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Les Presses de Sciences Po

Les presses de Sciences Po, fondées en 1976 par Louis Bodin sous le nom de Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, sont une maison d`édition universitaire française ayant pour vocation la publication d`ouvrages spécialisés dans le domaine des sciences sociales. Les publications couvrent tout le champ des sciences humaines et sociales, des relations internationales à l`histoire du XXème siècle en passant par l`économie ou la santé.

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Dernières critiques
Donofic
  27 avril 2020
Médiactivistes de Dominique Cardon
Bon, après un mois de persévérance (ou d'acharnement), je laisse là ma lecture, sans avoir terminé ce livre qui ne m'a pas du tout intéressée.

Le résumé indique : "Cet ouvrage propose une histoire des médias alternatifs depuis les années 1960". Tout est là : il n'est en effet question que des médias alternatifs de gauche (les médias de droite ont été exclus de l'étude), c'est donc assez spécifique – et ennuyeux pour qui se ne passionne pas pour le sujet. Les exemples sont précis et détaillés, le style n'est pas très enthousiasmant…

Je retiens tout de même les deux approches des médias alternatifs : d'une part les médias "contre hégémoniques" qui luttent contre le contenu des médias traditionnels, dictés par les puissances économiques et politiques ; d'autres part les médias "expressivistes" qui luttent contre le fonctionnement des médias traditionnels, lesquels confisquent la parole pour ne laisser s'exprimer que les seuls experts.

Après, je suppose que les gens qui s'intéressent au sujet y trouveront davantage leur compte.
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Ileauxtresors
  30 mars 2020
Pesticides, comment ignorer ce que l'on sait ? de Jean-Noël Jouzel
2013, petite école maternelle girondine, plantée dans un décor idyllique de rangs de vigne verdoyants. Idyllique, la situation ne l’est pas tant que cela. Dès que les beaux jours reviennent, la cour de récréation est régulièrement plongée dans un nuage de vapeurs suspectes. Le viticulteur voisin est en train d’épandre des pesticides, à quelques mètres de là. Mon mari, qui est un professionnel du vin, n’en revient pas. Le Certiphyto qu’il a dû passer l’a alerté sur les risques, les précautions à prendre (idéalement, les ouvriers portent des masques et travaillent dans des combinaisons intégrales qu’ils retirent selon un protocole précis pour éviter tout contact) et les délais stricts à respecter avant de ré-entrer dans une parcelle. Inquiets, nous consultons les travaux scientifiques sur les risques liés à l’exposition aux pesticides. Les nombreuses études compilées par l’INSERM en 2013 pointent un ensemble de dangers – et pas des moindres, comme les risques accrus de contracter une maladie neurodégénérative, ou plusieurs types de cancers. Et pourtant, à ma connaissance, ces produits continuent d’être épandus à proximité immédiate de l’école et des habitations – et ce en toute légalité. Et pourtant, alors que les connaissances scientifiques ébranlent les garanties que devraient apporter les procédures d’homologation de ces produits, ils continuent d’être autorisés et massivement utilisés.



Comment est-ce possible d’ignorer ce que l’on sait à ce point là ? Telle est l'excellente question que pose Jean-Noël Jouzel, chargé de recherches CNRS au Centre de Sociologie des Organisations de Sciences Po. À bien y réfléchir, les cas d’imperméabilité radicale des politiques publiques aux savoirs scientifiques sont nombreux – d’aucuns verront dans la crise sanitaire actuelle un exemple éloquent de cette déconnexion étonnante (et, il faut bien l’admettre, un peu déprimante pour nous chercheurs).



Les lobbies, comme celui du vin dans ma Gironde natale, seraient-ils en cause ? Difficile de ne pas s’interroger sur les liens d’intérêt entre les instances d’expertise et les grandes compagnies qui commercialisent les pesticides. Sans contester leur poids, Jean-Noël Jouzel développe ici une lecture complémentaire inspirée par la sociologie des sciences et la sociologie des organisations. D’une part, l’évaluation des risques diffère en fonction du type de données analysées (produites en labo ou en plein air, ciblées sur un produit particulier ou sur des configurations d’exposition). D’autre part, les agences chargées de réguler les usages des pesticides doivent développer des formats et des routines d’évaluation des risques qui se révèlent souvent incompatibles avec la prise en compte des données épidémiologiques. Et dont elles restent souvent prisonnières, disqualifiant les informations dissonantes dans le souci de ne pas se discréditer.



Cette enquête montre la façon dont les regards portés sur l’exposition des agriculteurs aux pesticides a évolué. Elle commence aux États-Unis où s’est structuré, après la deuxième guerre mondiale, le champ de l’hygiène agricole qui mise sur un usage « contrôlé » des pesticides. Cette croyance est ébranlée par la multiplication des cas d’intoxication d’ouvriers agricoles et le constat d’écarts importants entre pratiques préconisées et conditions de travail effectives. Des controverses qui ont permis à des acteurs dépassant le cercle initial de l’agriculture de s’approprier le problème, avec la montée en force des institutions du champ de la santé publique. Ces acteurs promeuvent des manières de mesurer différentes, plus aptes à mettre en évidence les risques encourus par les professionnels exposés aux pesticides. À partir des années 1970, les institutions responsables du contrôle des pesticides répondent à ces défis en confiant cette compétence à des agences indépendantes des autorités agricoles qui régulent plus strictement les usages des produits phytosanitaires, notamment en définissant des délais des ré-entrée bien supérieurs à ceux qui prévalent aujourd’hui en France.



