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Citation de oran


oran   12 février 2017
Un chemin vers la liberté sous l'Occupation de Daniel Bénédite
Pages 199/200…

« Un soir, (19 mars 1941) quelques jours avant le départ des vedettes du "château" Varian consulte l’assemblée :

-André Malraux est de passage à Marseille, dit-il. Que diriez-vous si je l’invitais à dîner ici avec nous ?

- Pourquoi pas dit Victor, j’aimerais assez lui dire ce que je pense de sa collusion avec les staliniens en Espagne

Mais André (Breton) manque visiblement d’enthousiasme:

-Si vous y tenez Varian… Mais je ne vois pas, moi, ce que je pourrais bien dire à ce Monsieur Malraux…

Tenant compte de cette réserve, Fry estime qu’un dîner en petit comité conviendrait mieux pour cette rencontre. Nous ne sommes donc que Théo (épouse de Bénédite), Victor (Serge Victor dit Viktor Lvovitch Kibaltchine 1890-1947) auteur de l’Affaire Toulaèv 1948, Mémoires d’un révolutionnaire 1951) Varian et moi avec Malraux, le 19 mars, autour d’une table du restaurant Le Dantesque. Je trouve notre hôte très changé depuis que je l’avais rencontré, six ans auparavant, à un meeting du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, salle Bullier, où je participais au service de l’ordre. Il est affecté de tics gênants, souffle violemment par le nez en secouant la tête et, poussant des « hon » sonores, il ramène constamment en arrière, d’une main fébrile, la mèche qui lui tombe sur le front et son regard est, à certains moments, celui d’un halluciné. Mais l’ambiance est assez détendue. Malraux qui a pris ses distances avec les communistes, écoute attentivement les reproches de Victor est convient que "beaucoup d’erreurs ont été commises, lors de la répression de mai 1937 en Catalogne" . Après dîner, il nous emmène dans une salle aménagée en cinéma clandestin, où il présente à quelques amis des bandes de son film Sierra de Teruel tiré de son roman L’Espoir (1.)
Je suis bouleversé par la dernière séquence, quand toute la population valide d’un village aragonais accompagnant les civières des aviateurs internationaux blessés, et que, à l’arrivée au premières maisons, les vieillards et les infirmes se redressent pour saluer le cortège, poing levé. Ces images restent pour moi les plus belles du cinéma français.

(1 )Publié fin 1937, c'est le roman français, qui, par excellence, fait partager les espérances et le sort des Républicains espagnols. Le film que Malraux en tire sort en 1939, mais sa diffusion a été interrompue par la guerre.
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