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Critique de Olti


Olti
  05 octobre 2022
The Love Hypothesis

"Je sais pas c'est quoi la drogue que vous fumez, mais manifestement j'ai pas eu ma dose" Jonathan, Goodreads.

Je me pose la même question, Jonathan. Pour ceux qui n'aiment pas les longs commentaires, vous pouvez vous arrêter là, on résumera pas mieux. Pour les autres :

Allez ! Encore un best-seller qui s'avère être une de mes pires lectures de l'année. J'ai le cerveau monté à l'envers ou bien ? On nous bassine avec la suspension de crédibilité mais je n'ai encore jamais lu un roman où cette suspension était autant nécessaire, de la 1ère ligne à la dernière.


The Love Hypothesis se présente comme une romance dans le milieu scientifico-universitaire, entre un prof et une élève. Je pensais que ce serait cette situation - généralement glauque dans la vraie vie - qui me poserait problème à la lecture, mais pas du tout. C'est sans doute même ce qu'il y avait de moins gênant, l'élève et le prof ne bossant pas dans le même domaine et n'ayant pas de relation professionnelle. Ce qui m'a posé problème c'est : tout le reste.

Rien, absolument rien ne (me ?) va. Que ce soit au niveau des personnages, du scénario, de "l'humour", de l'écriture... de la scène de "sexe" (j'ai pas pu aller jusqu'au bout). Je croule tellement sous l'avalanche de trucs à dire que je m'étouffe avec et lutte pour trouver par où commencer. Tout m'a paru complètement incohérent (et vous connaissez mon souci avec les trucs illogiques) donc forcément...

>>Pour la version "courte" sans spoilers :

-On a une héroïne "adulte" donnée pour "super intelligente et intéressante", qui est complètement conne du début à la fin, a la maturité d'une ado pré-pubère, est extrêmement pénible, et a une absence de personnalité assez fascinante.
C'est un peu comme si elle avait enfilé un costume appelé "The Standard Millenial Girl", mais en version cheap d'Halloween.

-On a une "meilleure amie" qui partage avec l'héroïne une relation en réalité plate et superficielle, et est quasi toxique pour les besoins du scénario.

-On a un "héros" fou amoureux du costume d'Halloween avec lequel il n'a cependant quasi rien à voir, et qui fantasme surtout sur le corps de l'héroïne, mais qui lui a jamais parlé à part 2 minutes 30 y a trois ans.

-On a un scénario qui existe et se déroule exclusivement grâce à : une absence de communication + des films gratuits que se fait l'héroïne dans sa tête + ses réactions / décisions illogiques + des éléments extérieurs random forçant l'avancée de l'histoire. Déjà un de ces trucs ça aurait été de trop, mais alors là... on dirait un manuel illustrant comment ne pas construire un plot.
Mais vu comment ça n'a pas l'air de gêner les lecteurs, je crois que va falloir revoir les dogmes de la scénarisation là, vous avez tout faux.

- On a un humour basé sur l'exagération. À priori c'est un effet stylistique valide. Sauf qu'ici, comme ça sort de nulle part, ce n'est plus de l'humour décalé, c'est un saut spatio-temporel et du coup bah... c'est pas drôle. C'est couplé bien sûr à la propension de l'héroïne à se faire des films (une façon de remplir des pages pour pas cher), et donc ça donne des trucs un peu du genre "Olive avait besoin d'un stylo et sa seule solution était de demander à Adam de lui en prêter un. Adam qui devait certainement la haïr !" (=film gratuit) "Si elle faisait ça, c'est sûr, il allait la kidnapper pour la mettre dans le coffre de son van avant de la découper pour la rôtir et l'envoyer nourrir des aliens dans l'espace !" (mais... c'est pas drôle, en fait ?)

- Et d'une manière générale, on a un style donc basé sur cet "humour" avec des pages et des pages de vide car on a droit aux inventions gratuites que se fait Olive dans sa tête, avant qu'un vrai truc ne se passe, ou pour justifier que rien ne se passe.

