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Critique de nameless


nameless
  30 décembre 2018
L'intrigue se déroule à Lakeland, Mississippi, à partir de 1954 bien avant l'inéluctable explosion initiée par le Mouvement des droits civiques, et trouve son épilogue quelques 40 ans plus tard. Jack Branch est l'héritier d'une caste de planteurs sudistes, sûrs de leur supériorité raciale, intellectuelle et sociale. Mû par une culpabilité qui le pousse à faire un geste pour ceux qui ont été exploités, Jack enseigne la littérature dans un modeste établissement où sont scolarisés les enfants du quartier des Ponts, «quartier damné des Nègres, à l'extrémité est de la ville, tout aussi mystérieuse que l'Afrique ».


« Jeune homme pédant issu d'une famille pédante infectée par les préjugés », Jack crée un cours sur le Mal, pompeusement vendu au proviseur comme une initiation générale à la littérature, à la philosophie et à l' histoire pour masquer qu'il ne s'agit que d'un cours de rattrapage destiné à élever le niveau pré-supposé inférieur de ses élèves. En incrustant dans sa pédagogie des actes historiques ou littéraires d'une violence plus monstrueuse que celle qu'ils seront jamais susceptibles de commettre, Jack pense avec condescendance et ruse (qu'il confond avec de la noblesse de caractère), capter leur attention, enrayer leur prédisposition pour la distraction indissociable de leur basse extraction, et peut-être ainsi les aider à gravir un barreau sur l'échelle sociale.


Voilà pour la théorie mise en place par Jack dont chacune des pensées, chacun des mots qu'il prononce proviennent exclusivement de son unique expérience puisée dans les livres classiques reliés en cuir et gravés à l'or fin de la bibliothèque de son père à Great Oaks, demeure familiale. Eddie Miller est l'un des élèves de Jack. Ce jeune homme est stigmatisé, considéré comme un paria parce qu'il est le fils de celui qui a été surnommé le Tueur de l'étudiante. Arrêté puis incarcéré, le père d'Eddie a été assassiné en prison par un co-détenu avant d'être jugé. Pour le devoir de fin d'année, Jack demande à ses élèves de choisir un personnage qui incarne le mal absolu à leurs yeux. Lorsque Eddie décide d'écrire l'histoire macabre de son père, Jack voit dans cette volonté une manière pour lui d'exorciser le poids du passé et l'encourage. Il se prend d'affection pour lui, imagine pouvoir changer le cours de son existence, l'aide dans ses recherches, se surinvestit, et l'introduit même à Great Oaks, chez son père ; il n'aurait pas dû. Pendant ce temps, en classe, l'intérêt qu'il montre pour son protégé déclenche la jalousie et entraîne l'agitation et la déstabilisation d'un équilibre précaire. Dès lors, confronté au principe de réalité, Jack découvre lentement tout le cruel arbitraire de la vie ainsi que ses chausse-trappes au fond desquelles on peut tomber du jour au lendemain puis croupir.


Est-il nécessaire de tout savoir si la réponse à une question qui vient du coeur le brise toujours ? Un roman sombre, grave et introspectif de toute beauté !
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