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Critique de Gangoueus


Gangoueus
  16 mai 2015
Au moment où commence la rédaction de cette chronique, force est de constater que ce livre initie plusieurs ravissements et questionnements à mon niveau. Pour de multiples raisons qu'il serait trop long d'expliciter, l'observation de cette couveuse installée sur la rue van der Merwe, quelque part à Hillbrow, le fameux quartier de Johannesburg où sévit une violence unique sur le continent africain, cette obsevation disais-je, fut passionnante. Quartier dortoir, mal famé que ses habitants nomment pourtant la cité des rêves.
Chambre 207, une couveuse
Six jeunes sud-africains noirs, produits de la période post-apartheid, cohabitent dans une petite chambre miteuse, quelque part dans un immeuble d'Hillbrow. Ce sont des éléments rejetés de la grande université Witwatersrand. Une sortie de route résultat pour la plupart d'entre eux à des soucis pécuniers. Les ressources intellectuelles ne suffisent pas pour vous venir à bout du mastodonte universitaire censé vous faire toucher les étoiles et exploser le plafond de verre de cette société sud-africaine. le personnage narrateur raconte en début de texte les profils de ces différents pensionnaires. Tous ne sont pas des étudiants désabusés. Ils sont aussi, ethniquement parlant, une vision de cette Afrique du Sud plurielle. Même s'ils sont tous noirs. Sotho. Pedi. Zoulou. Tswana. Il n'y a pas de xhosa, élément intéressant puisque ceux-ci sont l'incarnation du pouvoir politique, valet de la puissance économique blanche. Pour rappel, le livre est paru en 2007 sous le mandat de Thabo Mbeki. Cette cohabitation est heureuse. le dieu Isando règne sur les beuveries consolatrices. Comme toute jeunesse instruite, les pensionnaires de la chambre 207 refont l'Afrique du sud sans misérabilisme, sans désignation d'un coupable à leur sort.
Introspection d'une jeunesse sud-africaine qui se cherche
C'est en effet assez surprenant. Je réalise, en écrivant cette chronique, qu'à aucun moment, Kgebetli Moele ne fait porter au poids lourd du passé, la responsabilité de la situation de ces colocataires fantasques et épicuriens. Chose d'autant plus étonnante, car quand on lit Coetzee et le fameux roman Disgrâce, les lourdeurs de l'apartheid sont particulièrement marquantes. Nos anciens étudiants se questionnent sur la condition du Noir (débat singulier sur le continent africain), sa violence, son autodestruction. Aucune histoire ne justifie que des hommes violent un bébé de trois mois, laissent pourrir leur quartier, tirent sans raison sur une foule en liesse lors d'une soirée dansante. du moins, c'est ce qu'ils se disent sans trop d'illusions. C'est en cela que Kgebetli Moele fait de la bonne littérature et fait des joyeux lurons de cette chambre, des personnages auxquels on peut s'identifier.

Lien : http://gangoueus.blogspot.fr..
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