Évidemment, quand un des personnages s'apprête à dire un truc important qui pourrait régler des quiproquos, il est interrompu artificiellement et ça en reste là (alors que dans la vraie vie, on harcèle la personne jusqu'à avoir l'info) et les quiproquos durent et durent et durent jusqu'à ce qu'enfin l'histoire s'arrête.

>>Pour la version longue avec spoilers :

On commence avec l'héroïne, super génie de la science mais pauvre - qui vous répétera 400 fois qu'elle est pauvre en tant qu'étudiante en sciences ET qui le paraphrasera aussi 400 fois de manière "humoristique".
Elle porte donc des lentilles de contact périmées qui lui brouillent la vue car elle n'a pas les moyens de se payer des lentilles à jour. Ok. Mais euh... et avoir simplement une paire de lunettes, c'était pas possible ? Ce serait pas carrément moins cher et plus sage, pour une meuf qui doit tout le temps regarder au microscope, observer des tas de machins, noter des trucs... ? Je... je ne sais pas écoutez, je suis pas un génie en sciences moi, mais euh... bon.

A cause de ça, quand elle croise "LE mec" (elle l'appelle comme ça), elle ne peut pas bien voir son visage, alors que ce type va changer sa vie après avoir eu un bref échange fait de banalités, où elle-même dit vraiment des trucs insipides qui font que le héros tombe fou amoureux d'elle. (Non mais pour de vrai hein, l'échange c'est genre "Qu'est-ce que vous faites là ?" "C'est pas les toilettes des filles ?" "Non" "Ah je croyais que c'était les toilettes des filles." "Bah non." "Ah.")

Des années plus tard, Olive est embêtée car sa meilleure amie qu'elle adore n'ose pas sortir avec l'ex d'Olive de peur de lui faire du mal, même si Olive n'en a jamais rien eu à battre de son ex et ne voulait MÊME PAS sortir avec, bordel ! Mais bon.

Donc elle lui ment en disant qu'elle sort avec un mec, un soir où en fait elle bosse au labo. Souci : la meilleure amie l'aperçoit et donc Olive se jette sur un type au pif pour l'embrasser, type qu'elle ne reconnaît qu'après car sur le moment elle ne l'a... pas vu ? Euh. Bon.
Je sais pas ce qui est le plus incohérent : se jeter sur un type pour l'embrasser au pif, ou le fait qu'elle se soit jetée sur le lui sans pour autant le voir.

Mais bref. Elle l'observe ensuite donc, et reconnaît Adam, un prof hyper important et en toute logique après un tel acte... ne veut rien lui expliquer et tente de s'enfuir. HEIN ?? Vous êtes adulte madame, vous êtes sûre ?
Elle s'explique finalement rapidement - uniquement parce qu'il la menace - avant de... s'enfuir quand même (je...) en le laissant en plan alors qu'il l'appelle et qu'ils pourraient avoir un échange utile. Ce que toute personne intelligente et mature ferait.

À aucun moment elle ne se dit qu'elle devrait mettre au point leur mensonge. Apparemment elle a une meilleure amie qui ne va lui poser AUCUNE question sur comment elle s'est retrouvée à avoir un date avec le prof-important. Pas tant qu'Olive n'en a pas parlé avec Adam. Pratique. le tout alors que plus tard, elle harcèle Olive de message type ado excitée au collège parce qu'elle a trop un scoop... leur pote Machin "sort avec un prof mignon qui est son crush !! Hiiiiiii." Je, pfff, aucune logique.

Olive et Adam décident de faire semblant de sortir ensemble pendant un mois, et pour faire croire ça à tout le monde, ils vont... se retrouver 10 min une fois par semaine à la cafétéria. Donc ils ont prévu de se voir 4 fois. de se voir en tout 40 minutes. En un mois. Pour passer pour un couple crédible. Voilà. Je... non, rien.


Et jamais ils n'échangent d'infos que deux personnes qui sortent ensemble devraient savoir l'une sur l'autre, ou n'échafaudent de plan pour rendre leur relation crédible, alors que tout le monde supposent qu'ils vont souvent l'un chez l'autre (même si c'est jamais le cas). Ils ont des échanges plats et insipides, où on pourrait les remplacer l'un l'autre par n'importe quel autre personnage... et Adam qui est "amoureux" ne s'intéresse pas spécialement à Olive de toute façon, ni ne cherche à la voir plus souvent... ça n'a juste aucun putain de sens !

