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Critique de mfrance


Évidemment, Hamon et Rotman se sont délectés à narrer l'existence passionnante et mouvementée de Yves Montand, de la naissance en Toscane à la fuite de la famille en France, de l'enfance pauvre du petit immigré à l'adolescent de la Cabucelle, qui trime pour ramener un salaire d'appoint à sa famille, tout en rêvant cinéma américain et chansons ! et bien sûr, toute la suite, les premiers concerts à Marseille, le départ à Paris, les débuts de sa carrière puis la reconnaissance de son talent, les rencontres qui vont changer sa vie, celle de Piaf bien sûr "son mentor artistique" et passion d'un temps et celle de Simone Signoret, La précieuse compagne, enfin le compagnonnage avec le parti communiste puis le désengagement intervenant peu à peu lorsque Montand prend conscience des mensonges, des turpitudes et des couleuvres que le PCF a tenté de faire avaler à ses ouailles.

Hamon et Rotman ont su dresser un panorama vivant et intéressant de la situation politique d'après guerre, avec en France l'influence prépondérante du PCF, qui a largement profité de son implication dans la Résistance, et à l'international le durcissement des rapports est-ouest, le conflit en Corée, les sinistres effets du maccarthysme, le rapport Krouchtchev suite à la mort de Staline, l'invasion soviétique en Hongrie, tous événements dans lesquels le couple Montand s'est largement impliqué ! à ce sujet, la tournée dans les pays de l'est fin 1956 demeure emblématique.

Les deux auteurs n'ont bien entendu pas écarté le Montand comédien, hâbleur, dont la faconde réjouissante a insufflé tant de fantaisie bienvenue à ses rôles, pas davantage que le Montand tragédien, dont la composition hallucinante de vérité cauchemardesque dans "l'Aveu" a laissé une telle empreinte dans l'esprit de ceux qui ont vu ce film ! ce rôle, littéralement "habité" par Montand tient toute sa force dans la volonté qu'a eue l'acteur d'exorciser ses aveuglements sur la réalité du communisme, tel que pratiqué par Staline et autres infects personnages !

Mais ce qui fait le sel de cet ouvrage et lui donne son incomparable saveur c'est la manière dont les auteurs nous racontent Montand chanteur, Montand bête de scène, apprivoisant le public, lui susurrant certaines mélodies, lui en assénant d'autres, magicien qui, d'un geste, d'une intonation, parfaitement choisis, délicatement ciselés, transforme chaque chanson en véritable oeuvre d'art.

Ce Montand là, dont tout geste, tout mot, toute danse esquissée, toute déambulation sur scène donnent une sensation d'évidence, de talent inné, nul n'imagine à l'entendre ou le voir qu'il s'agit là du fruit d'un labeur acharné, où presque chaque syllabe, pourrait-on dire, fait l'objet d'un délicat travail de mise au point. Quant au résultat ? tout est tellement évident que cela semble couler de source, comme une respiration, émanant de façon parfaitement naturelle.

Montand, c'est d'abord et avant tout un forçat. Mais à l'écouter, nul ne s'en aperçoit.
Conscient de ses défauts, grâce entre autres à Edith Piaf, il a eu la volonté de s'améliorer : l'accent, la maîtrise de la voix, le contrôle de la gestuelle, destinée à accompagner les textes, ces textes patiemment choisis pour former un ensemble cohérent qui corresponde à son attente et confère au récital la couleur qu'il entend lui donner. Il voulait la perfection ; il a atteint la perfection ! et s'est donné tout le mal qu'il fallait pour l'obtenir ...
Montand, c'est aussi un ascète ! nul ne s'en douterait, tant cet homme semble enclin à croquer la vie sous toutes ses formes et l'a prouvé pendant un demi-siècle ! mais dès qu'il s'agit de préparer un spectacle, il devient ce forcené du travail, se soumettant à un régime spartiate, s'imposant les rythmes infernaux d'un labeur sans cesse repris et amélioré jusqu'à obtenir le résultat précis qu'il voulait atteindre.
Tout cela, Hamon et Rotman nous le distillent avec gourmandise et bonheur et nous restituent, comme si nous étions dans les coulisses avec la "groupie" Signoret toutes les émotions de ses spectacles d'une rare intensité de l'Etoile en 1951, qui inaugure une longue série de récitals à guichets fermés, à l'apogée triomphal de Broadway en 1959 ... sans oublier le retour inoubliable de 1981 et la consécration au Metropolitan Opera à New-York en 1982 !
Chapeau l'Artiste !

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