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Critiques de Mark Hunyadi (4)
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Penser la santé

Mark Hunyadi détonne par sa contribution qui rapproche la définition de la santé par l'OMS de la visée totalisante, sinon totalitaire, que donnait Platon dans la République d'une société qui viserait inconditionnellement le bien de ses membres. Pour "humaniser" la définition, il suggère de lui donner des pronoms personnels : la santé pour moi (santé-je), se réfère à ce que je ressens en tant que "corps-propre", la santé-tu est l'acceptation que j'ai d'instrumentaliser mon corps devant le médecin, et la santé-il est la conception de ce que la mise en communauté doit garantir de soins minimum à ses membres. Choisir l'une de ces composantes à l'exclusion des autres mène à des perversions : le corps-propre contre tous les autres ; une société qui diagnostique ses problèmes (y compris économiques, culturels, etc) sous l'égide d'une science instrumentale toute puissante ; une société objectiviste qui gère la masse, les chiffres et les statistiques mais non "la vie". On retrouve dans cette déclinaison l'influence de l'"agir communicationnel" de Ferry-Habermas.



La pensée se fait alors sociologique en évoquant deux désacralisations : celle du corps-propre remis dans l'objectivité instrumentale de la science, du médecin au XIXème siècle et depuis 50 ans, le déplacement de cette autorité objective dans l'être vivant lui-même, qui, obnibulé par sa santé et le "vivre bien", passe d'un rôle de citoyen qui vise en société un comportement juste à un rôle solipsiste de patient-médecin de soi-même qui vise un bien-être solitaire absolu. Les nouvelles technologies et l'internet contribuent à quantifier les données physiologiques et à dissocier l'être de son corps-propre.



La pensée se fait ensuite politique : quelle place pour l'individu dans une société qui aspire toute son énergie vers une pensée, une inquiétude et un comportement uniformisés autour de chiffres et de normes standardisées que la consultation ininterrompues de son iWatch entretient et même développe (j'exagère ici car la montre électronique n'est pas sortie au moment de l'édition du livre - ceci, dit, si vous tapez "iWatch" dans votre moteur de recherche, la première phrase qui vient est : "L'Apple Watch est l'alliée idéale pour une vie saine." Comme quoi, je pense que l'esprit de Hunyadi allait dans ce sens). Il conviendrait alors de se mettre d'accord ensemble sur ce qu'il est "convenable" d'appeler la santé, sous forme de santé-nous. Ensuite la pensée se fait dystopique en reprenant les promesses d'immortalité formulées par des responsables de programmes de recherche sur les biotechnologies.



Evidemment, c'est cette intervention fracassante qui suscite ensuite le plus de commentaires, mais elle a le mérite de prévenir, si on la considère non sous l'angle de la vérité, mais du risque. Jean-Louis Bourlanges reprend bien évidemment la composante politique, la "santé-nous" et insiste sur la nécessité d'une société où les questions de santé, comme les autres, ne soient pas laissées entre les mains des "spécialistes", mais soient débattues et mises dans l'espace public. La démocratie est la réponse au risque totalisant d'une santé incarnée comme modèle de vie par chaque individu pris séparément. Yves Charpak rappelle la différence entre la médecine, réponse privée à un besoin privé, et la santé publique, réponse commune à des besoins communs - ce faisant la "totalisation de la santé" est épargnée si la santé publique est agréée démocratiquement. Olivier Ihl rappelle que la santé est aussi une affaire de culture et non seulement de raison et que "se sentir bien" passe parfois par des méthodes qui laisseraient pantois ou sceptiques les médecins et la science. La légitimité de la santé n'est pas synonyme de sa rationalité. de manière très percutante, le praticien Gilles Pialoux manifeste sa difficulté à accorder la "santé-tu", celle qui repose sur l'acceptation de l'instrumentalisation de son corps devant le médecin par le patient, avec la pratique qu'il exerce auprès en particulier des patients atteints de maladies graves. Il demande qu'on réintègre la psychanalyse dans la notion de "santé" débattue lors de cette présente conférence pour analyser le sens d'une telle expression phonétique : la santé tue.



