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Les Presses de Sciences Po

Les presses de Sciences Po, fondées en 1976 par Louis Bodin sous le nom de Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, sont une maison d`édition universitaire française ayant pour vocation la publication d`ouvrages spécialisés dans le domaine des sciences sociales. Les publications couvrent tout le champ des sciences humaines et sociales, des relations internationales à l`histoire du XXème siècle en passant par l`économie ou la santé.

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Dernières critiques
NonFiction
  10 octobre 2018
La question migratoire au XXIe siecle: Migrants, refugiés et relations internationales. 2e édition actualisée de Catherine Withol de Wenden
Il ne s’agit pourtant pas d’un essai partisan, mais bien d’une volonté de prendre de la distance et de restituer notre connaissance de la situation et les impacts qu’elle a sur notre fonctionnement politique et social.
Lien : http://www.nonfiction.fr/art..
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de
  31 août 2018
Radio Lorraine coeur d'acier 1979-1980 : Les voix de la crise de Ingrid Hayes
Permettre que les voix des dominé·es soient enfin audibles



« Le 17 mars 1979, Radio Lorraine cœur d’acier (LCA), « radio de lutte » de la CGT, émet pour la première fois sur les ondes, en toute clandestinité bien qu’au vu et au su de tout le monde, depuis un studio installé dans l’ancien hôtel de ville de Longwy et à l’aide d’une antenne fixée sur le toit de l’église »



Depuis fin 1978, des populations du bassin industriel sont mobilisées pour la défense de l’emploi et/ou de la sidérurgie ; depuis 1977 un mouvement en faveur de l’abolition du monopole d’Etat sur la diffusion se développe…



Une radio, quinze mois d’émission…



« Au départ, c’est bien de la radio que je veux faire l’histoire, parce qu’elle s’inscrit à un point de bascule économique (le démantèlement de la sidérurgie), social (le début du déclin du mouvement ouvrier) et politique (à la veille de l’alternance), à la convergence de crises multiples, et qu’elle est peut-être, pour ces raisons, à même de livrer des clés pour analyser en historien la période qui a suivi ». La perspective se modifie avec la consultation des archives, dont les archives sonores donnant « un accès direct et instantané à la parole de militant et d’anonymes »



Dans son introduction, Ingrid Hayes aborde, entre autres, la part de la mythification des réalités sociales, les multiples acteurs et actrices, les codes et les hiérarchies dans la prise de parole, « la dimension complexe des relations entre émancipation et domination », l’ébranlement des organisations « traditionnelles » et de leurs fonctionnements, les décalages entre les « réels » et ses représentations, la « manière dont la « classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été » »…



L’autrice décrit le « baston ouvrier », son histoire qui « se confond avec l’histoire de l’immigration », la construction des hiérarchies professionnelles, la « mono-activité » et la sous-traitance industrielle, les restructurations brutales, les oppressions « directes et indirectes », ce qui unit et ce qui divise…



« Il s’agit ici de saisir les acteurs de l’expérience singulière d’une radio lancée dans une région ouvrière à l’heure critique de sa désindustrialisation », d’analyser les pratiques, les impacts sur les structures militantes, les engagements, les dimensions culturelles dans leur complexité et leurs contradictions.

Ingrid Hayes nous (re)plonge dans une époque, aux caractéristiques socio-politiques particulières et aujourd’hui très profondément modifiées. Les Trente glorieuses et une certaine structuration du « mouvement ouvrier » ont fait place à des rapports de force dégradés pour les salarié·es. Les rapports sociaux et leurs contradictions ont été reconfigurés par près de quarante ans de néolibéralisme (non sans résistance). Les forces syndicales et politiques ont, quant-à-elles, connu de profondes mutations – toujours en cours – sur fond de désyndicalisation, de destruction ou d’émiettement des collectifs de travail et d’une certaine « désaffection » partisane. Il faut néanmoins rester très attentif à ces bouillonnements souterrains qui pourraient être les préludes à d’autres formes de mobilisation ou d’organisation. La « classe ouvrière » ne fut jamais celle décrite ou analysée par certain·es. Elle était et reste divisée, suivant des lignes de sexe, de race, d’âge, d’origine, de qualification, de statut, etc., quelles que soient les définitions que nous pouvons donner à ces termes. Mais le procès même de production et reproduction du capital n’en forme pas moins un cadre de subordination qui pèse – certes inégalement – sur les un·es et les autres.



