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Critique de deidamie


deidamie
  06 janvier 2019
« Bonjour les Babélionautes ! Aujourd'hui, on va parler d'un auteur peu connu, Lucien de Samosate, avec Dans les secrets des dieux. Hé oui ! Comme vous le savez, l'Antiquité, c'est ma passion !

-Ouais. T'es surtout retombée dessus en rangeant ta bibliothèque et tu t'es dit que ça ferait bien pour le challenge histoire de Bazar sur le forum des Trolls.

-Super ! merci de ruiner ma belle mise en scène.

-Toujours un plaisir.

-Si on peut même plus se la jouer sur les réseaux, maintenant… bref !

Dans les secrets des dieux regroupe plusieurs textes de Lucien de Samosate, auteur appréciant fort se moquer de ses contemporains pour mieux critiquer l'absurdité des religions. Impossible de vous faire un résumé : chaque texte est différent. Je les ai regroupés par genre pour vous en parler facilement.

Zeus confondu, Zeus tragédien et Prométhée constituent des dialogues et des parodies de pièces de théâtre. Les deux premiers textes mettent en scène les dieux affrontant un bien épineux problème : les mortels cessent de croire aux divinités ! Que faire ? Convaincre ou foudroyer ?

-Fou-droy-er ! Fou-droy-er !

-Euh, non, on ne peut pas, il n'y a pas de dialogue, sinon. Lire ce texte peu de temps après le rire d'Epicure m'a bien amusée : la structure du raisonnement est assez semblable. Et si vous connaissez bien les textes de Platon, vous vous amuserez encore davantage : la forme du dialogue, la maïeutique rappellent en bien des points ces discussions de Socrate qui commencent bien et finissent mal en général.

-C'est pas un peu inaccessible, comme texte, si ça ressemble à de la philosophie ?

-Je ne trouve pas… le dialogue reste très concret, il ne part pas dans de grandes envolées abstraites et prend la mythologie comme point de départ. Non, il passe bien.

-Mais pourquoi il y a des astérisques après tous les noms propres ? C'est relou !

-Il y a un lexique à la fin, c'est pour te dire qu'ils sont indexés si tu galères.

-C'est pénible, je trouve. Je n'ai pas besoin qu'on me le rappelle à chaque occurrence, une fois, ça suffit !

-Oui, je trouve que le texte en est alourdi, déjà que tu as abondance de notes… Notes bien utiles, d'ailleurs, j'ignore trop de références pour bien saisir les subtilités du texte et je ne connais pas toutes les versions de la mythologie : heureusement qu'elles sont explicitées.

-Zeus tragédien est un peu plus lourd, quand même…

-Oui, mais il est aussi plus dynamique avec Momos qui vanne sans arrêt !

-Euh, ouais, c'était rigolo, mais pour le côté parodie, si on ne connaît pas Démosthène, on voit pas trop que c'est de la parodie, quoi… La référence est perdue.

-Certes, mais il reste plein d'autres choses amusantes : des dialogues nerveux, des personnages stupides : de quoi régaler ses zygomatiques ! le faux oracle d'Apollon, le ridicule de Zeus, la bêtise de Timoclès m'ont bien amusée ! Quant à Prométhée…

-… il ne s'y passe absolument rien.

-Ben dans les autres non plus, puisque ce sont des dialogues. Pour avoir vilainement (question de point de vue) trompé Zeus, Prométhée est crucifié au Caucase, où un aigle vient chaque jour dévorer son foie. le texte le met en scène sur le lieu de son châtiment et le supplicié va tenter de démontrer qu'il est châtié à tort avant que l'aigle ne le torture pour la première fois.

Ce texte constitue une apologie : Prométhée plaide sa propre cause, et fichtre ! avec efficacité. le passage relève de l'exercice d'éloquence, fort plaisant ma foi : il donne un nouveau regard sur un mythe pourtant archi connu. La conclusion m'a surprise, sans trop m'étonner : un retournement similaire a lieu dans Zeus tragédien.

Et maintenant, passons aux Sacrifices !

-Celui-là m'a vraiment déçue.

-Hem… oui… je comprends… Comparé à ses copains, il paraît bien fade et gratuit. Point d'humour, point de plaisante rhétorique, mais une énumération de pratiques religieuses et un jugement sec sur celles-ci. Ce texte ne me dit pas « fais travailler ton cerveau, un peu », mais « les rites, c'est bon pour la poubelle et les débiles ». Dommage.

Et nous arrivons à la pièce de résistance : La déesse syrienne ! Un reportage unique sur la religion au Moyen Orient…

-Ah non. Non. Je ne peux pas cautionner ça, Déidamie.

-Ah bon ? mais pourquoi ?

-Pourquoi ? Tu demandes pourquoi ? Dois-je te rappeler ce qui s'est passé quand nous sommes arrivées à ce chapitre ?

-Beeen…

-J'ai lu une ligne, deux lignes, tout un paragraphe. Et j'ai levé les yeux et j'ai dit « C'est une blague ? »

-Oui, mais…

-Le texte est traduit en ancien français !!! C'est un scandale ! Je n'y lis rien du tout !

-Mais regarde la préface ! Comme le texte était rédigé en ionien, les traducteurs ont voulu reproduire l'effet vintage en le traduisant en moyen françois.

-Ils se sont sans doute bien amusés, mais l'humour de geeks, ça ne marche qu'avec les geeks ! Je parle pas l'ionien ni le moyen françois. Moi, je voulais lire le texte, pas me casser les dents sur chaque caractère !

-En même temps, c'est une édition pour étudiants, on peut penser que pour eux, ça marche…

-Je ne suis pas étudiante, ça ne marche pas. Je ne peux pas accéder au texte et je me sens vexée. Tiens, rien que d'en parler, je suis énervée. J'en profite pour faire passer un message, Mme Folio et MM. Garnier-Flammarion, si vous passez par là, ce serait sympa d'ajouter une édition de Lucien de Samosate à vos collections, merci, gros bisous.

-Bouquins a sorti une intégrale…

-Aaaah !

-… avec une traduction d'Emile Chambry…

-Un grand monsieur certainement, les commentateurs le citent sans cesse.

-… traduction qui date de 1934…

-1934 ? Ben heureusement qu'ils vendent des livres et pas du poisson, ceux-là… « Il est frais, mon texte, il est frais ! »

-Bon, on enchaîne ?

-Ouais, vas-y.

-Les dernières pièces sont constituées de courts dialogues entre différents personnages mythologiques.

-C'est rigolo, mais bon, sans plus…

-Oui, la mise en scène est amusante, mais l'humour un peu gras, un peu lourd, le viol que c'est trop lol, m'ont ennuyée. Je n'y ai pas retrouvé la finesse qui m'avait tellement plu dans les oeuvres remettant en question l'utilité et l'existence des dieux.

Bref, un recueil de textes inégaux, hélas marqué par une traduction inaccessible en milieu de livre. Cependant, je ne regrette absolument pas les jolis exercices de rhétorique des trois premiers textes.

-Dédé, regarde, regarde !

-Quoi ?

-Les Belles Lettres ont sorti une intégrale avec une traduction récente !

-Tiens, oui, en effet. Et ça coûte ? Ah quand même.

-Mais c'est pas grave, on écrit au Papa Noël !

-Voilà. En janvier, comme ça il a bien le temps de s'organiser. »
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