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Critique de Henri-l-oiseleur


Henri-l-oiseleur
  02 juillet 2016
Les massacres et les destructions commis par l'Etat Islamique (ou "Daesh") à Palmyre ont soulevé une émotion considérable en Occident, à l'occasion de laquelle le grand historien Paul Veyne publia un livre qui traîne sur toutes les tables de libraires, "Palmyre, l'irremplaçable trésor". Paul Veyne nous a donné des ouvrages admirables, comme "L'empire gréco-romain", mais il est aussi tombé dans des panneaux qu'un peu de prudence lui aurait permis d'éviter, comme avec René Char ("René Char en ses poèmes") ou avec Palmyre. C'est pourquoi les époux Sartre (Annie et Maurice Sartre) publient cet ouvrage de 29 brefs chapitres, où ils rétablissent la vérité des faits, rappellent ce que la documentation nous enseigne, corrigent les erreurs et négligences de Paul Veyne, qui a écrit trop vite son livre à succès, où il voit en Pamyre une cité organisée en tribus à la mode arabe (malgré toutes les preuves du contraire), lui invente une organisation centralisée de "princes-marchands" que tout dément, se trompe sur la citoyenneté romaine des habitants, la confond avec une oligarchie marchande à la façon des cités italiennes, la dote de remparts qui ne furent construits que trente ans après la guerre avec Aurélien, et malgré toutes les inscriptions dédicatoires, dit ignorer qui finança les splendides monuments de la ville. Deux énormités surprennent encore plus : il affirme qu'aucun dieu grec ou romain n'était adoré à Palmyre (alors que dans l'antiquité, la pratique des équivalences entre dieux était constante - Baal = Zeus = Amon = Jupiter) et fait de Zénobie une princesse de Palmyre, Palmyre qui n'était pas une principauté et ne fut jamais gouvernée par des princes ou des rois.

Ces errements d'un grand historien consternent peut-être plus que les autres sottises que les auteurs relèvent et démentent, dues à la plume d'un général syrien qui se pique d'histoire, Mustafa Tlass. Ce dernier voit des Arabes partout, fait de Zénobie le chef de file d'une révolte contre le "colonialisme romain", en somme plaque sur l'histoire de Palmyre les slogans du parti Baath au pouvoir avec la famille Assad. Celle-ci ne sort pas grandie de ce livre, car ses armées, avant celles de l'Etat Islamique, ont commencé à dévaster la ville avant qu'elle ne tombe aux mains du Califat barbare. Les derniers chapitres, en dressant le tableau du niveau de culture et d'éducation d'un pays arabe oriental, expliquent la stérilité intellectuelle chronique de cette partie du monde en tous les domaines, mais surtout dans celui de l'histoire et de la connaissance de tout ce qui précède l'islam.

Ce livre consternant remet la vérité à l'honneur, mais montre sans concession l'imbécillité à l'oeuvre partout, chez les fanatiques du califat, les tortionnaires syriens, les journalistes occidentaux, et même certains esprits de chez nous dont la tête s'égare. C'est un livre à lire d'urgence, même s'il donne un coup au moral. On voit encore une fois, avec Paul Veyne, que plus un ouvrage recueille de faveur médiatique et de célébrité, moins il a de valeur. L'instinct journalistique pour la nullité est infaillible.
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