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Critique de Ledraveur


Ledraveur
08 juillet 2016
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Voici une biographie sobre, épurée des scories des légendes et du “merveilleux” , rendant un “Bouddha Çâkyamuni ” à l'authenticité dans son époque, ainsi que le décrit Stephen Batchelor de nos jours (« Le Bouddhisme libéré des croyances », « Itinéraire d'un bouddhiste athée »), ceci dans le ton des documentaires de Gérard Mordillat dans « Corpus Christi » ou « L'Origine du christianisme », ou encore « Jésus et l'Islam ».
Nous sommes ainsi ici dans le domaine de l'essentiel, du “crédible” ! Avec une fin d'existence, qui, vouée à la “libération lumineuse” d'une condition humaine prise dans les jeux de l'égocentrisme et de ses frustrations, ne s'en termine pas moins dans un environnement de “sombritute” quelque peu lugubre et parfois sinistre !
Là aussi, tout comme pour Jésus le Nazaréen ou encore Mahomet des Bani Hachem en leurs temps et sous d'autres latitudes, ou encore la Lignée de Marpa et Milarépa au Tibet, Véronique Crombé met fort bien en perspective la “transmission orale” du vivant de Çâkyamuni Gautama et la transition délicate de ce qu'il en a été reproduit ultérieurement par écrit.
Le “Lalitavistara” par exemple, cité fréquemment jusqu'à la moitié de l'ouvrage, mis en forme assez tardivement, source quasi exclusive du lamaïsme tibétain*, est resitué dans son contexte de période correspondant aux mentalités d'une époque et d'une population géopolitique donnée. La perspective qui en est livrée par V. Crombé est précieuse pour pouvoir aborder en toute compréhension le fil conducteur du « canon tibétain »**. Elle précise p. 21 : « Chaque école possède son Canon, mais seul le Canon pâli nous est parvenu dans sa totalité. »
— Ce livre aborde également le “carriérisme” religieux, un fléau un chancre pour la spiritualité de l'Humain, et plus particulièrement monacal, (dénommé souvent comme “Dharma mondain”) impliqué avec les pouvoirs politiques et économiques de “leur temps” ; voir p. 114-115 l'attitude décisive de Gautama et du “don” (dana) et les malentendus et risques auxquels cela pouvait et donne encore lieu !

— V. Crombé y traite également de l'adhésion de l'être à l'enseignement, et de l'appartenance formelle à une doctrine, de la différence dans l'imbrication éventuelle des deux … « l'on ne saurait trop insister sur ce caractère profondément humaniste du bouddhisme » (p. 178) «Samâtha peut être pratiqué avec profit par quiconque, sans considération d'appartenance religieuse » (p. 177) « Il est parfaitement possible d'être un excellent bouddhiste sans l'accomplissement d'aucune formalité particulière. » (p. 181)
Nous retrouvons là les positionnements de Thich Nhat Hanh (« Bouddha et Jésus sont des Frères ») et du chrétien laïc authentique Marcel Légaut (« L'homme à la recherche de son humanité ») qui se placent hors du contexte de “gestation politico-culturel” du règne du roi Açoka de la dynastie Maurya (Bouddha, p. 187) pour le premier où de l'empereur romain Constantin Ier pour le second. ***
Est soulignée ainsi la différence qui peut exister entre le fait de “naître bouddhiste” ou de “naître chrétien” (ou de se “convertir” !) et de le “vivre” en son être : la « praxis » (… manière d'agir, manière de vivre, manière d'être ; c'est-à-dire création continue, exercice quotidien, recherche permanente de l'attitude et du geste justes. «Fleurs, fêtes et saisons », Jean-Marie PELT, p. 326) ce qui n'est pas exactement de l'ordre la “croyance”...

