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Critique de patricelucquiaud


patricelucquiaud
  11 août 2021
Vous savez que j'ai une prédilection pour les road-movies affectionnant déjà le genre au cinéma avec « Rain Man » ou « Thelma et Louise ». Cela parce que dans la réalité, comme vous avez pu le lire à travers certains articles de ce blog, j'ai connu bien des péripéties sur route au cours de voyages improvisés ou planifiés mais toujours mouvementés avec, à la clef (de contact), leurs lots de surprises plus ou moins drôles.



Alors, cette BD que m'a prêtée Samy, le compagnon de notre fille Amélie, allait parfaitement dans le sens de mon engouement pour les aventures routières. Une fiction en images et bulles qui, en plus, correspondait à notre passé professionnel puisque, avec mon épouse, nous étions éducateurs auprès de personnes handicapées mentales dans un établissement médico-social en Haute Normandie. C'est aussi pour cette raison que Samy m'a prêté cette BD intéressante à plus d'un titre.

« Road Therapy » nous conte la sortie en car pour une excursion en pays Cathare, d'un groupe de 6 patients d'une institution psychiatrique encadrés par un couple infirmier et infirmière psychiatriques.

En cours de lecture, nous apprenons pas mal de choses sur l'univers de la psychiatrie : personnels soignants et patients eux affectés par des troubles mentaux et comportementaux d'origine psychique ou neurologique. Personnages énigmatiques pour tous ceux qui ne se situent pas dans cette sphère bien particulière de la psychiatrie.

Au passage je me permets de mentionner le distinguo entre déficience mentale* et maladie mentale. La première résulte le plus souvent d'une cause d'ordre génétique, les conséquences étant quasi-irréversibles, tandis que la seconde a son origine se situant dans un choc émotionnel important et soudain, entraînant des troubles psychiques et comportementaux passagers à classer entre psychoses et névroses. Comme toutes maladies, celles dites mentales, peuvent être endiguées puis résolues à partir d'un traitement incluant séances de psychothérapie et médicaments sédatifs, en clinique spécialisée.

Ce sont de tels patients que Stéphane Louis a introduit dans son scénario, que Lionel Marty a mis en planches en traits aussi figuratifs qu'expressifs et Véra Daviet a colorisé avec finesse et goût pour les tonalités traduisant à la perfection les ambiances nuancées du scénario.

'intrigue repose sur les interventions pas toujours adéquates du conducteur du minibus remplaçant in-extremis du chauffeur titulaire lui, tombé brusquement malade, juste avant le départ. Ses comportements sont étranges et ses répartis pas toujours de bon tons face aux natures ultra sensibles des pensionnaires en sortie, et des encadrants psy, toujours sur le qui-vive face à leurs réactions très singulières résultant d'une charge émotionnelle ultra exacerbée.

Tout ceci est fort bien décrit, avec juste ce qu'il faut de notions élémentaires pour caractériser la situation des patients, et sans clichés ou excès de poncifs relatifs aux manifestations pathologiques entraînant des comportements décalés et des propos outrés.

Entre tensions et bienveillance ce groupe humain est attachant et le suspens est bien maintenu jusqu'au dénouement de fin.

D'une planche en gros plan :
Savoureux échange entre Hélène et Igor que je résume ainsi : « Nous sommes loin de savoir tout ce qui serait bon pour eux, mais nous connaissons bien mieux ce qui leur est néfaste ».

J'ai bien apprécié le graphisme en traits nullement caricaturaux, à la fois marqués, voire appuyés et incisifs pour les visages mais nettement plus doux pour les paysages. Les expression des regards traduisent bien l'émotion et le ressenti de chaque personnage. Les plans éloignés à très proches, ceux en perspectives avec vues d'en haut (très en vogue aujourd'hui dans la façon de filmer) sont suffisamment bien rendus pour nous faire participer aux péripéties de ce voyage et aux différents vécus de ses participants.

C'est une excellente BD instructive pour qui veut connaître un peu de cet univers des malades mentaux* et des pratiques pro de leurs encadrants soignants qui ont à coeur d'être attentif à tous ces petits signes de « mal être » parfois impromptus, tantôt prévisibles, émis par chacun d'eux, tout en restant respectueux de leur dignité humaine.

Au sens éthique, il en ressort cet enseignement percutant sur nos conduites face à nos ceux et celles que l'on doit aider et accompagner : L'intérêt pour l'Autre, le dépassement de soi et de ses propres soucis...



NB

*Déficience mentale : c'est la caractéristique de certains pensionnaires que nous recevions au Centre Saint-Martin à Etrépagny, regroupant entre autres, les personnes trisomiques. En institution Médico-éducative ou médico-sociale, différemment des unités psychiatriques où les intervenants sont des infirmiers psychiatriques, la prise en charge des résidents est effectuée par des éducateurs spécialisés.



* Malades mentaux : Dans la BD on apprend que parlant de ces patients on ne les désigne jamais par le terme de « malade » mais celui de Pensionnaire. C'est sous ce terme, qu'à ses débuts, au milieu des années 60, au Centre Saint-Martin, nous appelions les adolescent et adultes handicapés mentaux accueillis dans l'institution. Par la suite nous avons employé les mots : Compagnons - Protégés – Résidents.

Lien : https://www.mirebalais.net/2..
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