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Critique de Pecosa


Pecosa
16 juin 2017
Dans la gueule du loup est l'autobiographie de Eleuterio Sánchez Rodríguez dit el Lute, un des délinquants les plus célèbres d'Espagne, qui fut condamné pour un crime qu'il n'avait pas commis. Figure emblématique du criminel en pleine époque franquiste, El Lute a fortement marqué la culture populaire. Son histoire a fait les beaux jours du « cine kinki », genre très prisé en Espagne dans les années 70 et 80, qui aimait transposer à l'écran le destin des délinquants, surtout s'ils étaient gitans ou mercheros . On lui consacra deux films, "El Lute: camina o revienta" en 1987, puis " El Lute II: mañana seré libre" l'année suivante. Il inspira des chansons à des interprètes aussi divers que Boney M (This is the story of El Lute A man who was born to be hunted like a wild animal Because he was poor But he refused to accept his fate And today his honor has been restored etc…), Joaquín Sabina ou bien encore Estopa (Voy a ser más famoso que el Lute dentro de la gente de mi vecindario etc...)

Dans la gueule du loup est un témoignage d'une grande force sur la vie des plus misérables, celles des Mercheros , quincaillers et chaudronniers nomades, los « quinquis » dont le terme est devenu peu à peu synonyme de marginalité. Né dans une chabola en 1946 alors que son père est en prison , El Lute n'aura de cesse de payer pour ses origines et son appartenance à un groupe social honni qui tente de survivre dans l'Espagne affamée de la post-guerre: « L'été fini, ce fut l'hiver 1949, un hiver terrible, atroce. Tandis que s'éloignait le spectre de la guerre civile, l'Espagne peu à peu reprenait une vie normale malgré la disette générale. Disette à la limite de la famine, réglementée cependant, organisée. » Curieusement c'est grâce au témoignage d'un ancien « ennemi public numéro 1 » que l'on en sait un peu plus sur ce groupe nomade aux origines mystérieuses contraint de se sédentariser sous la dictature (c'est à dire peupler les bidonvilles). Les premières lignes de la vie de Eleuterio Sánchez Rodríguez nous rappellent celles que Dominique Lapierre et Larry Collins ont consacrées à El Cordobés dans leur ouvrage "… Ou tu porteras mon deuil. », quand la grande misère de l'après-guerre et la répression marchaient main dans la main.

Puis El Lute raconte comment il fut condamné à deux années de prison pour le vol de trois poules, et arrêté à 22 ans pour un motif bien plus grave. Accusé à tort du meurtre du vigile d'une bijouterie, il fut torturé, condamné à mort puis sa peine fut commuée en prison à vie. Connu surtout pour ses spectaculaires évasions, d'un train, d'une prison et ses cavales, qui humilièrent la Garde civile, Eleuterio Sánchez fit des études en prison, devient avocat, plaida et se mit à écrire ses souvenirs. Dans la gueule du loup est un témoignage percutant sur l'Espagne misérable de l'après guerre, sur une population vivant d'expédients, et surtout une violente critique sociale faite par un homme longtemps analphabète qui acquis au fil des ans une conscience politique. « Le sort m'a fait naître pauvre, de parents pauvres, à une époque pauvre, dans un pays pauvre. Je suis un produit de mon pays à un degré déterminé de son développement. Je suis un produit nécessaire, obligatoire, dans les actuels rapports de production. "
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