— Pour Gautama le “Budhha” la division de la communion fraternelle de la communauté spirituelle est cause “d'effroi” ; le schisme (une des cinq fautes cardinales du bouddhisme) est redouté, sans doute à juste titre, dans ses effets délétères engendrant l'affaiblissement de la validité de l'engagement dans l'héritage spirituel livré, donné.
« Le Bouddha n'étant plus parmi nous, c'est le Sangha qui constitue l'exemple vivant de l'enseignement du Bouddha car, selon la formulation donnée dans le texte de l'Hommage au Sangha : « la communauté des disciples du Bienheureux a une conduite droite, correcte, méthodique, bienséante » et constitue de ce fait “le plus grand champ de mérites pour le monde” ». (p. 180) car c'est en effet avant tout dans l'accomplissement de la « praxis » qui échoient les “bénéfices” à l'ordre de la Vie !

— Gautama et le « redevenir » : … né dans un contexte culturel donné, il choisi en renvoie à la question d'un “continuum de conscience” d'une “entité”, “un certain silence intérieur” en guise de réponse (p.173). de fait, là aussi, les notions grossières vont bon train avec leur cortège de calamités torves.
(voir à ces sujets : « karma vipaka » et « ahimsa » ****)

En conclusion :
« De quoi était faite la vie quotidienne du Bouddha et de ses moines ? Voyages lents, ponctués de multiples étapes, enseignements, rencontres de laïcs, conversions, voyage à nouveau, retraite imposée par la saison des pluies, une anecdote pittoresque, un “miracle” de temps à autre... Rien que de très classique, finalement, pour un chef religieux.
p. 132 »
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* « Il m'apparut bientôt clairement que, dans le canon tibétain dont on m'avait assuré qu'il contenait absolument tous les discours que le Bouddha eût jamais prononcés, il manquait la majorité des textes préservés en pâlí, y compris le Satipatthana sutta, le discours sur les bases de la pleine conscience dont S. N. Goenka tirait son enseignement. »
p. 43
« Bien que j'aie passé des années à apprendre à lire le tibétain, cela ne m'a servi à rien puisque la majeure partie de ce qui est consigné dans le canon pâli n'a pas été traduit dans cette langue. »
p. 135
« ITINÉRAIRE D'UN BOUDDHISTE ATHÉE », Stephen BATCHELOR
éditions du Seuil, © février 2012
— le “Lalitavistara” ; « Vie et doctrine du Bouddha tibétain » - éd. Sand, Paris, 1996
ex. de citation : Une naissance “miraculeuse” 
« La grossesse de Mâyâdevî durera dix mois. Chiffre qui ne doit en rien surprendre, même si elle correspond à une durée idéale, la norme parfaite en la matière, telle que la concevaient les Indiens, car il s'agit de mois lunaires, plus courts. Dix mois pendant lesquels le miraculeux enfant est protégé de tout contact impur par un tabernacle cristallin, car, selon les termes peu flatteurs du Lalitavistara : « Comment, au sortir du paradis des Tuçita, le Bodhisattva, cette perle de tous les êtres, lui, pur, et à l'odeur suave, pourrait-il demeurer dix mois dans ce puant réceptacle humain qu'est le sein de sa mère ? » p. 41
(la femme du XXIe siècle de nos contrées appréciera !)

** (Le Kangyour et le Tengyour )

*** Thich Nhat Hanh dans « Bouddha et Jésus sont des Frères », (Éditions Pocket © février 2013) pages 19, 20, 21
« L'homme à la recherche de son humanité » “Et homo factus est” – (“l'homme tel qu'il est”), Marcel Légaut – éd. Aubier-Montaigne © 1971
(… sous le règne du roi Açoka de la dynastie Maurya. Monarque de grande envergure, Açoka offrit au bouddhisme son patronage, ouvertement professé dans le texte des édits gravés sur colonnes ou rochers, répartis sur le territoire qu'il contrôlait. C'est sous son règne, alors que les divisions entre sectes se poursuivent, que commence véritablement l'expansion géographique du bouddhisme p. 187)

