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Critique de Lali


C'est la plume qui retient actuellement tous les regards. Et avec raison. Coeurs arrachés (Campo de Sangue, littéralement « Champ de sang »), son premier roman, publié en 2002 et depuis traduit en espagnol, en italien, en catalan et en français, lui a valu dès sa sortie le prestigieux Grande Prémio Acontece de Romance. Je ne tairai pas plus longtemps son nom. Elle s'appelle Dulce Maria Cardoso.

Née dans le Trás-os-Montes en 1965, Dulce Maria Cardoso a passé son enfance en Angola avant de rentrer au Portugal en 1975. Licenciée en droit, elle a écrit pour le cinéma avant de s'adonner à la littérature. Et pas de n'importe quelle manière. Pas en nous servant du réchauffé ou du déjà fait ni déjà dit. Mais avec une voix qui se démarque et qui étonne. Avec une écriture singulière qui ne ressemble à rien de ce que j'aie pu lire au fil de mes nombreuses années de lectrice.

L'histoire est celle d'un homme. D'un homme et de quatre femmes : son ex, sa mère, sa petite amie, sa logeuse. Quatre femmes qui n'ont rien en commun, rien à se dire, alors qu'elles se trouvent réunies dans une salle du commissariat afin d'être interrogées sur celui qui vient de commettre un meurtre immonde. Quatre femmes pour lesquelles il s'est inventé une vie (quatre fois plutôt qu'une) pour cacher le vide et l'inutilité de son quotidien.

C'est donc une histoire en deux temps, une histoire en alternance qui nous est proposée, alors que ce qui se passe dans la salle d'attente du commissariat est constamment interrompu par des retours en arrière nous relatant les mois qui ont précédé le tragique événement. Une manière habile et efficace de nous présenter celles qui furent les seules personnes qu'il y eut dans sa vie.

Outre l'histoire, déjà menée avec brio grâce à ces promenades entre le commissariat et le passé, il y a surtout et avant tout une écriture originale dont la facture peut être déroutante au début mais à laquelle on prend bien vite goût, à savoir des phrases très longues où se mêlent à la fois le moment présent, les réflexions des personnages et même les dialogues. Un véritable tour de force devant lequel je ne peux qu'être admirative.

Évidemment, je n'ai pas lu le livre en portugais, mais il m'est facile d'imaginer les difficultés et les pièges de traduire de telles phrases, puisque je pratique cette activité au quotidien. Or, aucune phrase ne m'a semblé lourde ou maladroite, mais plutôt chaque fois juste et dans le ton.

C'est à Cécile Lombard qu'on doit la traduction de Campo de Sangue, celle qui a aussi traduit le marchand de passés de José Éduardo Agualusa, dont je vous ai parlé ici, Mémoires d'une jeune fille triste de Bernardim Ribeiro, dont Armando vous a entretenu il y a peu et dont je vous parlerai à mon tour puisqu'il fait partie de la pile tout à côté de mon lit.

Pour l'heure, je ne peux que vous conseiller de lire Coeurs arrachés. Sans aucune hésitation. Et surtout sans tout vous dire de ce roman troublant à bien des égards, lequel pose l'inévitable question du sens de la vie.
Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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