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Critique de marcphalippou


Depuis L'Étoile Mystérieuse parue comme le début des 7 Boules de Cristal, en feuilleton dans le journal Le Soir, on le sait : dans la Belgique occupée - nous sommes en 1943/44 -, Hergé approche plus que jamais la bd comme une arme de distraction massive. Tintin va donc encore dans ce diptyque voyager hors d'Europe, une manière comme une autre d'échapper à la guerre et aussi à la censure allemande. Cap sur l'Amérique du Sud même si on prend pour y aller des chemins détournés...

L'influence de Jacobs est sensible dès la 1ère planche : un inconnu rencontré dans le train dévoile quasiment l'intrigue, tant à Tintin - qui n'y croit pas - qu'au lecteur qui sait lui où tout ça peut l'emmener. On ne rapporte pas chez soi la dépouille d'un empereur inca sans qu'une malédiction vous tombe dessus ! Crédité officiellement des décors - le gain en précision est réel - et des couleurs, le créateur de Blake et Mortimer seconde Hergé sur la piste d'un scénario où science et fantastique se chevauchent. Depuis - au moins ! - Gaston Leroux, archéologie et superstition font bon ménage.

Scénario, découpage, dessins et dialogues, tout est superbement léché. On ne relâche ni son attention, ni la tension - ah, la scène de l'orage - et apprécie les gags bienvenus pour détendre l'atmosphère. Et puis surtout on n'a qu'une hâte : vite, la suite !...

Ça y est, nous y voilà ! le Pérou, enfin. En passant d'un continent à l'autre, Hergé aussi franchit un cap. Et même plusieurs !

Le Temple du Soleil est le premier récit de Tintin à paraître intégralement en feuilleton dans le journal qui porte le nom du héros à la houpette. En plus de son propre journal Hergé lance aussi son studio. le travail, même la bd, c'est du sérieux. Comme les ennuis que le dessinateur court à la fin de la guerre, accusé d'avoir collaboré. Ajoutons à ça le cap de la quarantaine franchi par le maître - comme le drapeau décrypté par Haddock - on comprendra que cet album soit un des plus sérieux de Tintin. Et aussi un des plus nourris par la nature et un enfant ami, comme plus tard au Tibet. Faire et prendre son travail au sérieux n'empêche pas - au contraire - d'y mettre du sien... et de soi !

La tension installée dans les 7 boules de cristal et tirée par le fantastique, est plus que maintenue ici. le récit riche en aventure enchaîne de nombreux rebondissement et d'impressionnantes cascades dans des décors qui alternent le chaud et le froid - la neige et la forêt tropicale - comme l'humeur du maître et la fameuse éclipse ! Les scènes toujours spectaculaires se suivent sans interruption, avec des angles de vue à couper le souffle !

La galerie de personnages est riche sans qu'il y ait à proprement parler de vrai méchant, à l'exception des deux agresseurs du jeune indien marchand d'oranges. Et si le bien et le mal était une question d'humeur, sinon de point de vue ? Encore un effet de la guerre. Tintin lui brille par son courage, son intelligence, son audace et sa loyauté. Il peut tout à la fois défendre le plus faible et commander à l'astre le plus puissant.

Du grand spectacle où les retrouvailles avec le Professeur Tournesol nous font... chaud au coeur. Sans parler des injures de Haddock qui étend son vocabulaire et témoigne en payant de sa personne, que la vengeance est un plat qui se mange froid, même quand il s'agit d'eau. Quand lama fâché...

Ce temple est un monument. Et ce diptyque donc, une véritable arme de distraction massive !
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