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Critique de nameless


nameless
10 février 2017
Un labyrinthe est un tracé sinueux muni ou non d'embranchements, d'impasses et de fausses pistes, destiné à perdre ou à ralentir celui qui cherche à s'y déplacer. Il peut avoir une forme concrète en architecture, ou abstraite quand il concerne les mécanismes psychologiques. Le cheminement du labyrinthe est difficile à suivre et à saisir dans sa globalité. « Les significations données aux labyrinthes varient selon les peuples, mais elles ont toutes un point commun : l'homme cherche à en atteindre le centre en quête d'une réponse. » (p. 88). Cette définition et cette citation résument parfaitement ce roman. En parfaite adéquation avec son titre, c'est vers un labyrinthe de pierres ancien au coeur d'une forêt, et dans le dédale mental de ses personnages que Sigge Eklund, entraîne avec virtuosité ses lecteurs.


Dans le labyrinthe n'est pas un roman policier mais un grand roman. Certes, la disparition de Magda, fillette de 11 ans constitue son point de départ. Le lecteur sait que son père, Martin, est soupçonné, et qu'une enquête de police est en cours. Ces éléments apparaissent en filigrane. L'auteur a choisi d'éclairer 4 proches de l'enfant, à qui il consacre à tour de rôle une cinquantaine de pages, dans lesquelles, chacun d'eux se livre à une introspection pour tenter d'expliquer la disparition de Magda : réminiscences, reviviscences, souvenirs d'enfance, analyse de leur vie familiale ou professionnelle. Leurs perspectives croisées se complètent et se fécondent, tissent lentement des liens entre eux.


Asa, la mère de Magda, psychologue hospitalière, nourrie par les travaux d'Alice Miller, privilégie avec ses patients, la parole plutôt que la prescription médicamenteuse. Elle affronte le drame avec ses propres armes. Elle ne lutte ni pour aller de l'avant ni pour fuir quelque chose. "Elle lutte en arrière". Martin, le père, est un éditeur célèbre, il consacre beaucoup de temps à son travail, au détriment de sa famille. Dans les chapitres que l'auteur lui accorde, il exprime sa culpabilité, qui n'est pas seulement en lien avec la disparition de Magda. Tom, rédacteur, a été embauché par Martin, dont il est rapidement devenu un auxiliaire précieux, peut-être un ami. Il cherche des indices, analyse sa relation avec Katja qui a récemment abouti à une rupture. Enfin, Katja, jeune femme fragile, n'a jamais réussi à faire éditer sa poésie, et a accepté un travail alimentaire d'infirmière scolaire dans l'établissement fréquenté par Magda.


« Pourquoi ne pouvons-nous pas accepter l'existence telle qu'elle est, pourquoi sommes-nous entraînés vers cette quête compulsive d'explications » ? (p. 153). L'épreuve qui les frappe provoque chez eux la nécessité de sortir du labyrinthe psychologique dans lequel ils sont enfermés. Mais plus ils essaient de trouver la sortie, et plus ils s'y enfoncent, buttant sur des obstacles ou des impasses. La disparition de Magda est le fil d'Ariane qui permettra, peut-être, à certains, de retrouver la lumière. Ou pas…


J'ai adoré lire ce roman lent et hypnotique, sa densité, sa force, sa précision dans la description des pensées ou gestes les plus infinitésimaux. J'ai aimé accompagner Martin, Tom, Asa, Katja sur leur chemin initiatique, leur questionnement intérieur pour résoudre le labyrinthe de leur existence. Je tiens également à saluer l'évidente excellence de la traduction, le vocabulaire riche, le soin apporté au choix d'expressions, d'images, ainsi que la large palette de nuances utilisée pour restituer les émotions.


Si j'osais, je dirais que le digne héritier littéraire de Ruth Rendell s'appelle Sigge Eklund, et qu'il est suédois. Voilà, j'ai osé… Merci à Babelio et aux éditions Piranha pour leur confiance.
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