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Critique de AlexianeTh


AlexianeTh
  27 septembre 2017
Cécilia Dutter est très loin de son premier livre ; ses tous premiers (romans, essais et nouvelles) ont été édités notamment chez Albin Michel ou, encore, chez Robert Laffont. Après avoir été critique littéraire, elle devient chroniqueuse pour le journal Service littéraire.
Chère Alice est un roman épistolaire sur fond de romance, d'érotisme et, surtout, de sensualité.
Ce roman nous présente l'intimité de lettres échangées entre Alice, une trentenaire à l'approche de la quarantaine, mariée, mère de deux filles, et Alexandre, un sexagénaire, en ménage lui aussi et père de deux garçons. Si la première rencontre avec Alice, l'amie de sa femme, a été le coup de foudre pour Alexandre, ça n'a pas été le cas pour ladite convoitée. S'engage alors une communication de nos jours considérée comme romantique – ou surfaite et vieux-jeu pour les autres - entre rejet farouche et déclaration sensuelle, amoureuse … Vraie et profonde.
Si l'on peut craindre le « bateau » que peut laisser sous-entendre le synopsis, il n'en est rien. Ces échanges sont savoureux, tant par leur sincérité et leur profondeur que par la qualité narrative dont fait preuve Cécilia Dutter en leur donnant, à chacun, leurs propres voix. L'un a son élocution, sa prose, dont l'autre se moque, mais c'est ce qui donne tout son charme et rend reconnaissable chaque missive. La plume d'Alexandre caractérise sans mal son intellect, son caractère posé, mature et une sagesse née de plus d'un demi-siècle de vécu. Celle d'Alice est plus jeune, spontanée, et tranchante. Si l'un joue de poésie, l'autre joue de cynisme.
Ces deux voix permettent une immersion totale dans ce cocon qui se crée entre eux, au point que, parfois, l'on peut se sentir gênés de s'imbriquer dans cette intimité propre aux amants. On se sent voyeurs, pervers presque. Pas à notre place, comme si l'on découvrait – nombre d'années plus tard – cette pile de lettres soigneusement gardée dans un coffret. On se sent coupable et, à la fois, délicieusement curieux.
Ce ne sont pas des lettres gavées de « rentre-dedans » graveleux, du pur érotisme à chaque ligne écrite. Rien n'est vulgaire, tout est pesé, dosé, mené par la main d'Alice qui s'impose et mène la danse. On y trouve un féminisme discret, mais présent ; des fondements masculins ébranlés, mais conciliateurs. On y trouve du voyage ; oui, du voyage. On s'évade avec eux, dans les recoins du monde isolés, loin de la monotonie, de la routine parisienne, là où, librement, peut s'exprimer les élans fantasmagoriques d'un désir attisé par les mots.
Chère Alice, c'est aussi une quête de soi. Après tant d'années vécues, de desseins accomplis, d'objectifs atteints et une vie de famille épanouie, que reste-t-il au-delà de sa propre abnégation ? Où commence enfin son accomplissement, quand peut-on le considérer ? Et s'il a déjà commencé, connait-il réellement une fin ?
Alexandre et Alice écrivent avec leurs coeurs, au service de leurs corps. Ce sont deux âmes qui se laissent apprivoiser, se découvrent, se heurtent, s'embrasent et s'étreignent. C'est de la tendresse et des doutes ; de l'espoir et de la déception. Tout un méli-mélo que nous sommes, TOUS, susceptibles de ressentir un jour.
Aucun chapitre, aucune lettre, ne fait l'apologie de l'adultère. Uniquement les faiblesses humaines et ce qui fait notre servitude : nos émotions imprégnées d'espoir.

Lien : http://surlesailesdunlivre.f..
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