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Critique de berni_29


berni_29
  16 avril 2019
C'est à la faveur d'une Masse Critique privilégiée que j'ai fait connaissance avec ce livre, Lab Girl : Une histoire de science, d'arbres et d'amour et son auteure Hope Jahren, une scientifique amoureuse du monde végétal et dont la spécialité est plus précisément la paléobiologie, c'est à dire l'étude de l'évolution des végétaux au fil du temps.
C'est une rencontre improbable : rien ne me prédestinait jusqu'ici à franchir les portes d'un laboratoire de géobiologie et encore moins à aborder un ouvrage autobiographique traitant du sujet. Alors, poussons les portes du labo et regardons un peu du côté des paillasses et des spectromètres...
Lab Girl est le journal d'une enseignante-chercheure, de renommée internationale, qui s'est investie corps et âme dans sa discipline, donnant sens à une existence dédiée au végétal et qui par endroits côtoie l'art par son regard posé sur ce monde.
Hope Jahren nous décrit avec beaucoup de simplicité, d'humilité et parfois de drôlerie aussi, sa passion pour son métier de scientifique, son enfance dans le Minnesota dans une famille d'origine norvégienne aux relations froides où le père était déjà scientifique universitaire - pas besoin d'aller chercher plus loin sa vocation -, les espérances et les désillusions, les doutes, les joies, les jubilations... Et quelle jubilation lorsque l'isotope d'un chêne de Virginie vieux de plusieurs siècles vous livre enfin ses secrets !
Contrairement à ce que je pouvais craindre, ce livre n'est pas du tout ennuyeux. Hope Jahren apporte beaucoup de vulgarisation dans son propos. C'est un livre empli d'humanité. L'humour, l'autodérision, ne sont jamais loin, comme pour aider à chercher la légèreté et l'apesanteur parfois nécessaires après une blessure ou un échec, remonter à la lumière ténue des cimes.
La science qu'elle pratique s'appuie sur la curiosité. Elle part à chaque fois d'une observation, d'un questionnement, d'une hypothèse... Tout paraît si simple... Nous la suivons dans ses pérégrinations avec son fidèle et insolite compagnon de laboratoire, Bill, un brillant collaborateur mais totalement renfrogné, au travers des États-Unis, sillonnant l'Arkansas, la Louisiane, le Mississippi dans un vieux fourgon pourri, allant creuser des trous ici et là, mais se rendant aussi en Norvège, en Irlande...Elle nous livre la patience des grands espaces et la promesse du monde végétal une fois quittée la froideur des sous-sols universitaires. C'est parfois l'étonnement qui permet de transformer la pratique d'une discipline en véritable passion.
Au travers de ce journal qui aborde aussi des pans intimes de son existence, je suis venu à la rencontre d'une poésie des arbres et d'une femme qui les aimait par-dessus tout, à travers la passion de sa discipline. Le monde végétal offre par instants des vrais moments de grâce. Derrière la science, Hope Jahren nous invite à nous éprendre de la longue tresse d'un saule pleureur, se penchant sur le bord de la berge d'une rivière telle une fée sortie tout droit d'un conte de Grimm. Et aussi la chute des feuilles mortes qu'elle décrit comme "un ballet savamment orchestré"...
Mais elle nous décrit aussi une vérité moins belle et qu'on ne soupçonnerait peut-être pas. Parfois les laboratoires ressemblent à des trous à rats. Il faut se battre avec les restrictions budgétaires, pénalisantes autant pour la recherche que pour l'environnement.
Il lui faut se battre aussi dans un milieu terriblement macho où on lui fait comprendre parfois de manière totalement lâche, qu'une femme scientifique n'a peut-être pas tous les droits, peut-être pas toute sa place, surtout lorsqu'elle se retrouve enceinte. il lui faudra tout l'appui et l'amour de son mari Clint pour qu'elle tienne debout.
Parfois elle doute d'elle-même, en proie à des phases dépressives très longues. Hope Jahren nous avoue qu'elle est bipolaire. Et c'est alors un autre combat qu'elle livre, contre l'autre versant de sa personne lorsque des crises maniaco-dépressives la font chuter dans des nuits noires abyssales... Et puis il y a la guérison, la reconstruction. Toujours repartir vers des tiges, des écorces, l'odeur enivrante des eucalyptus...
Ce journal est le récit d'un combat.
Pour se relever des doutes et des fêlures, il y a la détermination d'une femme, mais aussi l'amitié indéfectible de son collègue Bill, compagnon de routes des labos et des canyons. Lui aussi semble porter des blessures au-delà de cette main droite dont le doigt a été sectionné lorsqu'il était enfant. Ils ressemblent presque à des frères jumeaux perdus dans leur monde à part, d'une loyauté sans faille l'un vers l'autre, se lançant des sarbacanes d'humour lorsque l'un des deux sent le sol vaciller sous ses pieds... L'un et l'autre s'aident à s'accepter comme ils sont.
Le monde du végétal est-il si différent de celui des laboratoires, - ou tout simplement de l'humanité, lorsqu'elle nous décrit l'étonnante capacité de survie d'une cactus en plein désert ou bien les guerres que se font certaines espèces végétales entre elles, mais aussi comment ne pas être touché par l'ingéniosité des lianes grimpantes pour aller chercher la lumière, ou bien encore ces arbres qui prennent soin les uns des autres, se protégeant contre les invasions des chenilles...?
En guise de conclusion, elle nous livre un propos interrogatif qui ne manquera pas, je l'espère, de venir chatouiller vos neurones mais aussi vos zygomatiques :
" Ce livre sur les plantes est une histoire sans fin pour chacun des faits connus que j'ai partagés avec vous. Il existe au moins deux mystères dont je ne connais pas la réponse. Les arbres adultes reconnaissent-ils leur propre descendance ? Y a-t-il une vie végétale sur d'autres planètes ? Les premières fleurs ont-elles fait éternuer les dinosaures ? Toutes ces questions devront attendre avant d'être résolues."
Je remercie les Éditions Quanto ainsi que Babelio pour ce merveilleux moment de lecture.
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