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Critique de frandeseine


frandeseine
  01 février 2021
Tout d'abord un grand merci aux Presses Universitaires du Midi pour m'avoir, dans le cadre de l'opération Masse critique, gracieusement adressé cet ouvrage.

En 1623, le projet de mariage entre l'infante Marie-Anne d'Espagne et le Prince de Galles, fils de Jacques Ier et futur Charles Ier, avorte définitivement. du côté espagnol, on s'attendait à ce que Charles s'engage à ne pas entraver l'exercice de la religion catholique dans ses États, voire à ce qu'il se convertisse lui-même. C'était hors de question.
Du côté anglais on entendait que l'Espagne ait à coeur de faire en sorte que Frédéric V, calviniste et beau-fils de Jacques Ier, soit rétabli dans ses droits sur le Palatinat ‒ dont il avait été chassé ‒ ainsi que sur la couronne de Bohême. Elle n'en avait nullement l'intention.
Les négociations se sont si mal déroulées qu'on se quittera en très mauvais termes et que, deux ans plus tard, la guerre éclatera entre les deux pays.

L'intérêt principal de cet ouvrage, résultat d'un travail universitaire collectif, consiste, à mon avis, dans le choix qui a été fait de s'appuyer sur tous les documents d'époque en rapport avec ce mariage raté, dans quelque langue qu'ils soient, et sur les compétences de chercheurs qualifiés dans les domaines les plus divers. On a ainsi plusieurs angles d'attaque qui nous permettent de cerner au plus près comment cet épisode a pu être perçu dans les mentalités européennes de ce début de XVIIème siècle.

À tout seigneur, tout honneur. Dans sa très grande majorité défavorable à ce mariage, l'opinion publique anglaise exulte à l'annonce de son annulation. Dans un pamphlet extrêmement habile, dont on nous offre ici un très long extrait en édition bilingue, Thomas Scott prétend donner la parole à l'ambassadeur espagnol Gondomar, dont il fait un redoutable Machiavel, alimentant ainsi le sentiment antiespagnol et anticatholique de ses compatriotes.

Les auteurs espagnols se livrent, quant à eux, à une lecture beaucoup plus événementielle de la réception offerte au Prince de Galles. Ils insistent sur le faste généreusement déployé. Ce ne sont que fêtes, corridas et jeux de cannes. C'est aussi l'occasion de mettre l'accent sur ce qui, pour eux, est perfidie anglaise, cette somptueuse réception ne leur ayant valu, en retour, qu'une déclaration de guerre deux ans plus tard.

Pour qu'un mariage puisse être célébré entre une catholique et un protestant, une dispense du Vatican est indispensable. D'où de longs et fréquents échanges à ce sujet ‒ dont on nous offre, là encore, de très longs extraits ‒ entre le nonce apostolique en poste en Espagne et le cardinal Ludovisi, neveu du pape Grégoire XV. L'idéal, pour eux, serait d'obtenir la conversion de Charles au catholicisme, ce qui éviterait d'avoir à accorder cette dispense et surtout améliorerait considérablement le sort des catholiques anglais en butte à de nombreuses tracasseries relevant parfois de la persécution. On sait ce qu'il en advint.

Qui dit mariage dit cadeaux de mariage. Et la liste des nombreux et somptueux présents que se sont échangés les deux délégations ont fait rêver bien au-delà des pays directement concernés. Bijoux et pierres précieuses pour les Espagnols qui avaient la réputation d'en raffoler. Chevaux, entre autres, en quantité pour les Anglais bien en peine de les ramener chez eux. Cadeaux à l'arrivée et cadeaux d'autant plus fastueux au départ que chacune des deux parties avait parfaitement conscience, sans l'avouer, de l'échec des négociations et ne voulait pas en être tenue pour responsable.

D'autres encore avaient tout intérêt à voir échouer ce projet de mariage et oeuvraient à l'empêcher dans la mesure du possible. Ainsi de l'ambassadeur d'Autriche Khevenhuller qui agissait en sous-main pour son pays, pour la foi catholique à laquelle il s'était récemment converti, mais qui surtout, vouant une admiration sans borne à l'infante Marie-Anne, n'avait de cesse que de vouloir lui faire épouser le fils de « son » empereur, Ferdinand II.

Il ne s'agit en aucun cas, on l'aura compris, d'un roman. On ne peut pas dire non plus que ce soit un texte qui se dévore « comme un roman ». Non, mais il se lit avec infiniment d'intérêt pour peu que l'on accepte d'y écouter attentivement les différentes voix qui s'y entrecroisent. En outre les notes sont abondantes, la bibliographie fournie, ce qui suscite l'envie d'aller pousser les investigations plus loin encore. Quant à la nature même de ce projet polyphonique et à la façon dont il est mené, son originalité même incite à aller découvrir les ouvrages de la même collection.
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