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Critique de DianaAuzou


DianaAuzou
  19 décembre 2020
Lecture et chronique dans le cadre de l'Opération Masse Critique, décembre 2020

Un grand merci à Masse Critique pour m'avoir proposé la lecture de cette pépite. Une très belle découverte.

Première case de la première planche : deux pieds et 4 pattes qui marchent, tournent le dos au lecteur, ou bien à autre chose ?
La maison est à vendre, Yvonne, 80 ans, y vit seule maintenant, avec son chien... Depuis quelque temps la maison devient tous les jours plus grande et son espace fait résonner plus fort les bruits qu'avant paraissaient presque muets, et les tasses commencent à prendre vie, elles tombent plus souvent et se cassent. Deviennent-elles plus agiles, ou plus récalcitrantes, ou alors les mains deviennent-elles plus faibles, plus tremblantes ?... Pas de voix, pas de réponse, mais la vérité est là avec son sourire à peine esquissé, elle demande l'impossible :vendre et partir.
La maison de retraite s'appelle Les Mimosas, ils ont des trouvailles ceux-là, pourquoi pas Les jeunes filles en fleur ?, et l'espace ce n'est plus une maison mais une chambre qui respire le gris, parle gris, se tait aussi toujours en gris, un gris froid buté et sec.
Accueil dans la famille du troisième âge où tous sont dépendants de ceux qui ont toute leur tête, des comprimés colorés pour ne pas les mélanger, d'une poche (c'est plus intime cela), d'une femme dans l'administration qui sait tout organiser et le faire respecter... le coeur se serre, la tête se grise, le manque s'installe, la chute commence... quelque chose demeure pourtant, léger, peu encombrant et contagieux en même temps : le rire, lutin malicieux, prêt à saisir dans chaque petit événement le ridicule comme la joie et les partager généreusement. le ridicule ne loge pas au troisième âge, bien sûr que non, il ne trouve pas sa place chez ceux qui ont vécu, construit, transmis et beaucoup perdu, il s'installe là où des personnes pétries de certitudes, jeune s et en bonne santé, ont fait déjà le tour de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, du comment et du pourquoi. Et c'est au troisième âge d'en rire, aux éclats ! Et de se révolter, ils ne sont plus des adolescents, des gosses encore moins.
Quand les petits enfants arrivent, pour une courte visite, c'est la fête, le bonheur, la tristesse aussi, "J'ai un peu peur, petit Tom. Peur de la suite, des mots qui vont s'effacer, comme mes souvenirs. J'oublierai ton prénom, peut-être. Si j'oublie ton prénom, tue-moi."
Les chers de la famille se font souvent attendre, attente lourde et pénible, l'âme se vide, le vide prend poids, le gris est froid.
Mais la vie a encore un mot à dire, un sourire, un toucher, une envie de rigoler, une envie de tendresse, énorme, ce n'est pas encore la fin, la vie est dans les coeurs, tous les clins d'oeil sont là. Une petite échappée vers la rivière, plonger dans l'eau, la chute est presque en roue libre, alors le plongeon se fait "dans la fragilité de l'amour et des baisers. Peut-être tout revivre, entendre encore les voix aimées. On n'aura rien de tout ça et on le sait bien. Alors... quelques heures de liberté... de l'eau peut-être. Un ponton. Oui, voilà, on voudrait un ponton, de la vase pour enfoncer nos pieds, de l'herbe, et le soleil qui nous sèche."
Les dessins silencieux et expressifs, racontent le chemin d'une vie ou un instant fuyant, en gros plans, en petites cases, en hors champ, aux traits fins qui creusent visages et corps en leur donnant une gravité, une auto dérision aussi, et surtout beaucoup de tendresse et de fragilité. Souvent le texte, en bonne complicité, se tient à l'écart, en tranquille et délicate retenue, pour laisser les visages s'exprimer en toute liberté. Comme une grosse larme qui rigole et pleure en même temps.
Une petite merveille.
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