A tout cela, Jean-Marc Ferry note que "la mort de Dieu", en retirant la visée d'une vie bonne organisée sous l'égide de Dieu dans les société athées européennes, à commencer par la société française, plus athée que les autres, a déplacé les réponses à l'angoisse existentielle vers le domaine médical, ce dont serait le témoin la surconsommation d'antidépresseurs en France. La reconsidération de la notion de "religion", sans revenir sur les principes de laïcité, pourrait permettre aux individus-citoyens de se sentir libre de projeter leurs attentes existentielles vers ce que bon leur semble sans nécessairement se limiter à des principes rationnels, culpabilisés qu'ils seraient par l'"ex-communication" dans la société de la religion par la notion d'athéisme, de verser dans le religieux (en extrapolant, ça devient le bigot). Il répond aux moqueries de Maurice Godelier qui ne voit pas ce que la remise en cause de la laïcité vient faire dans une conférence sur la santé et en quoi elle devrait mener, selon l'expression de JMF qui revient à la tentative de définir ce que serait une santé publique, à une "philosophie" de l'assurance-maladie, en confirmant que la pathologie sociale consiste à ce qu'une société s'illusionne dans un principe trop ancré qui n'est plus l'objet de questionnement, et devient un dogme. Il ne s'agit nullement de revenir sur la laïcité et la séparation de la sphère publique de la sphère privée, mais de reprendre une interrogation qui se serait interrompue.



Finalement pour clore les échanges, c'est peut-être à la deuxième contribution qu'il faut revenir, celle de Caroline Guibet Lafaye, qui résume les réflexions anglophones sur la notion de santé sous forme de "capabilities" (capabilités). La santé, c'est ce qui permet d'offrir des "capabilités" à l'individu, de ne pas les réduire. La notion ne détruit pas celle de "besoins premiers", qui devrait plutôt être redéfinies par celle de "capabilités". La santé publique ne se conçoit plus alors comme une chose, un standard, une quantification, un minimum, mais une projection, presque une opportunité, ou le fait de garantir ou d'accroître les opportunités. On note, sans que ce soit dit, que la notion se décline en je, tu et il. Une telle santé publique pourrait être mise en place à l'échelle européenne.



Les contributions sont très précises et particulièrement bien écrites. Cela se lit très vite et avec plaisir.
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Le second âge de l'individu: Pour une nouvell..

Un livre de philosophie écrit de manière très accessible et pourtant d'une grande profondeur. Profondeur historique d'abord, puisqu'il retrace l'histoire de la pensée occidentale de l'individu. Profondeur morale ensuite, puisqu'il invite son lecteur à penser les dégâts que le libéralisme et sa caution morale, l'éthique des droits individuels, a occasionné sur notre liberté effective et notre rapport au monde. Des dégâts encore aggravés par l'emprise du numérique et du capitalisme de surveillance. Profondeur philosophique enfin, puisqu'il propose un changement de paradigme: dépassement de l'éthique des droits individuels par une éthique du commun, promotion d'une éducation de l'esprit visant à le nourrir, à lui rendre désirable une nouvelle émancipation, au-delà de la seule satisfaction immédiate de ses désirs individuels.

L'auteur argumente un constat sur l'individu occidental de ce début de XXIe siècle, et dessine également sa vision d'une nouvelle émancipation de l'individu. À la fois pragmatique et morale, individuelle et transnationale, sa vision peut sembler utopique, mais elle ne l'est peut-être pas davantage que ne le fut au XIVe siècle l'affirmation du primat de la volonté individuelle sur la volonté divine.

Les ouvrages philosophiques m'intéressent, mais certains me sont trop difficiles d'accès ou ne m'accrochent pas. J'ai lu cet ouvrage en deux jours ( de vacances), curieuse à tout moment de voir où la pensée de l'auteur allait l'amener, et m'amener.
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Le second âge de l'individu: Pour une nouvell..

Cette relecture du concept d'individu, de son rôle historique suivi de la mise en lumière claire et concise de l'impasse dans lequel l'éthique des droits de l'individu, pour libératrice qu'elle soit au départ, nous a conduit, m'a beaucoup impressionnée. je vais essayer de faire partager quelques idées qui ont retenu mon attention.

