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Critique de Presence


Presence
  19 juillet 2016
Ce tome fait suite à Little hits (épisodes 6 à 11). Il contient le numéro annuel 1, ainsi que les épisodes 12, 14, 16 et 18. Tous les scénarios sont écrits par Matt Fraction. Javier Pullido a dessiné et encré le numéro annuel. Annie Wu a dessiné et encré les épisodes 12, 14, 16 et 18. Matt Hollingsworth a réalisé la mise en couleurs de tous les épisodes. Pour bien comprendre les enjeux du récit, il faut avoir commencé la série par le premier tome, c'est-à-dire My life as a weapon.

Excédée par l'attitude Clint Barton (entre irresponsabilité et immaturité), Kate Bishop décide de prendre de la distance et de partir pour une durée indéterminée à Los Angeles, en profitant de la carte bleue de papa Derek Bishop (avec qui elle s'est fâchée parce qu'il a décidé de vivre avec Heather, une jeune femme à peine plus âgée que Kate). Elle descend dans un palace et s'installe au bord de la piscine, faisant la connaissance de Whitney Frost (dont elle finit par se souvenir que c'est Madame Masque).

Suite à des circonstances rocambolesques, Kate Bishop se retrouve sans argent, obligée de servir de gardienne à un mobile home pendant que ses propriétaires sont en goguette. Elle décide de passer une petite annonce en louant ses services de détective privée. Bilan : une histoire de vol d'orchidées destinées au mariage d'un couple d'homosexuels, Will Bryson un chanteur célèbre 40 ans plutôt et qui n'a plus toute sa tête, Harold H. Harold un monsieur vivant dans une magnifique villa certain qu'on en veut en attenter à sa vie.

En ayant lu les 2 tomes précédant, le lecteur sait à quoi s'en tenir. Matt Fraction s'est accaparé 2 personnages (Clint Barton et Kate Bishop), dont il respecte les caractéristiques principales, pour une narration très personnelle. À partir du numéro annuel, il a décidé d'alterner les épisodes entre Barton (numéros impairs) et Bishop (numéros pairs), ce qui permet à David Aja de disposer du temps nécessaire pour dessiner les épisodes consacrés à Clint Barton. le présent tome se focalise donc sur le personnage de Kate bishop, Barton n'apparaissant que dans la première scène.

D'un côté, Fraction respecte les conventions d'un récit de superhéros, avec une supercriminelle Madame Masque (qui a des raisons d'en vouloir à Kate Bishop depuis l'épisode 4), des combats physiques, des prouesses à l'arc, avec une ou deux courses-poursuites pour faire bonne mesure. de l'autre, sa narration est portée par une tonalité très personnelle qui place ce récit dans une catégorie très différente de la production mensuelle et industrielle de Marvel.

Pour commencer, Kate Bishop ne revêt son habit de superhéros que 2 fois : pour entrer par effraction dans une villa, et pour une action d'éclat (et encore elle ne porte pas de masque, et Annie Wu en donne une interprétation qui atténue autant que faire se peut l'aspect collant moulant). de la même manière ses exploits d'archère sont limités en nombre, tout en restant spectaculaires. Tout ceci n'enlève rien à la qualité des scènes d'action.

Ensuite Matt Fraction réduit l'ampleur des crises pour se concentrer sur des cas plus terre à terre. Ainsi, Kate Bishop doit faire face à la perte de sa carte bleue, à l'achat de nourriture pour chat (adapté au goût du greffier), se rendre d'un lieu à l'autre en bicyclette, récupérer des fleurs, écouter les divagations d'un vieux monsieur, et servir de plateau vivant pour sushis (dans le plus simple appareil). Là encore, Annie Wu utilise une approche pragmatique qui évite le sensationnalisme et qui transcrit l'aspect ordinaire et commun des environnements (il s'agit quand même de Los Angeles, donc avec un facteur dépaysant et même touristique pour un lecteur français).

Il serait également possible de relever les références culturelles comme Thomas Pynchon, ou Brian Wilson, mais en fait ces histoires sont intéressantes pour elle-même. le numéro annuel s'inscrit dans le registre de la comédie (un peu inoffensive), la victime (Kate Bishop) ayant conscience de sa situation dangereuse et essayant de profiter de cet avantage, à l'insu de son ennemi. La suite est plus savoureuse.

Dans l'épisode 16, Kate Bishop s'attache à un chanteur compositeur d'une soixantaine d'années s'estimant spolié par son frère de ses meilleures compositions. Fraction rend un hommage vibrant et libre à Brian Wilson, tout en mettant en scène une amitié naissante touchante sans être mièvre entre Kate et Will Bryson. le caractère prosaïque des dessins d'Annie Wu permet aux endroits d'exister de manière plausible, aux personnages de faire leur âge, aux expressions d'être justes, et aux situations de révéler leur complexité, à l'opposé d'une vision manichéenne. En particulier la pièce où trône le piano dans une étendue d'eau ressort à la fois comme un aménagement poétique, et comme un caprice idiot de star. Au travers des images, le lecteur voit évoluer des personnes réelles et proches, à l'opposé des exagérations de superhéros.

Les dessins de Wu permettent également au couple d'homosexuels d'exister comme des individus normaux, banals sans être fades. L'écriture de Fraction rend leur situation normale (sans pathos ou condescendance, dépourvue de tout jugement moral).

Les 2 derniers épisodes reviennent vers une forme d'aventure plus traditionnelle, avec enquête et mystère, sans rien perdre du côté plausible et quotidien. Fraction s'amuse avec la mythologie d'Hollywood : la grande demeure habitée par un seul individu, les grandes réceptions fastueuses organisées par un maître de maison sombre et ténébreux, le commissaire bourru mais efficace, etc. Pour les fins connaisseurs de l'univers partagé Marvel, Matt Fraction ramène Harod H. Harod. Saurez-vous le rattacher à sa série d'origine ?

Pour les responsables éditoriaux de Marvel, la prise de risque sur une nouvelle série doit être minimale, pour s'assurer d'une rentabilité immédiate, ce qui conduit à des produits industriels préformatés. Les possibilités d'échapper à ce modèle économique ne sont pas nombreuses. La série "Hawkeye" fait partie de ces projets improbables où un scénariste ayant le vent en poupe (Matt Fraction) réussit à convaincre les éditeurs de sortir du cadre habituel. le personnage d'Hawkeye bénéficiait d'une augmentation de popularité grâce au film Avengers et pourtant ses séries ne se vendaient pas. C'est ce contexte très particulier qui a permis à Fraction de faire accepter son projet de quotidien de superhéros face à des problèmes de taille réduite, avec un humour décalé, cultivé et légèrement cynique, sans être nihiliste. Suite et fin de cette série atypique dans Rio Bravo.
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