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adelie_altitude   26 avril 2019
The Highest Andes de Edward FitzGerald
Trois quarts d’heures après qu’il nous eût laissés, je le vis une centaine de mètres au-dessus de moi, traversant la paroi de la grosse pierre en chemin vers le col qui reliait les deux pics. Soudain, je fus pris du sentiment amer d’avoir été laissé derrière, juste sous le sommet de cette grande montagne à laquelle je rêvais depuis si longtemps et pour laquelle j’avais mis en œuvre toute cette expédition. Tout juste 400m me séparait de mon but ; mais après ce long itinéraire et toutes ces tentatives, je compris que je ne l’attendrais jamais par moi-même.



Je me relevai et essayai encore une fois d’avancer ; mais je ne pus bouger que de deux ou trois pas avant de devoir m’arrêter, le souffle coupé, je dus lutter pour ne pas laisser la nausée me submerger. Par moment, je m’écroulai et à chaque fois, j’eus plus de difficultés à me relever. Des points noirs brouillaient ma vue, c’était comme marcher dans un rêve ; j’étais si malade qu’il me semblait que toute la montagne tournait autour de moi. Assez vite, je n’arrivai plus à me relever tout seul et je dus faire appel à Lanti pour qu’il m’aidât. J’avais envoyé le jeune Pollinger jusqu’au camp quelques heures plus tôt, en lui expliquant d’aller le plus vite possible jusqu’à Inca pour nous faire envoyer nos chevaux. J’étais certain qu’à ce moment là Zurbriggen aurait réussi et que nous pourrions tous descendre et nous reposer quelques jours. Pendant assez longtemps, il m’avait demandé de faire demi-tour, expliquant que nous allions trop doucement, et que même sans ralentir, nous n’arriverions pas au sommet avant la nuit. J’étais juste sous le grand mur, à quelques centaines de mètres du grand couloir qui menait vers le sommet. Je ne connais pas l’altitude exacte de cet endroit mais je me dis que cela devait faire 300 mètres sous le sommet. C’est là que j’abandonnai le combat et commençai à descendre.



Je n’oublierai jamais la descente qui suivit. J’étais si faible que mes jambes semblaient se dérober à chacun de mes pas. Je tombais sans arrêt, me blessant sur les rocher qui amortissaient ma chute. Je ne sais pas combien de temps cette situation désespérée a duré mais probablement une heure et demie. Quand j’ai atteint la neige, j’ai commencé à glisser. Plus je descendais, plus mes forces se régénéraient. Et la nausée qui me faisait souffrir disparut. Seuls de violents maux de tête subsistèrent. C’est vers cinq heures que j’arrivai à ma tente. J’avais tellement mal à la tête que j’avais même du mal à garder les yeux ouverts.



Zurbriggen arriva à la tente environ une heure et demie plus tard. Il avait réussi à atteindre le sommet, et à y planter son piolet ; mais il était si fatigué qu’il n’arrivait même pas à parler. Il s’allongea, terrassé par l’épuisement. Bien que naturellement ravi par son succès, à ce moment précis, il semblait bien se moquer de ce qu’il se passait. (…) Ainsi fut conquis l’Aconcagua. « Sic vos non vobis mellificatis apes. »
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