**** En ce qui concerne le fameux « karma vipaka » (vipāka désigne, au niveau mental, la maturation de karma, le “résultat d'un acte volitionnel”) :

— … « il y a aussi la réalité élargie qui est cette continuité qu'est la vie, la vie jusqu'à la mort qui n'est qu'une autre sorte de vie jusqu'à la renaissance. Dans ce sens, les choses qui se produisent dans notre existence, au lieu d'être des attaques personnelles perpétrées contre nous deviennent un flot ininterrompu de phénomènes naturels. le karma n'est pas quelque chose d'humain, c'est l'une des forces qui vont et viennent dans le courant ininterrompu de l'évolution. Parfois, quelque chose arrive et nous pensons : c'est un mauvais karma, mais nous ne dirions pas cela du printemps, de l'automne ou de l'hiver. L'hiver peut être, certaines années, particulièrement rude et il ne nous viendrait pas à l'idée de personnaliser cela en disant que l'hiver est méchant d'arriver. Ce ne sont que les forces de la nature. le karma, c'est la même chose, alors que nous en faisons quelque chose de personnel. C'est de la physique et la physique traite des forces impersonnelles de l'énergie. » (p. 209)
Chacun d'entre nous a un chemin différent dans la vie, il y a différents déséquilibres karmiques qu'il faut rééquilibrer. Je ne recommande donc pas aux gens de se mettre dans des situations dangereuses simplement pour pouvoir s'y confronter : la vie nous donnera ce dont nous avons besoin. Nous devons la laisser se déployer comme elle se déploiera de toute manière dans notre cas et accepter ce qui est tel que c'est. Ce n'est pas la peine de chercher des occasions de nous tester, il suffit de faire avec ce que la vie nous donne, et la vie nous donne beaucoup de matière à traiter. (p. 225)
« OUI, est alors ? », Lee Lozowick, Éditions La Table Ronde © 2001
(Les souvenirs inconscients sont emmagasinés dans la circulation du sang. CG JUNG « Memories Dreams reflections ».)

Bhai Sahib et « ahimsa » (exclure l'idée de “nuisance” à la Vie - respecter la Vie offerte - attitude juste/équilibrée en vers la Vie) :
— « Qu'est-ce que ahimsa ? » a demandé le français Philibert l'autre jour.
« Le vrai ahimsa ne peut pas vraiment être pratiqué sur le plan physique ; pas complètement du moins et pas par tout le monde. Que se passe-t-il dans les régions où rien ne pousse et que les gens doivent trouver de la viande ou du poisson à manger ? Les insectes que nous écrasons sans le savoir sous nos pieds, les germes que nous avalons et détruisons sont la vie, aussi. Ce que nous devons pratiquer c'est l'ahimsa mental et nous devons le vivre entièrement.
Ne pas tuer des êtres vivants n'est qu'une conception brute d'ahimsa, car c'est bien davantage. le vrai ahimsa c'est de ne pas nuire aux sentiments des autres, ni à soi-même. C'est ne pas faire de mal aux autres, et ne pas faire de mal à soi-même »
« Comment peut-on nuire à nos propres sentiments ou faire du mal à soi-même ? » voulut savoir le Français.
« Vous nuisez à vos propres sentiments en vous créant des habitudes. Si, par exemple, vous aimez boire du thé, et ne pouvez pas vous en procurer, vous souffrez, n'est-ce pas ? Alors vos sentiments sont touchés par l'habitude créée. Ne jamais, jamais nuire aux sentiments de personne et ne jamais créer d'habitudes dans le vrai ahimsa, voilà ce qu'il faut faire. En créant des habitudes, nous nous emprisonnons nous-mêmes ; emprisonnement est limitation. Et limitation est douleur ». p. 164
« L'abîme de feu », Irina Tweedie, Édition L'Originel © 2002
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