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Critique de CDemassieux


CDemassieux
  27 juin 2014
Madame Bovary doit être bien fatiguée depuis ces décennies qu'on l'autopsie, pas toujours avec bonheur !
Mais pourquoi une telle obsession pour la vie d'une femme de province, qui l'avait d'abord rêvée dans les romans pour, finalement, épouser un homme fade : Charles ?
Dans cette existence ennuyeuse, ses joies ne sont que des spasmes : le bal du château de la Vaubyessard, ses deux amants, Rodolphe et Léon, qui s'avéreront finalement lâches à son endroit. Elle n'a pas su être une épouse, elle ne saura pas mieux être une mère.
Quelle est-elle alors, Emma ? L'incarnation d'un constat amer. Celui qui nous tenaille tandis qu'on s'est engagé dans un destin qui n'était pas, tel un vêtement mal ajusté, taillé pour nous : « Elle se demandait s'il n'y aurait pas eu moyen, par d'autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme. »
C'est l'insatisfaction qui anime Emma, et ses excès n'en sont que la conséquence : dépenses somptuaires, sexualité débridée avec ses amants (voir l'épisode d'anthologie du fiacre galopant dans les rues de Rouen, à l'intérieur duquel elle se donne sans retenue à Léon). Elle remplit un vide que ne sait combler son mari médiocre : « Quel pauvre homme ! quel pauvre homme ! disait-elle tout bas, en se mordant les lèvres. »
Lire Madame Bovary c'est aussi regarder une femme mourir lentement. La sève qui l'animait se raréfie à mesure que les désillusions s'accumulent ; elle devient un arbre mort, après avoir, par défi à l'existence sans doute, cédé aux excès, suivant une pulsion de vie, comme elle cèdera à la pulsion de mort lorsque : « sa situation, telle qu'un abîme, se représenta. »
Et le style, enfin, résultat d'années de labeur (la correspondance de Flaubert l'atteste) : quel style ! Une précision d'horloger qui donne l'envie de lire le texte à voix haute, juste pour entendre la langue française dans toute sa fluidité, avec la triste conscience qu'on n'atteindra jamais les rives d'une telle perfection.
Paraphrasant Victor Hugo, je dirai de ce roman que s'il ne devait en rester qu'un ce serait celui-là !
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