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Critique de latina


latina
  09 novembre 2014
4 étoiles...Selon le code Babelio, cela veut dire « J'ai beaucoup aimé ». Aimé ! Quelle ineptie, de parler d'aimer, à propos de ce roman de feu, de sang, de larmes !

Pour la première fois, je me rends compte que c'est très difficile de parler de guerre, de n'importe laquelle, d'ailleurs. Ici, elle se passe à Beyrouth, et pour moi, c'est très difficile aussi de comprendre ce qu'il s'y passe.

En deux mots : Georges, un jeune anarchiste forcené, qui vient à peine de se ranger en se mariant et en ayant un enfant, est happé par le désir – non, la volonté ultime – d'un Grec, juif, metteur en scène, de réaliser au coeur du conflit israélo-palestinien, une pièce de théâtre, LA pièce de théâtre : Antigone. Ce Grec, Sam, va mourir, et il veut à tout prix que cette pièce, qu'il avait si bien « préparée » en amont, se joue. Mais pas de n'importe quelle façon ! Georges en est pleinement conscient !
« Cette fois, il ne s'agissait pas de réciter trois répliques de théâtre dans une Maison des Jeunes, mais de s'élever contre une guerre générale. C'était sublime. C'était impensable, impossible, grotesque. Aller dans un pays de mort sans savoir qui est qui. Retrancher un soldat dans chaque camp pour jouer à la paix. Faire monter cette armée sur scène. La diriger comme on dirige un ballet. Demander à Créon, acteur chrétien, de condamner à mort Antigone, actrice palestinienne. Proposer à un chiite d'être le page d'un maronite. La guerre était folie ? Sam disait que la paix devait l'être aussi. Il fallait justement proposer l'inconcevable. Monter « Antigone » sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient. »

Et voilà, tout est dit, la tragédie peut commencer.
A coups de fusils et de bombes, à coups de mots, à coups d'amour.
Car Georges, une fois « là-bas », dans cet antre de terreur, ne parvient plus à s'en défaire.
Et par la plume de Sorj Chalandon, tout entière nourrie de poésie et de souffle épique, je suis malgré moi emmenée là-bas, aussi.
Malgré moi, malgré tout, je suis revenue dans ma petite vie, « dans mon pays à moi, avec le ciel sans avion, les nuits sans frayeurs, les caves qui ne protègent que le vin. Retrouver ma vie, mon amour, ma tendresse. Surveiller les gamins du collège, boire une bière d'automne en terrasse, trouver une place sur les pelouses du dimanche, trembler devant un film, fermer les yeux pour une chanson ».
Car Sorj Chalandon, s'il insuffle l'horreur, nous repousse malgré tout dans l'amour.
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