Quoiqu’il en soit, l’autrice fournit de nombreux exemples des réalités du mouvement ouvrier (et en particulier de la CGT et du PCF) et insiste, à juste titre me semble-t-il, sur les tensions que cela entrainera dans le fonctionnement quotidien de la radio, jusque dans la reprise en main bureaucratique par la direction de l’appareil syndical.



Une radio, Radio Lorraine cœur d’acier (LCA), la rencontre entre une initiative syndicale et un mouvement de libéralisation de la diffusion radiophonique. Ingrid Hayes analyse le projet, ses évolutions, son « enracinement », son fonctionnement, les responsabilités, la place du direct, la radio en débat à l’antenne, la place des journalistes « entre engagement politique et spécificité professionnelle », les problèmes de financement, et la « reprise en main ». Je souligne une des contradictions travaillée par l’autrice : « Si la population a les moyens de s’approprier la radio, cette dernière échappe de fait à la CGT, selon la conception qu’elle avait alors du contrôle à exercer : si elle n’en a pas les moyens, elle ne s’implique pas ». C’est je pense à cette aune qu’il faut apprécier la seconde partie sur le collectif militant, l’accès à la parole, les ouvertures et leurs limites, la part de controverse. L’autrice replace les « référents militants » en regard de certains éléments du contexte international de l’époque, ce qui me semble en effet incontournable. Les soutiens au « socialisme réellement existant » et aux politiques – y compris les interventions militaires extérieures – de l’URSS ne sauraient passer par profit et perte…



J’ai particulièrement apprécié la troisième partie, Une expérience collective à travers le prisme des dominations, la place d’une certaine conception de la culture et de ses hiérarchies par/pour les journalistes, l’émancipation des femmes encore et toujours pensée comme secondaire, le sexisme ordinaire, l’invisibilité des taches faites par les femmes pour les hommes dans la sphère privée, la question de l’avortement non considéré comme un « simple » droit, la place prise par des femmes, les débats au prisme « national » pour ne pas dire nationaliste des causes de l’immigration, la valorisation de certains immigrés, la xénophobie et le racisme, l’imbrication des dominations…



L’autrice aborde aussi sur les mémoires de lutte, des parcours individuels parmi celles et ceux qui animèrent la radio, les impacts sur leurs engagements, les constructions de la mémoire et de sa légitimité, les phraséologies autour de la sidérurgie…



En conclusion, Ingrid Hayes revient sur cette expérience inédite « parce qu’elle est destinée au monde ouvrier et qu’elle lui permet de s’exprimer et de se faire entendre », l’émergence de la parole des auditeurs et auditrices, la place des « groupes sociaux dominés », la conjoncture socio-économique et les éléments de crise, les dynamiques militantes, la construction de la mémoire de cette radio, les discordances des temps…



Je regrette l’utilisation de certains termes « sociologiques » aux définitions non précisées, en particulier l’usage du « symbolique » ou de ces « catégories socio-professionnelles » que certain·nes valorisent en lieu et place des rapports sociaux de classe, la réduction du secteur de l’industrie à la production « matérielle », ou le recourt à (aux) la (les) fantasmatique classe(s) moyenne(s) aux bases jamais explicitées.



L’utilisation d’un média (radio, télévision ou journal) à vocation généraliste – c’est-à-dire tourné vers le public et non vers les seul·es adhérent·es – avec les contraintes propres à ces médias et la participation de technicien·nes comme les journalistes » posent de multiples questions. Certaines émergent clairement dans l’analyse du fonctionnement de Radio Lorraine cœur d’acier.



