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Critique de traversay


traversay
  27 février 2017
Un grand merci à la masse critique de Babelio et aux Editions Piranha pour m'avoir invité à la dégustation de la huitième vie, aussi onctueux qu'un bon chocolat chaud (ceux qui l'ont lu comprendront).

Ah, la Géorgie ! Quant on a eu la chance de la visiter, même sur un laps de temps relativement court, c'est un pays qu'on n'oublie pas. Pour ses habitants, chaleureux et bons vivants, et pour ses paysages d'une beauté à couper le souffle. Pour qui connait (un peu) la Géorgie, la Huitième vie de Nino Haratischwili est un pur bonheur, une saga familiale sur six générations qui embrasse l'ensemble du XXe siècle. Mais pour qui ignore tout ou presque de ce pays, que d'aucuns considèrent à tort comme une « région » russe, toujours cette confusion entre Union soviétique et Russie, pour celui ou celle-là, le voyage dans le temps et l'espace sera sans doute fort dépaysant et mouvementé. Cette fresque au long cours qui commence au début du XXIe siècle et s'y achève, se permet un flashback qui va occuper les 960 pages du livre au gré de la remontée du temps, en suivant de façon croisée les personnages d'une même famille géorgienne, et ceux qu'ils côtoient. On pense évidemment au « grand » roman russe mais le caractère caucasien du livre et de son auteure (même si Nino Haratischwili vit en Allemagne depuis près de 15 ans et écrit en allemand) lui donne souvent un ton différent qui n'est pas si loin du réalisme magique latino-américain, en particulier celui que l'on retrouve dans les premiers livres de la chilienne Isabel Allende. Tout au long de la huitième vie, la romancière fait résonner la grande Histoire dans l'intimité des existences et de la famille Iachi, dont quelques uns des membres successifs ont droit à un chapitre particulier. Ce qui n'empêche pas Nino Haratischwili de mener plusieurs intrigues en parallèle, tout en rappelant à intervalles réguliers les grands événements du siècle et leurs conséquences directes ou collatérales chez les Iachi. C'est assez vite l'histoire de l'Union soviétique qui donne le tempo en particulier quand son « guide » s'appelle Staline (son nom n'est jamais prononcé dans le livre comme si son origine géorgienne était une raison supplémentaire de le honnir). Les personnages du livre sont ballotés par les mouvements de l'histoire et leurs contradictions mêmes y sont ancrées. le roman est d'ailleurs basé sur de multiples oppositions au sein de la famille Iachi, ses membres se construisant ou se détruisant dans ces antagonismes intimes. Il serait trop long d'énumérer tous les personnages de cette saga séculaire, chacun d'entre eux est amoureusement défini avec force détails par la romancière, avec leurs qualités et leurs défauts, et une destinée le plus souvent funeste. On pourrait reprocher au livre son côté mélodramatique mais les tragédies personnelles s'inscrivent dans le cheminement d'un siècle terrible et Nino Haratischwili les décrit avec une belle humanité. Dense et luxuriant, La huitième vie se lit comme un feuilleton passionnant avec moult rebondissements. Tout commence avec une recette de chocolat chaud, doté de pouvoirs magiques, qui passera de mains en mains, et qui constituera une sorte de sortilège récurrent souvent malheureux pour les Iachi. Il n'est pas besoin d'en savoir plus pour embarquer dans cette croisière vers le grand large romanesque.

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