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Critique de Wolkaiw


Ludovic Metzker n'est plus un auteur à présenter sur le blog . J'ai déjà lu trois de ses livres et je peux vous assurer que Ludovic est un touche-à-tout, le genre d'auteur prolifique à l'imagination débordante. J'étais donc très impatiente et excitée à l'idée de le lire dans un autre registre, dans un autre genre. Avec le Mur du Temps, il propose à ses lecteurs un roman historique teinté de fantastique, une belle découverte qui délivre des messages intéressants et percutants.


Et si un mur pouvait tout changer, faire basculer votre existence, réaliser l'impensable ? Un mur peut représenter tellement de choses, encore aujourd'hui… le mur du temps, celui du livre, est très spécial, comme vivant, animé par une volonté qui lui est propre. Témoin silencieux d'un nombre incalculable d'atrocités, le mur apparaît comme un rempart immuable, presque atemporel. Un assemblage de pierres, une paroi rocailleuse qui séparent les individus, les époques et les idées. le mur semble être imprégné de mille et une souffrances, d'une douleur permanente qui suinte par ses nombreux pores…


Il est ici question de deux hommes, deux époques, deux contextes très différents. Je sais par avance que certaines personnes considèrent le thème de la Seconde Guerre mondiale comme surexploité, que d'une certaine manière, elles saturent des récits sur cette période historique. Pour autant, je dois avouer être fascinée par les guerres, par ce qu'elles révèlent de la nature humaine, ce que cela engendre. Toutefois, je ne suis pas parvenue à entrer pleinement dans l'histoire, l'immersion n'a pas été totale, quelques éléments m'ont légèrement fait tiquer, mais de grave, soyez-en assurés.


Benjamin, Benoît, deux personnages qui vont se retrouver projetés dans une autre vie, échangeant leur quotidien, troquant leurs rêves contre d'autres… Leur amour et leur peine vont changer, les deux hommes vont s'accommoder de leur nouvelle vie, d'une existence à laquelle aucun d'entre eux n'était préparé. le récit est construit sur une alternance, un parallèle entre leur vie. L'un se retrouver propulsé en pleine Seconde Guerre mondiale, dans un camp de Juifs, à Lodz l'autre est catapulté en 2016, dans un futur qu'il n'aurait même pas imaginé en rêve. L'alternance des chapitres et des points de vue rythme le récit mais je trouve que cela rend plus difficile l'immersion dans le quotidien de chaque personnage.


le récit est bien écrit et captivant, on découvre les réactions de Benoît ainsi que de Benjamin quand tous deux échangent leur vie, la manière dont ils s'adaptent, les doutes et la peur qui s'installent progressivement. À Lodz nous découvrons la misère d'un camp de Juifs, l'oppression et la violence, la douleur, la souffrance, en un mot : l'enfer. Il s'agit d'une époque très douloureuse, compliquée, dont les séquelles sont encore très vives à l'heure actuelle. Une ère terrible durant laquelle les pires atrocités ont été commises… L'histoire est dure sans être insoutenable, on se rend compte des conditions de détention déplorables des Juifs, de l'espoir qui leur permet de survivre. Survivre. C'est le mot. Quelques lettres qui font mal mais qui disent énormément de choses, qui prouvent que vous êtes en vie…


Qu'il s'agisse de 2016 ou de la Seconde Guerre mondiale, les destins des personnages se chevauchent, les ficelles qui tirent le tout se dessinent au fur et à mesure. Tout est lié, bien qu'en apparence linéaire, le temps aime à jouer, à se mouvoir aussi rapidement que son ombre. Les affres du temps ne sont pas que ce l'on croit, leur nature est tout autre, d'une beauté qui pourrait vous couper le souffle. Une fois le choc passé pour les protagonistes, l'heure est à la prise de conscience d'un décalage qu'ils devront combler. Ils n'ont plus aucun repère, complètement désorientés dans une époque qui n'est pas faite pour eux. Ils n'ont plus d'identité, contraints de s'accaparer de celle d'un autre, d'un double dont ils vivent la vie.