Il fait partir la révolution de l'individu, non pas des Lumières, mais des philosophes nominalistes (Duns Scot) de la fin du Moyen Âge qui instaure la volonté " habilité à faire ce qu'elle veut du moment qu'elle le veut". Il n'y a plus d'ordre du monde préétabli. Le monde est ce qu'en fait la volonté. Le Bien n'est plus donné.



Pour que la société fonctionne, les hommes ont inventé la notion de contrat qui fixe un cadre aux échanges entre des individus dotés d'une volonté libre et indépendante.

Les philosophes et surtout Rousseau ont inventé la notion de contrat social qui permet aux volontés individuelles de s'accorder sur un objectif commun en passant par la transcendance de la volonté générale qui est autre chose que la somme des volontés individuelles.

Or, l'auteur explique que la contractualisation, qui impose un rapport de force, est un outil de fragmentation du social. Dans le contrat chacun cherche à maximiser ses intérêts. Le droit objectif reconnait une série de droits subjectifs qui sont des pouvoirs accordés aux individus au titre de sa liberté d'action. Chacun n'a donc plus qu'à s'inquiéter de lui même.





"Une fois que le grand contrat social a accordé à chaque individu une égale dignité et la plus grande part de liberté qui soit compatible avec celle de tous les autres, chacun peut se retirer sur son lopin juridique garanti, et y agir librement ; pour peu qu'il respecte les barrières de l'éthique des droits sur lesquelles tous se sont accordés. Le contrat social originaire ouvre ainsi la porte à une myriade de petits contrats que chacun peut passer avec n'importe quel autre, à son meilleur avantage. C'est par ce mécanisme que le contrat devient un outil anti-social : le contractualisme généralisé alimente l'individualisme minimaliste que le contrat social était appelé à surmonter." (page 44)





Quel effet produit l'éthique des droits sur le monde? il ne s'agit de d'étudier l'énoncé de ces droits en eux mêmes, tels qu'ils figurent dans les textes mais de voir ce qu'ils produisent en réalité dans le monde. Pour l'auteur, tout en garantissant l'ensemble des droits et libertés individuels, nos sociétés ont vu s'imposer des modes de vie extrêmement contraignants (bureaucratisation, soumission au marché, judiciarisation des relations humaines, standardisation des comportements sociaux) auquel nul ne peut se soustraire alors même que l'éthique des droits prône l'autonomie individuelle et le droit de choisir le mode de vie qui convient à chacun. Les individus ont des droits, mais se sentent dépossédés du monde, ce qui entraine un sentiment d'impuissance, de résignation ou de colère. Les individus titulaires de droits ne peuvent échapper aux mode de vie qui leur sont imposés dans la mesures où ces modes de vie respectent la seule éthique des droits des individus. En conclusion pour l'auteur" La victoire de l'individu que célèbre l'éthique des droits signe en réalité la victoire du système. C'est pourquoi on peut parler d'un effet réversif : sa défense de l'individu se retourne mécaniquement en emprise du système sur lui. Voilà donc ce qu'elle fait, au-delà de ce qu'elle dit" (page 56)



L'auteur évoque le caractère hypertélique de la civilisation emportée dans un emballement de consommation que rien ne vient limiter et donc l'incapacité de faire face à l'idée que notre Terre ne peut nous fournir toutes les ressources que notre mode de vie nécessite. Toute tentative pour modérer cet emballement est perçu comme attentatoire aux libertés.

L'auteur souligne que le Sommet de Rio a apporté une inflexion importante en imposant à l'action humaine un critère extérieur à elle-même à savoir l'intégrité de l'environnement avec le principe de précaution. Pourtant celui ci constitue un simple facteur stabilisateur qui empêche ses conséquences les plus graves sans le remettre en question.



Un développement intéressant est consacré à l'impact du numérique. L'auteur rappelle le contexte d'apparition de cette explosion : la rencontre entre la contre-culture américaine de la côte ouest la plus individualiste avec les progrès de la technologie informatique soutenue par la puissance de l'infrastructure militaire et industrielle des années 60. Il démontre au passage l'inanité de la pensée libertarienne qui n'en fait que le résultat du génie individuel de quelques puissants.

