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Critique de 5Arabella


Pièce citée souvent dans les histoires de la littérature, mais pas vraiment lue ni représentée. Elle aurait été la première pièce écrite par Jodelle, et donc la première pièce française humaniste, en opposition au théâtre du moyen-âge, si on excepte Abraham sacrifiant, drame biblique de Théodore de Bèze, publié à Genève, dans un contexte différent. Il y a quelques incertitudes sur la date et le lieu de la création de la pièce : 1552 ou 53, soit à la cour soit dans un collège. C'est la seule comédie qui nous reste de Jodelle, il n'est pas exclu qu'il en ait écrit d'autres perdues maintenant, le nom d'une autre pièce est citée parfois, La rencontre, sans réelle certitude de son existence. La pièce aurait été écrite en quelques jours seulement.

La pièce est composée d'un prologue et de cinq actes. le prologue est important, car Jodelle y expose la conception du théâtre qu'il veut faire, c'est une sorte de manifeste du nouveau théâtre à venir. Même s'il a souvent été associé à la Pléiade, Jodelle reste à la marge, en position d'outsider, et ses opinions ne sont pas forcément les mêmes que celles de du Bellay dans La défense et l'illustration de la langue française par exemple. Il s'agit bien de créer une littérature nouvelle, inspirée par l'Antiquité, et balayer le théâtre du moyen-âge ; mais pour Jodelle, il ne faut surtout pas copier servilement ce qui a été fait par les Anciens, mais faire du nouveau. Certes on peut reprendre certains éléments : la pièce est par exemple en cinq actes comme les pièces antiques. Mais les personnages sont des personnages du temps de Jodelle, avec leurs préoccupations et façons de s'exprimer :

L'invention n'est point d'un vieil Ménandre,
Rien d'estranger on ne vous entendre,
Le style est nostre, et chacun personnage
Se dit aussi estre de ce langage

Il s'agit de trouver un compromis, entre les modèles antiques, et une véritable création, propre à l'époque, et qui donnera la possibilité d'exprimer les préoccupations de son temps, sans être inférieure à ce qui a pu être écrit dans l'Antiquité. Jodelle souhaite une poésie (on considérait le théâtre comme de la poésie à l'époque) nationale et authentique, qui se différencie d'une poésie d'imitation pure et simple.

Une autre idée importante, exprimée avec force, est celle de vouloir s'adresser à tout le monde, à tous les publics, pas seulement celui des lettrés ou gens instruits. le Poète :

Or pourautant qu'il veut à chacun plaire,
Ne dédaignant le plus bas populaire

Tel est donc le programme de l'auteur, il reste à voir comment il l'a traduit en vers. Les cinq actes sont composés en octosyllabes, alors que le prologue est écrit en décasyllabes. le personnage qui donne son titre à la pièce est un abbé, qui pour s'assurer les faveurs d'une belle, lui a fait épouser un benêt qui ne se rend pas du tout compte de ce qui se passe. Mais Alix, la jeune femme, était fiancée à un jeune gentilhomme, Florimont, parti à la guerre, et qui revient. Très en colère lorsqu'il apprend le mariage, il vient faire un esclandre, frappe Alix, guère défendue par son mari, pas très courageux, et sous prétexte de reprendre les biens qu'il lui avait laissé, emporte tout ce qu'il a à emporter. Guillaume, le mari, qui doit payer un créancier, se trouve en danger d'aller en prison. Eugène, l'amant abbé, a peur que Florimont s'en prenne maintenant à lui. Il imagine de l'amadouer en lui donnant sa soeur Hélène, qui consent à sauver son frère. Florimont pourra ainsi retrouver une autre femme, Guillaume payer ses dettes, et reprendre sa vie avec Alix, même s'il ne se fait plus d'illusions sur sa fidélité.

Le résumé le montre, c'est en réalité très proche des farces du moyen-âge, nous avons un mari trompé, un religieux fornicateur, l'image de la femme infidèle par nature...Cela semble très difficile à jouer, et pas bien passionnant. Au final, la pièce vaut surtout par le prologue, par un programme littéraire dont il est le manifeste, les réalisations plus convaincantes vont venir par la suite sous d'autres plumes. Mais les problématiques essentielles sont posées, le mouvement est lancé.
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