AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
Critiques de Régis Blachère (5)
Classer par:   Titre   Date   Les plus appréciées
Introduction au Coran

Il y a très peu de temps, j’ai lu Le Coran dans la traduction de Régis Blachère, ou plutôt j’en ai lu des extraits répartis sur l'ensemble du Livre. J’en ai fait un commentaire sur Babelio, exprimant mon désarroi devant cette succession désordonnée et lancinante de diatribes contre les "Kafirs" et les Juifs, d’admonestations aux croyants, de prescriptions religieuses et juridiques, de récits (rabâchés) de l’Ancien Testament et, naturellement, de louanges à Allah. Non seulement je n’en ai pas vu la logique et la cohérence, mais je n’ai pas découvert de poésie et beauté littéraire. J’ai été frustré et j’ai voulu découvrir un point de vue différent.

En réalité, cette "Introduction" de Régis Blachère, érudite mais accessible, n’est absolument pas une étude sur le fond du texte; mais elle m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur la genèse de la version canonique du Coran (appelé par l’auteur "la Vulgate"). On sait que le contenu de la Révélation a été d’abord appris par cœur, récité et accessoirement noté dans le désordre sur des matériaux de fortune. Son écriture systématique a été entreprise après la mort du Prophète (et donc sans sa caution). Point essentiel: l’existence, au VIIème siècle, de diverses recensions des révélations divines - distinctes et concurrentes - est avérée. Finalement, le pouvoir califal a fait établir un texte "définitif" et volontairement détruit tous les fragments qui n’y avaient pas été intégrés. Bien d’autres considérations m’ont intéressé, par exemple les différentes « lectures » du Coran (car la graphie archaïque introduisait de nombreuses ambiguïtés). Et puis il y a aussi cette question fondamentale: dans quelle langue Mahomet a-t-il reçu la Révélation, en dialecte de La Mecque, dans une autre variante locale, ou dans une langue poétique alors en usage (que Blachère désigne sous le nom de « koiné ») ? Cette dernière question est loin d’être subalterne, car le dogme islamique mentionne simplement le "pur arabe" - ce qui (en fait) ne veut rien dire, à l’époque.

On sait que la plupart des théologiens musulmans affirment avec force que le texte de la Vulgate est "incréé", c’est-à-dire qu’il a toujours existé auprès d’Allah sous la forme que nous le connaissons. Ils s’accrochent à cette conception rigide et "extrémiste" avec d’autant plus de force qu’une analyse critique du Coran démontre sans difficulté qu’il s’agit au contraire d’une recension humaine laborieuse et très discutable. C’est du moins mon avis personnel.

Commenter  J’apprécie          60
Le Coran

Le Coran dirige la vie d’environ un milliard d’humains; une bonne proportion le connait même par cœur. Pour eux, ça coule de source, non seulement parce qu’ils croient dans cette vérité révélée, mais aussi parce qu’ils ont baigné constamment dans cette culture religieuse. Ce n’est évidemment pas le cas d’une personne étrangère à la religion musulmane. Il lui est très difficile d’apprécier la valeur d’un texte nouveau pour lui, même s’il en connait déjà quelques versets célèbres.

On sait que ce livre sacré est destiné à être récité, psalmodié; Tous les islamologues - compris occidentaux - affirment avec force (et on peut les croire) la très grande beauté de l’arabe littéraire utilisé pour noter le texte; ils ajoutent que la récitation est réellement une splendeur sonore pour l'oreille humaine. Donc, on peut se douter que la lecture du texte en français n'est peut-être pas la meilleure approche du Coran.

J’ai emprunté à la médiathèque le Coran dans la traduction rédigée par un l'islamologue Régis Blachère. Pas question pour moi de lire intégralement cet ouvrage; on ne lit non plus l’Ancien Testament de A à Z ! Je voulais seulement avoir une idée de l’ambiance où baigne le Coran et aussi de son contenu. Le traducteur a choisi, semble-t-il, de rester aussi proche que possible de l’original, dont l'écriture est sans doute archaïque. C’est l’une des raisons possibles de ma première nette impression: le texte m’a semble lourd, parfois confus et souvent répétitif.

