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Critique de Herve-Lionel


Herve-Lionel
  06 juillet 2018
La Feuille Volante n° 1260
Racconti romani (Nouvelles romaines) Pier Paolo Pasolini – Folio.
Traduit de l'italien par René de Ceccatty. (édition bilingue)

Ce recueil de nouvelles écrites par Pasolini (1922-1975) dans les années 50 et publiées dans la presse puis initialement sous le titre « Histoires de la cité de Dieu, nouvelles et chroniques romaines » sont des textes épars qui constituaient la première partie du volume édité en 1998, c'est à dire vingt ans après l'assassinat de l'auteur. Il s'agit donc d'un recueil posthume qui retrace l'itinéraire de Pasolini dont certains textes ont été publiés dans la presse de l'époque ou repris en partie dans d'autres écrits. Quand il arrive à Rome en 1950 venant du Frioul, il est pauvre comme le sont les personnages de ces textes et découvre cette ville qui comptera tant pour lui. Il s'attache d'ailleurs à la décrire et notamment le quartier du Trastevere, pittoresque, vivant populaire et même malfamé à cette époque, ce qu'il ne n'est évidemment plus aujourd'hui. C'est en tout cas une balade dans cette partie de Rome, favorisée par la consultation de mon vieux « guide bleu » des années 50 . Il n'est pas encore le critique littéraire, et le cinéaste célèbre qu'il deviendra quelques années plus tard mais a déjà publié des poèmes et la société dans laquelle il vit reste pour lui une occasion unique de réflexion.
Des ces quatorze textes, il cherche à dire ce qu'il voit, à rendre compte de la pauvreté de cette époque et de la débrouillardise des petites gens pour survivre et son style est plutôt descriptif que poétique en ce sens qu'il souhaite avant tout témoigner de l'environnement social qu'il côtoie sans cependant négliger les images oniriques. Comment en effet, gommer le lyrisme de son écriture ? Parfois, comme dans « Roma allucinante », il laisse parler son âme de poète et cela donne un texte aux accents surréalistes, plein d'images, de couleurs et de sons qu'il faut lire à haute voix pour apprécier toute la musicalité de cette langue. Plus tard il se penchera sur la société dans laquelle il vit, cherchera à la décrypter pour, peut-être, l'améliorer ou à tout le moins y imprimer sa marque.
Ce recueil comporte aussi des idées de films, futurs scénarios écrits sans recherche poétique, un style plus ordinaire et haché mais qui sont autant de pistes de réflexion sur la ville de Rome qu'il aime tant mais aussi sur ceux et celles qui la peuplent (I morti di Roma – Donne di Roma). Il y parle du quotidien des vivants mais aussi de la violence qui en est indissociable, du côté transitoire et dur de la vie, de la mort qui guette chacun parce que c'est notre condition à tous. Pour souligner ce trait, il prendra plus volontiers dans ses films des acteurs amateurs plutôt que des comédiens professionnels connus. Il prend l'image des ponts parce que, à cette époque, le Tibre est encore une frontière dans cette ville. D'un côté la richesse et de l'autre la misère. Ce sont certes des points de passage mais aussi des instants dans la vie des Romains de toute condition, aristocrates, prolétaires, petites frappes ou prostituées.
Pasolini était un personnages atypique a bien des titres, homosexuel revendiqué, communiste marginal et dont l'assassinat lui-même reste, encore aujourd'hui, une énigme, ce qui épaissit le mystère mais aussi la passion que peut inspirer un tel personnage. J'ai, en tout cas, découvert ici, et avec intérêt, un écrivain que je ne connaissais pas.


© Hervé Gautier – Juillet 2018. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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