Theodore M. Porter l'a montré, les chiffres rassurent. En l'occurrence, les institutions agricoles ont répondu aux inquiétudes en quantifiant les niveaux de contamination liés à l’épandage de pesticides. Elles ont ainsi pu promouvoir le développement économique et agricole, tout en rassurant sur la préservation de la santé humaine par l’adoption de régulations supposées limiter l’exposition en deçà du seuil « acceptable ». Dans cette perspective, les risques peuvent être contrôlés en respectant un certain nombre de principes d’hygiène simples. Et ce sont les agriculteurs qui sont responsabilisés. Or, ce livre pointe les simplifications opérées par cette perspective et le faisceau de signaux divergents qu’elle occulte.



Dans une deuxième partie, nous découvrons comment ces débats sont tardivement importés en France, où les pesticides sont déjà abondamment utilisés mais peu contestés. Les acteurs français semblent purement et simplement passer à côté de ce qui a été montré outre-Atlantique, continuant par exemple de partir du principe d’une exposition par les voies respiratoires alors qu’ailleurs, on savait depuis longtemps qu’elle se faisait avant tout par la peau. Pourtant, les travaux très récents d’épidémiologistes qui ont importé les méthodes éprouvées aux États-Unis ont révélé les écarts entre les modèles d’estimation des risques utilisés et la réalité des pratiques des agriculteurs. Des travaux qui questionnent une fois de plus l’efficacité des politiques d’usage « contrôlé » de ces produits. Le dernier chapitre montre comment ces chercheurs épidémiologistes s’efforcent d’alerter les pouvoirs publics, mais surtout comment ces derniers résistent face à ces savoirs dérangeants, continuant à chercher des compromis sur la base des bonnes vieilles routines d’évaluation et de gestion des risques professionnels.



Un ouvrage précis et complet sur le thème des pesticides, à conseiller aussi à celles et ceux qui s’intéressent à la sociologie des sciences. Plutôt à des lecteurs initiés : cette chronique méticuleuse d'aller-retours complexes entre acteurs et institutions aux sigles divers est d'un abord ardu et ce livre n'est pas écrit comme un ouvrage de vulgarisation.
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rbreizh
  28 mars 2020
Le choix des armes de Raul Magni-Berton
Le choix des armes présente une synthèse très intéressante des études quantitatives diligentées pour comprendre les causes des guerres civiles survenues après-guerre jusqu'à aujourd'hui. Guerres civiles qui sont devenues plus fréquentes, plus longues et plus meurtrières que les guerres entres États depuis les années 1990. Les auteurs décrivent dans un premier chapitre « les grandes tendances sur l'évolution des conflits intra-étatiques depuis 1945 ». Je me suis un peu perdue dans cette partie. Puis dans les parties suivantes, Raul Magni-Berton et Sophie Panel évaluent l'influence des facteurs économiques, ethniques et politiques sur l'émergence et la durée de ces conflits. Le corpus d'études est tellement important que parfois certaines études viennent contredire les conclusions d'autres. Les auteurs ont donc dû slalomer entre elles pour arriver à affiner les résultats. En termes économiques, la pauvreté d'une partie de la population peut influer sur la survenue de guerre civile mais elle a un coût pour ces populations et ne dure pas longtemps. Par contre l'appropriation des ressources naturelles minières par exemple peut motiver certains groupes à prendre le contrôle d'un pays par la violence. La partie des causes ethniques a retenu toute mon attention : deux guerres civiles sur trois sont dues à celles-ci. De nombreux conflits ont pour but le contrôle du gouvernement (Rwanda). Contrairement à ce qui est généralement pensé, la multitude d'ethnies dans un État n'est pas un facteur de déstabilisation de celui-ci. Mais globalement, la notion d'ethnicité est très floue. Ce qui peut amener des entrepreneurs politiques à "construire" cette identité de groupe... Concernant les causes politiques, ces guerres civiles ont rarement lieu dans des États démocratiques notamment du fait de la régularité des élections. Et si elles surviennent elles ont plus de chances de se régler pacifiquement. Les guerres civiles continuent à tuer et blesser des milliers de personnes chaque année et tendent à durer comme en Syrie. Selon certains chercheurs, seule « l'inclusion politique de toutes les parties politiques du conflit favorise une paix durable ». Cet ouvrage que j'ai eu grâce à #Massecritique février 2020 m'a éclairée sur les contextes et origines de ces guerres civiles. Je le conseille à tous ceux qui étudient ce sujet ou qui s'intéressent aux causes des conflits armés.
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