Dans ce livre, il est également question d'amour, celui avec un grand A, l'amour comme on en rêve tous. On peut presque lui donner un nom ici : Jennifer. Une femme formidable qui fait chavirer le coeur des hommes, le genre de personne intègre et sincère. Toutefois, tout ce qui tourne autour d'elle a finit par m'agacer. C'est plutôt mignon et gentillet au début, mais à la longue c'est un peu répétitif et lassant. Je crois que la romance Jennifer/Benjamin – Jennifer/Benoît m'a donné le tournis et c'est sans doute ce qui a ralenti mon immersion dans l'histoire. C'est touchant, mais un poil trop naïf pour moi. Je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux personnages malgré toute la bonne volonté de l'auteur, il n'y a que l'oncle Albert qui m'ait réellement touchée, émue.


Les personnages ne sont pas, à mes yeux, pas le point fort de cette histoire malgré leur personnalité très différente et travaillée. Ce qui prend réellement aux tripes, ce sont les messages que l'auteur fait passer, la conviction qu'il met à véhiculer des valeurs, à partager des souvenirs. Dans la vie, il faut foncer, dire aux autres qu'on les aime afin de ne pas nourrir de regrets. Les regrets sont terribles, ils hantent et rongent l'être humain, le tourmentent jusqu'à la fin de ses jours, lui rappelant sans cesse son manque d'ambition ou sa lâcheté, son impossibilité à agir…


La plume de Ludovic Metzker est simple et efficace, elle retranscrit bien les émotions et les doutes des personnages, nous fait découvrir l'horreur d'une époque et l'opulence d'une autre. On en apprend plus sur le Mur des Lamentations ainsi que de nombreuses autres choses, on sent vraiment que l'auteur s'est documenté mais surtout, que le sujet et le contexte lui tiennent à coeur. Ce livre est nécessaire pour lutter contre l'oubli car ce dernier tue… L'oubli est un fléau qui gangrène le monde, il ne faut pas oublier afin de ne pas refaire les mêmes erreurs. En mémoire de celles et ceux qui sont tombés, des frères d'armes, des héros dont on ne parle pas assez… Il s'agit d'un hommage à celles et ceux qui ont vécu les horreurs de la guerre, à toutes ces personnes qui se sont battues, qui ont souffert en défendant leur pays, une idéologie…

Véritable leçon de vie et d'amour, le Mur du Temps délivre un message de paix, de tolérance et de respect. Il faut vivre la vie d'un autre pour comprendre, pour ressentir ses peines et la douleur qui l'afflige. L'empathie est un sentiment important que ce livre convoque, il nous incite à faire preuve d'empathie, à troquer sa vie paisible contre une existence douloureuse… Dans ce monde, aimer est aussi important qu'être aimé, il faut profiter de chaque instant et sourire à la vie. Cette dernière est faite de blessures, de peines, de plaies béantes que le temps ne pansera jamais vraiment mais que l'amour pourra adoucir voire apaiser.


En définitive, le Mur du Temps est un superbe livre historique teinté de fantastique, il nous propose une plongée au coeur de l'horreur de la Seconde Guerre mondiale et des camps de Juifs, notamment celui de Lodz. Benoît et Benjamin, la guerre et 2016, deux destins qui, par la force des choses, vont être amenés à s'entrecroiser et à s'entrechoquer. Deux jeunes hommes sur qui le Temps va agir, maître incontesté et incontestable régi par sa volonté propre. L'histoire est touchante et porteuse de nombreux messages, d'amour et de respect. le seul hic concerne les personnages auxquels je ne me suis pas vraiment attachée malgré le contexte dans lequel ils évoluent, époques fascinantes au demeurant. Toutefois, je ne peux que reconnaître et admirer cet hommage rendu aux victimes des guerres, héros comme victimes. Ode à l'amour mais surtout, à la paix dans le monde.
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