Le numérique se veut un outil d'expansion des libertés individuelles (et il peut l'être dans quelques usages minoritaires) "mais il n'y a point d'assujettissement si parfait que celui qui garde les apparences de la liberté" (Rousseau)

Chaque outil numérique est constitué pour deux objets : sa finalité affichée (réserver un resto ou consulter la météo ) et sa finalité sous-jacente qui est accumuler les données sur les utilisateurs, données qui ont une valeur marchande considérable. Alors que l'individu pense développe ses capacités d'action, le système l'observe pour mieux le rendre dépendant de son offre.



La liberté dont nous disposons sur la toile n'est que le résultat d'une offre. La formule de l'auteur est remarquable " une liberté de supermarché' au sein d'une offre pléthorique déterminée par les offreurs et " qui se paye au prix d'un dépendance au supermarché" .

L'auteur fait le rapprochement avec la servitude volontaire de la Boétie. Ici, il ne s'agit d'une servitude à l'égard d'un tyran mais de la même façon l'attachement à la tyrannie à un aspect libidinal. Pour la Boétie, c'est la servitude qui créé la tyrannie car la désir de sécurité est plus fort que l'envie de liberté. La société technologique offre une extraordinaire variété de plaisirs libidinaux immédiatement accessibles. Mais là où les tyrans évoqués par la Boétie bafouaient les droits humains, la société technologique se conforme à l'éthique des droits, voire s'en réclame.

La volonté générale, qui permettait de transcender la volonté individuelle vers un bien commun, s'est émoussée au profit de la satisfaction du désir immédiat, la faculté rationnelle de juger et de décider est évacuée au profit de la satisfaction immédiate proposée par la société technologique. "du moment que l'individu pense agir de lui-même, de son plein gré et sans contrainte, son action est à ses yeux parfaitement valide [..] ce que je fais vaut non en tant que témoignage de ma volonté raisonnée, mais du simple fait que cette action est mienne".



"La force du capitalisme de surveillance [..] c'est de savoir s'adresser à ses utilisateurs comme des individus libidinaux, c'est à dire des êtres mus par le désir de satisfaire leur désir. Il ne s'adresse pas à eux comme à des êtres capables de jugement, de discernement ou de réflexion, mais comme à des êtres libidinaux mus par le principe de commodité : aller au plus rapide, au plus direct, au plus immédiatement satisfaisant, bref, à ce qui énergiquement le moins coûteux en termes cognitifs, physiologiques, temporels. Aller en permanence vers le plus pratique : voilà la possibilité qu'offre désormais en continu le numérique, qui permet ainsi, par une médiation technique soigneusement ajustée aux profils individuels, la parfaite réalisation de son essence, qui a toujours été la satisfaction marchande du désir" (page 86)



Le numérique est devenu un passage obligée de notre médiation au monde et pas seulement pour faire dans le monde. Le numérique se substitue à notre relation naturelle au monde dans tous les domaines de notre expérience et produit une standardisation des comportements nécessaire pour être efficace, et donc une deshumanisation. Le numérique poursuit donc l'amplifiant un mouvement de rationalisation. Mais il va au-delà : dans le monde numérique, tout désir est pris en charge immédiatement . " C'est le rêve de l'individu nominaliste : poser ses propres fins, et les exécuter aussitôt, au moindre effort possible"







Le numérique offre une liberté d'action, une diversité d'activité dont le seul but est d'alimenter le système des données des utilisateurs. Cette liberté est un leurre dont s'illusionne l'utilisateur, aveugle face à sa dépendance contextuelle. De plus la médiation obligée du monde que propose le numérique nous contraint à nous ajuster aux prescription techniques faute de voir notre action vouée à l'échec.

La liberté de l'individu devient la liberté de répondre en permanence à une offre numérique" dans une liberté de supermarché" et non pas la liberté spontanée d'explorer. Aurions-nous rechercher cette satisfaction si elle n'était pas à portée de clic?



Cela a des conséquences majeures; l'individu attend du système une réponse immédiate à ses désirs, quels qu'ils soient. L'obsession de la satisfaction de nos désirs nous poussent au repli sur soi, sur sa sphère de satisfaction. "Je" ne se confronte plus à l'autre, ne cherche plus ce qui est la base des sociétés humaines démocratiques; c'est à dire à chercher une entente, se décentrer de soi, privilégiant son confort libidinal dans sa bulle.



