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Critique de boudicca


L'année dernière Vent d'Ouest s'est lancé dans une nouvelle collection visant à présenter des personnages féminins, réels ou inventés, ayant joué un rôle lors de la Commune de Paris. Chaque tome peut se lire de manière totalement indépendante et chaque héroïne est immortalisée par un dessinateur différent sous la houlette de Wilfrid Lupano. le premier album mettait en scène une héroïne fictive confrontée à l'abattage des animaux du Jardin des Plantes lors du siège de la capitale par les armées prussiennes en 1870 (« Les éléphants rouges »). Cette fois c'est un personnage historique qui est à l'honneur, Élisabeth Dmitrieff, aristocrate russe proche de Karl Marx et particulièrement influente dans les milieux féminins pendant la Commune. Membre actif de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, la jeune femme est sur tous les fronts : elle s'occupe de l'organisation des ateliers de coopératifs, encourage ses compagnes à prendre les armes et à rejoindre leurs hommes sur les barricades, se lance à la pêche aux informations afin de mettre la main sur les caches d'armes disséminées dans la capitale… Son activisme énergique n'est d'ailleurs pas du goût de tout le monde : les femmes s'agacent de l'effet qu'elle fait aux hommes ; les hommes s'inquiètent de la voir contester leur suprématie avec autant d'aplomb.

Wildrid Lupano signe une fois encore un scénario très riche qui lui permet d'aborder une multitude d'aspects. Outre le parcours de cette « aristocrate fantôme », on en apprend notamment un peu plus sur l'importance joué par la Banque de France qui n'a jamais cessé de financer Adolphe Thiers aux dépends de la Commune. L'ouvrage insiste cela dit surtout sur la place occupée dans la société par les femmes de l'époque, et ce n'est pas beau à voir… « Les femmes sur les remparts, les femmes en bataillons, les femmes à la direction des comités, ça fait peur! Ce n'est pas encore pour tout de suite ! » Voilà qui résume parfaitement l'état d'esprit de tous, militants socialistes compris. Il n'y a qu'à voir le tollé ayant suivi l'annonce de la constitution d'un « bataillon des Amazones », ou bien les moqueries dont sont victimes les quelques femmes qui sont parvenues à obtenir quelque influence, Louise Michel en tête. Tout juste pourrait-on regretter que certains événements ne soient pas un peu plus explicités pour permettre à ceux qui ne connaîtraient pas dans le détail le déroulement de la Commune de bien saisir les enjeux dont il est question ici. Les graphismes d'Anthony Jean sont pour leur part très réussis, à commencer par les planches représentants les combats de la semaine sanglante qui a vu l'écrasement de la Commune par les troupes versaillaises.

Un album dense et bien conçu qui permet d'en apprendre davantage sur la Commune mais aussi et surtout sur le rôle qu'y jouèrent les femmes de la capitale. A noter qu'un troisième tome intitulé « Nous ne dirons rien de leurs femelles » est désormais disponible avec Lupano au scénario et Xavier Fourquemin aux dessins.
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