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Note moyenne 4.75 /5 (sur 4 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Originaire d'un village d'Artois, René Gaquière est enseignant de formation. Après « Le Chauche-Vieilles » (Ed. CREER), chronique historique saisissante de la vie d'un village d'Auvergne au XVIIè siècle, voici « La Robe de l'Egyptienne » qui en est, en quelque sorte, le prolongement naturel et qui se déroule au siècle suivant. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles (« Le Carrousel des Dupes », « Au p'tit bonheur la mort », « Sept, quatorze, vingt et un »), il publie dans diverses revues : Brèves, Sol'Air, Les hésitations d'une mouche. Il vit actuellement au Pays Basque.

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
CREER   12 mars 2013
La robe de l'Egyptienne de René Gaquiere
Une semaine plus tard, j’étais vêtue comme une reine. Mon habit était la reproduction même de celui de Catherine, en plus petit quoique légèrement plus seyant, me sembla-t-il. Du coup, je me sentis une autre, comme si, pour une fois, l’habit avait fait le moine. Je n’étais décidément plus la petite paysanne crottée du Moutet et m’en trouvais fort aise, je l’avoue.

Mon apprentissage du français se mit à aller bon train, persuadée que j’étais que mon patois maternel, la misère et le malheur étaient tout un. Ainsi le moindre mot que j’apprenais de l’autre langue me paraissait comme un degré de plus m’éloignant de cette fatalité-là. Comme si chaque tournure subtilisée au parler des gens de bien me rendait plus riche en quelque manière. Mon esprit naturellement curieux faisait le reste d’autant plus que tous les habitants de la maison parlaient français. Ainsi, au long de toutes ces années que je passai là-bas, jamais une fois je n’entendis Maître Malouet prononcer un seul mot de patois. Pour lui, à l’évidence, il y avait la langue de la ville, des belles manières et de la fortune, et, de l’autre côté, celle des campagnes grossières et misérables. C’était tout à fait la façon dont moi-même je voyais les choses, si bien que je ne me suis jamais sentie offensée qu’à Riom il ignorât toujours la langue que parlaient les miens, là-bas.

Catherine - que ne lui dois-je point ? - se montra en l’occurrence d’un précieux concours, ne se rebutant 1 jamais ( « Ce n’est pas malin à comprendre ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans sa bouche ? ), me donnant sans cesse confiance en moi, bref se montrant si bon clerc qu'en peu de temps j’entendais à peu près tout ce qu'on me disait et m’exprimais, ma foi, plutôt passablement. Pierre-André n’était pas le dernier à me féliciter de mes progrès, ce qui me mettait d’autant plus au cœur la rage d’apprendre.

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CREER   19 février 2013
Le Chauche Vieilles ou le dit de Vitale de René Gaquiere
Ce jeu se prolongea de longues minutes avant de s’arrêter tout net, comme anéanti par la foudre. Alors nous vîmes cette chose singulière : Antoinette, qu’on aurait cru un instant pétrifiée, se mettre à courir frénétiquement vers l’arc en jetant de toutes ses forces son bonnet au ciel. Et le manège recommença une fois, deux fois, dix fois… Et Marguerite d’esquisser un sourire douloureux en se tenant la ganache.

Il y avait là grand mystère assurément, aussi je ne pus me garder d’y mettre mon grain de sel :

– Antoinette, ma mie, que fais-tu là ?

– Tu le vois bien, Vitale. Je jette mon bonnet très haut.

– Mais pourquoi ?

– Pour le faire passer par-dessus l’arc-en-ciel, pardi !

– Par-dessus l’arc-en-ciel ? demandai-je, éberluée.

La petite m’a toisée comme si j’étais la reine des nigaudes.

– Tu ne sais donc pas, Vitale, que si on y parvient on est, sur le champ, transformée en garçon ?

Je reconnais bien là l’enseignement habituel de ma belle-mère… Du reste, un coup d’œil suffit à m’en convaincre : Marguerite Bourg hausse vaguement les épaules et tient ses yeux en terre avec un sourire entendu.