Dans sa bulle, relié au monde par le numérique qui satisfait ses désirs, l'humain libidinal attend une sécurité et une fiabilité toujours plus grande dans la réalisation de ses désirs, rejette l'incertitude qui est au cœur de notre rapport au monde et donc la nécessité de la confiance qui est une forme de transcendance car elle implique une incertitude fondamentale. Il espère un monde où la société sera sous pilotage automatique, et se fascine pour les régimes autoritaires.



L'éthique des droits n'a pas causé en elle même ces évolutions mais elle ne permet pas d'en sortit et de faire face aux enjeux de l'époque



Quelles sont les solutions proposées par l'auteur?



Une des solutions réside dans l'éducation, en cultivant le sens de la transcendance, en parlant du passé, en apprenant à prendre en compte le point de vue de l'ennemi, en se penchant sur le sort des oubliés. Il s'agit d'élever l'esprit pour changer sa relation au monde. Un monde idéal ne saurait apparaitre du jour au lendemain mais il s'agit de protéger l'esprit humain et de le laisser se déployer selon les modalités qui lui sont propres, sans l'asservir au système, pour permettre à l'esprit humain de s'élever au-dessus de son individualisme.



Mais cela le suffit l'éthique des droits doit être soumis à plus grand qu'elle, un commun de conviction qu'il faut faire émerger sur les enjeux essentiels que sont le changement climatique, la régulation écologique et la place du numérique.

L'auteur prend l'exemple de la convention des Nations unies sur les grands fonds marins qui soustrait à l'individualisme des Etats l'utilisation de ces espaces. Il propose de déclarer l'esprit humain patrimoine commun de l'humanité et de veiller au respect des conditions d'épanouissement de l'esprit humain. C'est à dire donner la priorité à l’épanouissement de l'esprit humain et non aux droits subjectifs de ceux qui ont pouvoir sur cet objet (comme les géants du numérique), à une écologie de l'esprit..





" Il n'est pas normal que le business plan des réseaux sociaux soit ainsi fait que plus on y ment, plus on y provoque, plus cela rapporte de l'argent à leur propriétaire, parce que la viralité vaut bien plus que la vérité. Il n'est pas normal de laisser faire ces technologues de l'esprit, au prétexte qu'ils peuvent rendre ce système conforme à nos idéaux individualistes - ce qui ne fait plutôt que rendre éclatante l'insuffisance congénitale de l'éthique des droits à enrayer la colonisation de l'esprit. Il n'est surtout pas normal de trouver cela normal simplement parce que nous sommes éblouis par tout ce qu'on peut faire faire à nos petites puces de silicium" (page 174)



" S'est progressivement imposée sous nos yeux, à bas bruit, une conviction d'une tout autre nature, selon laquelle ce qui compte, ce n'est plus tant la recherche de la vérité que l'affirmation de soi. L’identité plutôt que la vérité. Crier haut et fort ce que l'on est, clamer ce que l'on veut, penser ce que l'on pense et le faire savoir, voilà la grande affaire. Polarisation entre communautés irréductibles, fragmentations des revendications, populisme et fake news s'alimentent de ce même primat de l'identité sur la vérité : ne compte que ce qui me renforce dans mes convictions. Ce qui, au-delà de toutes leurs différences réunit ces forces divergents, c'est précisément cette attitude, inspirée d'un nominalisme diffus, de brutale affirmation de soi qui refuse toute transcendance à soi même : je veux ou je désire quelque chose parce que je suis ce que je suis, point barre".

Il faut donc retrouver le sens des limites, mettre un terme à l'arrogance de la volonté de l'individu nominaliste "ouvrir l'esprit à plus important que soi ne le rabaisse pas mais l'élève"



Cela prendra peut être un peu de temps et nous le l'avons probablement pas !

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Le second âge de l'individu: Pour une nouvell..

Le philosophe Mark Hunyadi interroge les angles morts de l’éthique des droits individuels et invite à reconstruire du commun dans l’ouvrage « Le Second âge de l’individu. Pour une nouvelle émancipation ».
Lien : https://www.la-croix.com/Cul..
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