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Citation de CREER


CREER   12 mars 2013
La robe de l'Egyptienne de René Gaquiere
Une semaine plus tard, j’étais vêtue comme une reine. Mon habit était la reproduction même de celui de Catherine, en plus petit quoique légèrement plus seyant, me sembla-t-il. Du coup, je me sentis une autre, comme si, pour une fois, l’habit avait fait le moine. Je n’étais décidément plus la petite paysanne crottée du Moutet et m’en trouvais fort aise, je l’avoue.
Mon apprentissage du français se mit à aller bon train, persuadée que j’étais que mon patois maternel, la misère et le malheur étaient tout un. Ainsi le moindre mot que j’apprenais de l’autre langue me paraissait comme un degré de plus m’éloignant de cette fatalité-là. Comme si chaque tournure subtilisée au parler des gens de bien me rendait plus riche en quelque manière. Mon esprit naturellement curieux faisait le reste d’autant plus que tous les habitants de la maison parlaient français. Ainsi, au long de toutes ces années que je passai là-bas, jamais une fois je n’entendis Maître Malouet prononcer un seul mot de patois. Pour lui, à l’évidence, il y avait la langue de la ville, des belles manières et de la fortune, et, de l’autre côté, celle des campagnes grossières et misérables. C’était tout à fait la façon dont moi-même je voyais les choses, si bien que je ne me suis jamais sentie offensée qu’à Riom il ignorât toujours la langue que parlaient les miens, là-bas.
Catherine - que ne lui dois-je point ? - se montra en l’occurrence d’un précieux concours, ne se rebutant 1 jamais ( « Ce n’est pas malin à comprendre ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans sa bouche ? ), me donnant sans cesse confiance en moi, bref se montrant si bon clerc qu'en peu de temps j’entendais à peu près tout ce qu'on me disait et m’exprimais, ma foi, plutôt passablement. Pierre-André n’était pas le dernier à me féliciter de mes progrès, ce qui me mettait d’autant plus au cœur la rage d’apprendre.
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