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Critique de MarylineMartinol


MarylineMartinol
  28 juillet 2016
Chronique de Sami Tchak ( Grand prix littéraire d'Afrique noire) :
Un livre à lire et à faire découvrir. Une écriture, une voix! le plaisir du texte, de la matière pour l'esprit. La densité du vivre! Un écrivain, un observateur qui recoud les miettes de l'instant avec le poids écrasant du passé. le Moi surgi de l'Histoire.
Cela n'aurait été qu'une question de guerre et de sang, mais ce narrateur qui parle à sa poupée s'insinue en nous comme l'écho de notre conscience, comme le prolongement de notre regard. Il nous éveille (ou réveille) aux infimes choses qui nous sont peut-être passées inaperçues alors qu'elles tiennent en elles le sens de la vie. Nous glissons du fragile détail à des tranches tirées de l'infernale orgie qu'est toute guerre.
On monte à bord du verbe de l'auteur comme sur un navire pour une virée incertaine. On dérive à la fois enchanté et angoissé. Non, ce n'est rien, ce n'est vraiment rien: juste un voyage au coeur de l'humanité où les étoiles n'atténuent pas la nuit, ou la nuit n'avale pas les étoiles, car les vérités possibles de ces confessions nous attendent dans nos propres clairs-obscurs. Même si nous ne sommes pas tous des sardines sans tête. ET surtout pas cette sardine-là, celle qui sait si bien nous parler que nous nous surprenons à penser qu'elle aussi est notre FRÈRE! C'est tout ce qu'on demande à la littérature: de réveiller même en un monstre ce que nous portons tous en nous, cette fragile lueur qui n'est nullement la promesse du meilleur ni forcément l'ironique sourire du pire.

Page 132: "Et à compter de ce jour-là, les choses n'étaient plus comme je les voyais, comme je pensais les saisir, disposées scrupuleusement sur les rayons, derrière les vitrines offertes aux promeneurs, badigeonnées des couleurs de France. Je venais de comprendre qu'elles avaient un prix, mais que ce prix-là n'était pas celui que l'on voyait indiqué en majuscules devant chaque montre ou chaque pot de confiture: il fallait obligatoirement le flairer dans la tourbe du quotidien, à travers le sourire crispé de la vieille dame du coin de la rue qui n'aime pas les mecs en noir et les nanas en burqa, dans la tête du barbu qui chante des chansons de Renaud sur la banquette de la gare, sur la mine consternée de la petite gitane qui quête devant le supermarché pendant que son père se gratte les couilles en coin, sur les joues entaillées de la jeune maman qui sanglote fort en elle quand elle entend la voix de son époux rentrant du bistro où il vient de boire tout le pognon du mois, sur les rides du serrurier qui vit dans sa bagnole depuis que les juges ont prononcé le divorce d'avec sa seconde épouse, du côté de la périphérie où flétrissent en bas des immeubles des jeunes gens en âge de voler de leurs propres ailes".

Pp. 156-157: "Le jour où Luiz Ortella, le neveu du défunt Ernesto Balobi, le chef du Parti gombolois des prélats irrités, assassiné dans son église, tu t'en souviens, prenait son envol pour Rome, les douaniers avaient découvert, emballés dans un mouchoir rouge, au fond de son bagage à main, un sein menu et un sexe de jeune fille. Il avait beau rugir qu'il en ignorait la provenance et que son voyage n'avait rien de spécieux, car il était invité à une conférence épiscopale organisée par le Pape en personne, les cinq douaniers groupés autour de lui l'accusaient de verser dans le trafic d'organes humains au profit du cartel indonésien domicilié en Italie, au vu du rapport d'enquête des services de renseignement qu'ils avaient en leur possession. La boucle avait été vite bouclée, et le piège s'était refermé sur le pauvre vicaire, qui n'en revenait pas. Tout cela parce qu'il avait pris la tête du Parti gombolois des prélats irrités et juré de continuer la lutte que monseigneur Ernesto Balobi avait ébauchée, de réduire à néant la puissance des trente amulettes à têtes d'éléphant que Sa-Majesté-la-Chose cachait entre les cuisses de sa mère-épouse et de remettre le pouvoir dans les mains de Dieu"
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