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Critique de de


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  24 avril 2012
Pour parler de l'introduction de Thierry Pillon l'auteur, je choisis, quatre citations :

« Les manières de faire, de s'engager dans les gestes, de ressentir, de percevoir, bref toute une phénoménologie de l'activité nous met au coeur de l'expérience corporelle du travail ouvrier »

« Rendre plus beau ou plus dur ce qu'on a vécu, le faire coïncider avec les représentation sociales de la profession, est d'autant plus nécessaire chez ceux dont le récit est empreint de nostalgie pour un passé révolu. »

« Pourtant, si la rémanence des descriptions, même modestes, autorise des rapprochements, c'est parce qu'elles se font écho, traversent les récits, se répondent, tout en se distinguant au cours des siècles. »

« Enfin, les récits laissent ouvertes les échappées possible dans le rêve ; rêve de nature, mais aussi rêve suscité par le geste ou les mouvements répétés des machines. »

Entre un « Écrire » et un « Lire », l'auteur regroupe les extraits de témoignages en six chapitres, eux-mêmes subdivisés : « Milieux » (L'entrée, la chaleur et le bruit), « Gestes » (Postures, styles, attention et vitesse), « Regards » (Surnoms, initiations, résistance, défis et plaisanteries), « Intimité » (Imprégnation, mélanges, marques, l'odeur des autres et désirs), « Usures » (Disproportions, les mains, fatigues, les nerfs et souffrances morales), « Rêves » (Rêves de mature, le plaisir du geste et le sommeil de l'usine).

Derrière les expériences, le travail concret, son inscription au quotidien dans les corps. L'auteur balaie une large part de nos relations matérielles, intimes, avec le travail. Et si les modalités du travail ont pu être modifiées grâce aux luttes des salarié-e-s et aux progrès des équipements, il convient de regarder du coté du travail le plus répétitif, du plus déqualifié d'un coté et de la surcharge mentale, de l'impossibilité à avoir un temps débarrassé totalement du travail de l'autre, pour comprendre que le travail, organisé dans le système de production capitaliste, tue, fait souffrir, mutile physiquement et psychiquement. Au delà des aménagements, il convient donc d'en réduire radicalement sa durée en poursuivant le mouvement séculaire de baisse de temps de travail contraint, arrêté par la contre-révolution libérale.

Quelques citations issues de la partie « Usure », malheureusement, beaucoup de lectrices et de lecteurs pourront y retrouver leurs sensations quotidiennes :

« La répétition des gestes, la continuité des machines, la fixité des corps engendrent le sentiment d'une immobilité générale qui enveloppe le temps lui-même. »

« L'impossibilité de dormir souligne l'emprise du travail sur le corps, sa conquête des membres endoloris, mais plus encore de ”la tête”… »

« La fatigue a ses propres rythmes, ses mouvements lents et profonds, imprévisibles le plus souvent. »

« Confusion des limites où la machine, ”dans sa tête”, devient le moteur même des gestes, de son rythme, de sa force ; ”si la mécanique s'arrêtait, je resterais sans mouvement, comme elle”. »

Ce livre rend présents ces corps, ces ”têtes”, ces salarié-e-s trop sollicité-e-s, occupé-e-s, dérobé-e-s par le travail « La parole ouvrière se fait entendre en renouvelant ses moyens, ses canaux de diffusion, ses supports. le champ est ainsi largement ouvert au lecteur qui voudra bien prêter l'oreille à cette voix obstinée qui dit le corps à l'ouvrage. »

Un livre donnant corps aux corps, aux sens, qui appelle un second volume sur les corps à l'ouvrage dans les bureaux, les hôpitaux, le travail domestique, les usines, etc., en ce début de XXIe siècle, avec une attention particulière aux effets de genre.

Un ouvrage captivant de plus dans la collection « un ordre d'idée »
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