Moi aussi je suis bien près de sourire à cette faribole et je ne sais quel diable me pousse – le voile diaphane ? – à poursuivre la conversation :

– Ainsi, tu aimerais devenir un garçon ?

Antoinette approuve d’un coup de menton buté.

– Et pourquoi donc, s’il te plaît ?

– Pour être fort. Fort comme Antoine !

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CREER   30 avril 2013
Le Carrousel des dupes de René Gaquiere
Marie-Jeanne revoit la scène. Son sac de voyage qu’elle enregistre comme bagage à main (« Pour gagner un temps fou à l’arrivée », avait conseillé monsieur le curé), l’étrange machine et son tapis roulant qui, pareil à une langue un peu répugnante, avale le sac. La machine s’arrêtant tout à coup de recracher ses larcins, repartant enfin. La langue de caoutchouc qui restitue le sac. La main qu’elle tend pour l’attraper… Quant aux deux brutes qui, à cet instant, la plaquent violemment au sol, Marie-Jeanne n’a même pas le temps d’en apercevoir le visage.

Et puis l’interrogatoire, ses affaires déballées, étiquetées, impudiquement exposées sur une table de formica, semblable à un étal de marché. La voix blanche qui s’enquiert : « Vous reconnaissez bien ces objets comme vous appartenant ?

– Bien sûr ! Ce sont mes affaires.

– Ceci également ?

– Ça, c’est mon porte-bonheur. Mon fétiche, si vous aimez mieux.

– Votre porte-bonheur ? Ben voyons !…»

Marie-Jeanne renonce à s’expliquer. Ce serait trop long. Il lui faudrait pour cela raconter la maladie de Paul, comment, quelques semaines avant sa mort qu’il sentait proche, il avait encore trouvé assez d’énergie pour se rendre une dernière fois au petit atelier où il aimait bricoler. Il en avait ramené cet étrange objet auquel, d’emblée, Marie-Jeanne fut tentée de prêter des vertus surnaturelles.

« En souvenir de moi !» avait expliqué Paul avec son éternel sourire que le mal commençait néanmoins à ternir.

«Garde-le toujours près de toi. Il te portera chance lorsque je serai parti. »
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CREER   30 avril 2013
Le Carrousel des dupes de René Gaquiere
Ils avaient tous entre 17 et 19 ans. Trois gars et deux filles en route vers l’Asie dans un combi Volkswagen immatriculé 80.

Du Kurdistan à Téhéran, nous les avions dépassés je ne sais combien de fois. Et ce soir-là, à l’étape, ils nous contèrent la nuit fort singulière qu’ils venaient de passer au bord de la Caspienne.

Ils arrivèrent là-bas en même temps que le crépuscule. D’hôtels ? Point. Pas plus que de camps de camping ou d’endroit sûr où passer la nuit.

Ils se rendirent donc à la plus proche caserne, qui les envoya à la gendarmerie, qui les envoya au commissariat, où ils patientèrent longtemps. Enfin, le Commissaire de Sa Majesté le Shah voulut bien les recevoir.

– Des problèmes pour dormir en Iran ? Vous plaisantez !

Qui vous a parlé de cela ? L’Iran est un pays civilisé, Monsieur ! etc., etc.

Et puis, chagriné :

– On ne parle pas de l’hospitalité iranienne dans vos universités ?

Les jeunes n’en croient pas leurs oreilles.

– Cela ne m’étonne pas, grogne le commissaire.

Il fait mine de réfléchir un instant puis annonce en lorgnant les filles :

– En tout cas, une fois rentrés chez vous, vous pourrez en témoigner de notre hospitalité. Car je vous invite à passer la nuit chez moi. Je possède un cabanon en bordure de mer. Il est inoccupé et fera parfaitement l’affaire.

A nouveau son regard s’attarde sur les filles :

– Je vous en prie, ne protestez pas. Ce sera… Comment dites-vous en français ? « A la fortune du pot ». C’est cela, « à la fortune du pot » ! Mais vous verrez, vous ne le regretterez pas.
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