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Critique de SZRAMOWO


Un soir d'été à Madrid en 1998, une vieille dame raconte au narrateur l'histoire de sa vie partagée entre Cuba où elle a vécu jeune et jusqu'à l'âge de ses vingt-ans, l'Europe et les USA.
Elle n'est plus la jeune fille naïve romantique et amoureuse qu'elle a été entourée de parents aimants de la bonne société de Camaguey, cette ville de Cuba située dans le centre de l'île, à 500 km au sud-est de la Havane.
L'histoire de cette jeune fille est aussi celle de la révolution cubaine menée par deux hommes généreux, Castro et le Che, qui de dérives en dérives finissent par se couper de leur population.
Exode des classes moyennes libérales qui ne sont pas attachées au dictateur Batista.
Echec des politiques économiques, dont celle des dix millions de tonnes de canne à sucre, objectif jamais atteint.
Eduardo Manet qui est allé à l'université avec Raúl et Fidel Castro, a dirigé le théâtre national de Cuba avant devenir persona non grata en 1968, donne dans ce roman écrit à l'occasion du 50ème anniversaire de l'avènement de Castro, une vision douce-amère de la révolution cubaine.
«Je suis peut-être sorti de Cuba, mais Cuba n'est jamais sorti de moi.» a coutume de dire l'auteur et on le ressent en lisant ce roman qui n'est pas un roman à charge contre le castrisme mais une vision claire de celui qui s'estime cocufié.
Histoire vraie ou histoire fantasmée, peu importe, Manet prends prétexte de la réputation de Don Juan de Fidel Castro pour bâtir un récit crédible et enchanteur. La vie de l'héroïne, séduite puis abandonnée par le beau Fidel (qui porte mal son nom dans ce cas), comme la sienne, après avoir battue au rythme de la révolution, s'en éloigne au point de l'oublier avant de vouloir y revenir pour régler ses comptes avec son ancien pays.
L'écriture inimitable de Manet nous enchante une fois de plus, jouant avec les mots, nous emmenant hors des frontières
Devenue Madame Svedberg après avoir épousé un chercheur suédois, l'héroïne se penche sur son passé. « Loin de mon île, je reviens lentement à la vie. » écrit-elle, l'île qu'elle a quittée en 1959 et dont le souvenir lui revient brutalement en 1980, lorsque Castro « organise » l'exil de milliers de cubains en Floride, parmi lesquels « (…) cinquante-six mille criminels condamnés à des peines lourdes à Cuba pour viols, violences et assassinats répétés,(…) entrés légalement aux Etats-Unis. »
Elle s'oppose frontalement à ceux qui font « (…) l'apologie de Cuba, des mille et un plaisirs de la vie sur l'île. » en répliquant « Savez-vous qu'il y a entre cinq cents et huit cent prisonniers de délit d'opinion à Cuba, condamnés à de lourdes peines (…) pour s'être opposés au parti monolithique qui pèse sur la nation depuis vingt-six ans ? »
Débat sans fin que nul ne pourra trancher et qui par moment rappelle les discussions entre les amis de Mario Conde dans les romans de Leonardo Padura, qui a choisi de vivre à La Havane où il est inconnu du public, car les médias, sous le contrôle de l'État, l'ignorent.
Notre héroïne finira par revenir sur son île en accompagnant son mari à Cuba lors d'une visite officielle à visée scientifique. L'occasion de croiser le commandant Castro lui est donnée à l'ambassade de Suède. Lorsque celui-ci s'adresse à elle en anglais, « I hope I don't disturb you, Lady Svedberg. », elle lui répond en espagnol : « Bien au contraire Commandant Castro. Il était temps que je redescende sur terre ! »
Du grand Manet

Lien : https://camalonga.wordpress...
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