expérience colombienne
Miguel A. Altieri, Fernando R. Funes-Monzote : le paradoxe de l'agriculture cubaine
Alex Wijeratna : Pour un tournant agroécologique en Asie
Shambu Prasad : le système d'intensification du riz en Inde
Tarak Kate : Afrique du Sud : tirer les leçons de l'expérience indienne
Aymar Nyenyezi Bisoka : Vers un démantèlement de l'agriculture paysanne en Afrique des Grands Lacs ?

Lien : http://entreleslignesentrele..
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