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Critique de BazaR


BazaR
  07 décembre 2016
Je gratifie Babelio et les éditions Bragelonne/Mylady pour m'avoir cacheté ce roman si étonnant. Je m'en vais donc vous encrer un billet qui vous ensoleillera de mon opinion.
[mode traduction Ombre => Rive activé]
D'abord un peu de contexte. L'Héritage des Roi Passeurs s'inscrit dans la tradition de – jouons les érudits qui s'est baladé sur le Net – la portal fantasy ou, variante un peu différente, la crossworld fantasy. Bref, il y a deux mondes : le nôtre et un autre plus « magique », et on peut passer de l'un à l'autre avec difficulté. Des jeunes gens de notre monde pénètrent dans l'autre nommé Ombre (pour les gens d'Ombre, nous habitons Rive) et vont y être impliqués dans une crise de gouvernement.

Voilà à peu près ce que l'on a au début. Malgré un rythme agréable, le style plutôt Young Adult des personnages de notre monde m'a inquiété. Mais cette inquiétude s'est dissipée car, petit à petit, Manon Fargetton nous montre tout le soin qu'elle a pris à la construction de son double monde. Cette construction utilise à plein la symétrie entre Ombre et Rive, symétrie géographique mais aussi humaine à travers un modèle qui se rapproche de la symétrie matière / antimatière, et qui peut-être s'étend aux animaux et aux plantes, pourquoi pas ? Une symétrie qui atteint le langage à travers le phrasé si décalé, amusant et plein de sens des habitants d'Ombre perçu par les habitants de Rive, qui structure même le passage d'un monde à l'autre grâce à un principe d'échange équivalent qu'auraient apprécié Lavoisier et Anaxagore. L'auteure conçoit aussi une magie structurée, aux règles simples, qui m'a tout de suite convaincu que le terme « magie » est inapproprié pour la nommer. Je suis persuadé que l'on a ici affaire à des phénomènes naturels qui peuvent tout à fait faire l'objet d'une recherche scientifique afin d'en extraire les lois fondamentales et de la formaliser mathématiquement.
En résumé, Manon a créé un monde en vraie mathématicienne, et j'adore ça.

L'histoire possède des caractéristiques Young Adult certaines, égratignées par des passages très violents qui l'écartent de ce genre. Quoi qu'il en soit elle m'a happée. J'ai lu ce livre très rapidement (selon mes critères) sans cesse dévoré de curiosité. Les personnages principaux sont attachants et possèdent une profondeur psychologique suffisante. Certains seconds rôles sont sous-exploités (Pelekaï et Lïam dont j'aurais voulu partager les pensées) et d'autres trop stéréotypés (le Roi et le mage Til'Orfaël) mais je comprends qu'ils sont trop nombreux pour être tous vus en détail en moins de 500 pages. Manon Fargetton prend aussi un soin immense à définir la place des femmes en Ombre, et fait passer ce faisant quelques messages d'égalité entre les sexes. Elle évoque aussi d'autres faits de société comme la dépendance à l'alcool et l'homosexualité.

Le plus difficile à gérer est la distanciation. Les décors ne sont pas suffisamment exotiques pour emporter l'imagination, mais la structure de l'univers, de la magie, du panthéon divin et du langage y parviennent. Cependant je ne suis jamais arrivé à larguer complètement les amarres car les héros de Rive, que l'on pourrait croiser dans la rue, me ramenait sans arrêt sur terre. C'est l'inconvénient de ce genre de fantasy. L'absence de distanciation avec les dieux d'Ombre est aussi un problème pour moi.

D'autres détails empêchent ce roman de devenir un chef d'oeuvre selon moi. Par exemple pourquoi, si les relations entre Ombre et Rive ont disparu vers 1650, Ombre est-elle restée dans un régime féodal et n'a-t-elle pas été influencée par le mouvement de la Renaissance ? On n'y trouve même pas la poudre à canon largement utilisée avant 1650. Pourquoi faire employer par des gens d'Ombre le terme de « figure romantique » alors que ce monde n'a jamais été en contact avec le Romantisme ? Pourquoi Énora est-elle traitée comme elle l‘est à la fin ? Evidemment on y gagne une image de tragédie antique mais la façon d'atteindre ce but est tellement artificielle ; l'auteure a manipulée son héroïne contre son gré et la scène tient trop du Deux ex machina.

Mais ce sont de petits écueils dans une très belle et palpitante construction. L'ensemble m'a tenu en haleine et m'a agréablement surpris là où je ne l'attendais pas. Je lirai avec plaisir le nouveau roman dans l'univers d'Ombre, qui fait la part belle à un personnage entraperçu : Bleue de Sav-Loar.
[mode traduction Ombre => Rive terminé]

Et voilà. Je braie encore une fois ma satisfaction à l'égard de ce roman si bellement encré et ambitionne de randonner la suite dans un proche avenir.
Xaler29, Noir Portrait de Relax67.
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