Les hommes qui ont fixé le texte définitif au VIIème siècle ne se sont pas vraiment souciés de la logique. Dans le Coran, il n’y a pas de cohérence apparente, ni d’ordre chronologique. Les sourates sont seulement classées dans l'ordre décroissant de leurs longueurs; Les exégètes en sont réduits à supputer la date approximative de leur rédaction: pendant la période mekkoise ou bien pendant la période médinoise, que le Prophète a vécues de manières très différentes. En outre, dans une même sourate, on n’observe pas un minimum de cohérence: on y trouve, juxtaposés, des diatribes contre les mécréants, des louanges à Allah, des prescriptions religieuses, des récits "historiques" directement empruntés à la Torah… et ce désordre m’a gêné.

Contrairement au Nouveau Testament, il n’y a pas un homme jouant le rôle de personnage central, dont on suivrait la prédication. Muhammad n'a personnellement pas d'importance dans le texte: c’est Allah qui s’exprime, directement ou indirectement, surtout pour apostropher les Croyants. J’observe une évidente parenté entre Yahwe (dans la Torah) et Allah. Ce dernier est présenté comme le Tout-Puissant, le Miséricordieux, l’Omniscient, etc… mais il est également terrifiant avec les châtiments qu’il réserve à tous ceux qui ne se soumettent pas à Lui. Mais, si j’ose dire, Son élocution me semble embarrassée, pesante, pas toujours intelligible: et Ses discours sont souvent fastidieux, d’apparence anachronique. Par exemple, Allah fait allusion inlassablement aux oppositions venant des polythéistes, des Chrétiens et surtout des Juifs. (Pendant la période de Médine, Muhammad a été déçu par les tribus juives, avec lesquelles il est entré en conflit et qu’il a en partie exterminées). Il est évident qu’un Musulman contemporain faisant une lecture littérale de ces versets contre les Juifs est naturellement porté à l’anti-judaïsme, voire à l’antisémitisme. Dans le Coran, les Chrétiens sont aussi admonestés, mais généralement moins mal traités que les fils d'Israël.

Ce qui peut encore plus surprendre, pendant cette lecture, c’est ceci: le Livre désigne comme étant de vrais Musulmans tous les prophètes et rois de l’Ancien Testament - d’Abraham (Ibrahim) à Jésus (Issa), en passant par David (Daoud). L’Islam affirme sa légitimité théologique sur ces personnages "historiques" empruntés aux Juifs. Donc, en refusant de se soumettre à Allah, les Chrétiens et a fortiori les Juifs ont trahi leurs propres prophètes et rejeté la Vérité réaffirmée grâce à Muhammad. Ce changement d’optique est vertigineux pour les lecteurs de culture judéo-chrétienne. Une autre point de doctrine (mieux connu) prend aussi les Chrétiens à contrepied: en Islam, Jésus est un grand prophète (musulman, nous l’avons déjà souligné !), mais il n’est pas mort sur la croix et encore moins ressuscité. On trouve encore d’autres thèses qui bousculent nos évidences, ça surprend et ça relativise les points de vue les plus courants en Occident.

A côté de ça, il y a d'autres choses, notamment des prescriptions (obligations et interdictions) régissant la vie civile et religieuse des Croyants, hommes et femmes. On peut faire le parallèle avec les longs passages de l’Ancien Testament sur le même type de sujets.

Comme la Bible, le Coran est si vaste, si complexe et parfois si obscur qu’il dit presque tout et son contraire. Dans certains passages, il prêche une religion d’amour et de tolérance, mais d’autres versets lancent des anathèmes et incitent à la haine. Cette dichotomie s’explique en grande partie par les ambiances très différents qui régnaient à La Mekke et à Médine, du vivant de Muhammad. Après cette lecture partielle du Coran, je comprends très facilement pourquoi les Musulmans sont partagés actuellement entre paix et djihad. Un livre sacré, c’est comme une auberge espagnole… [A noter que, pour une fois, je n'attribue aucune "étoile", car une telle évaluation n'aurait aucun sens]..

Commenter  J’apprécie          51
Le problème de Mahomet

bien
Commenter  J’apprécie          20
Le problème de Mahomet

une étude historique objective bien en deça des discours apologétiques
Commenter  J’apprécie          10
Introduction au Coran

bien
Commenter  J’apprécie          00


Acheter les livres de cet auteur sur
Fnac
Amazon
Decitre
Cultura
Rakuten

Auteurs proches de Régis Blachère
Lecteurs de Régis Blachère (28)Voir plus

Quiz Voir plus

Des définitions pour des noms d'écrivain-e-s

Une question que l'on ne se pose pas avec le pélican et le héron.

Hervé
Maercel
Michel
Georges

10 questions
9 lecteurs ont répondu
Thèmes : définitions , écrivain , humourCréer un quiz sur cet auteur

{* *}