Et au delà de l’emprise historique d’une certaine conception de la politique syndicale et de son lien avec des dimensions partisanes (liées à un parti), ces questions restent d’une grande actualité. Ne pas se laisser déposséder de sa parole est toujours un enjeux pour celles et ceux qui se mobilisent et luttent pour des revendications ou plus généralement pour les émancipations… L’« aide technique » doit toujours être interrogée en termes politiques, ses moyens encadrés par des processus de décision qui n’écartent pas les principales et principaux intéressé·es. Celles et ceux qui participent à/de cette « aide » doivent en permanence s’interroger sur leur point de vue situé. Il en est de même des historien·nes…



Reste une question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l’accord de proximité, les historien·es, les habitant·es, les acteurs et les actrices, les militant·es, les ouvrier·es, les employé·es, pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes.
Lien : https://entreleslignesentrel..
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kobaitchi
  29 juillet 2018
Qui a peur de la théorie queer ? de Bruno Perreau
Il y a quelques années, n'habitant pas en France, je regardais la polémique autour du mariage pour tous avec des yeux on ne peut plus dubitatifs. Pourquoi cette loi créait-elle tant de remous et pourquoi autant de gens en profitaient-ils pour déverser ainsi leur haine ? Jusqu'à aujourd'hui ces questions étaient restées pour moi sans réponse. Et puis est arrivé "Qui a peur de la théorie Queer ?" Une bonne partie du livre étant consacrée à la Manif pour Tous, j'ai enfin eu mes réponses. Et si elles ne vont pas m'aider à me réconcilier avec le genre humain, au moins ont-elles le mérite d'être claires.



Évidemment, l'auteur est orienté, et les faits ne sont pas toujours décrits avec ce qu'il faudrait d'impartialité. En même temps, il est difficile de rester neutre dans ce genre de combats, et je ne pense d'ailleurs pas que l'être soit la meilleure des solutions. En tout cas les nombreuses descriptions, digressions et rapports permettent d'enfin mieux comprendre la logique et les craintes derrière cette vague de haine et de peurs.



Le début est hélas laborieux. Toutes ces répétitions et ce résumé interminable des choses que l'on s'apprête à voir. Il faut s'accrocher pour ne pas zapper quelques dizaines de pages (et, honnêtement, je n'ai pas été au bout de l'intro, j'ai fini par passer directement au chapitre 1). Mais une fois lancé dans le vif du sujet la lecture se fait plus fluide, et on apprend même un petit paquet de choses au passage.



L'auteur revient sur ces dernières années, bien sûr, mais remonte aussi bien plus loin, dans les années 30 et 50 où le terme queer est né.

Il y a beaucoup de choses intéressantes à retirer de cette lecture, mais le texte compact, les répétitions et l'énumération de toustes les acteurices politiques de l'époque risquent de dissuader une grosse partie du public qui ne serait pas déjà acquis à la cause. Il est peu probable que les opposant.es ou les indécis.es se coltinent cette lecture un jour, alors que ce sont pourtant elleux qui en auraient le plus besoin. C'est dommage.





J'ai aimé le fait que le livre soit écrit dans une sorte d'écriture inclusive. Même si, d'un point de vue personnel, je trouve iels et toustes plus musicaux et fluides que ils.elles et Tous.toutes. Mais c'est un détail.

Ainsi que les (trop ?) nombreuses références intéressantes dans les notes de bas de pages. Devant lire le livre en 30 jours et n'ayant, hélas, pas que ça à faire (d'ailleurs je suis en retard de quelques jours, mea culpa), j'ai dû faire l'impasse sur la grosse majorité d'entre-elles. Mais j'ai quand même laissé quelques post-it de-ci de-là pour y revenir plus tard.





En revanche, je ne comprends pas comment une personne aussi renseignée que l'auteur semble l'être a pu utiliser aussi souvent le terme transsexuel.le au lieu de transgenre. J'ai failli arrêter ma lecture plus d'une fois à cause de ça, surtout dans la première partie.
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