Je n'ai même plus envie de résumer et détailler tant toute l'histoire est comme ça... rien n'a de sens, les perso font des choix cons qui n'ont pas de conséquence parce que ça arrange le scénario, puis qui ont des conséquences parce que ça arrange le scénario.

La "meilleure" amie qui n'a l'air, elle aussi, de n'avoir rien en commun avec Olive à part les goûts standards de sa génération, force Olive à avoir des contacts affectueux avec Adam (mais tu es qui ? Son tyran personnel ? Tu peux pas respecter ses envies, ses choix ? Tu peux pas la laisser vivre sa putain de vie comme ELLE en a envie ??) ce qui crée les rares scènes de vague affection entre eux deux.


Évidemment, les deux héros "s'aiment", mais s'imaginent gratuitement l'inverse, et l'exagèrent à fond dans leur tête pour ensuite être malheureux en créant des quiproquos et des problèmes qu'ils n'ont pas... et Olive n'arrête pas de mentir dans des situations où la vérité serait plus simple et plus logique.

Il est évident que le héros c'est "LE mec" mais Olive ne le voit pas tant que ça n'arrange pas l'histoire... mais qui du coup est vide et faite d'une tension artificielle. La scène de sexe était tellement gênante que j'ai pas réussi à la lire mais les scènes érotiques c'est rare que ça me plaise donc c'est peut-être juste moi.

Bon. Comme dit au départ, Olive va bien insister sur combien les étudiants (et prof) dans la recherche scientifique sont pauvres, mais sans jamais s'attaquer au pourquoi du problème, à l'injustice du système, sans jamais avoir l'air de comprendre en fait l'économie dans laquelle elle vit, et sans la remettre donc en question. C'est genre "ah bah c'est comme ça, on est pauvre, c'est bête." T'étais pas un génie toi, normalement ?

Ah et j'avais oublié donc qu'elle subit un gros moment de harcèlement sexuel / moral avec le meilleur ami d'Adam, qu'elle enregistre car juste avant elle avait une conférence qu'elle a enregistré sur son téléphone et elle n'a pas coupé le microphone... donc elle a direct la preuve que le meilleur ami est un connard. Mais, pour une raison inexplicable, elle a oublié qu'elle avait pas arrêté l'enregistreur, donc elle fait des choix débiles et se morfond et ment à Adam au lieu de se dire "ouf, heureusement j'ai enregistré ce qui s'est passé j'ai une preuve !"
Quand il t'arrive ce genre de situation (je l'ai vécu...), le 1er truc que tu aimerais c'est avoir une preuve ! Ça n'a donc aucune cohérence qu'elle oublie magiquement qu'elle en a une alors que 3 secondes avant elle sait que son enregistreur tourne encore ! Je sais pas comment la recherche va avancer avec un cerveau pareil...

Le truc positif pourrait être qu'Olive parle un peu de la misogynie dans le milieu scientifique, sauf qu'elle le fait avec tellement d'exagération, raccourcis et gros sabots que ça finit plus par être un élément de décor qu'un sujet réellement abordé.

Je m'arrête là. Dès que j'ouvre le livre, je vois mes notes énervées en marge et je me dis qu'il faudrait que je m'étale ici autant qu'il contient de pages, mais vous méritez pas ça. Personne ne mérite ça.

PS : je vais encore me faire basher mais rappelez-vous que vous n'êtes pas vos goûts, vous n'êtes pas vos lectures. Quand je "critique" c'est intrinsèquement lié aussi aux conditions dans lesquelles j'ai lu, à mes attentes, à mes goûts, à mes habitudes... ça ne veut pas dire que parce que vous aimez vous avez tort ou que je vous trouve ceci ou cela non. J'ai conscience que c'est une histoire de contexte, et mon ressenti reste éminemment subjectif.

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