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Critique de Presence


Presence
  24 juin 2019
Ce tome est le premier d'une série de rééditions. Il comprend les 3 épisodes de la minisérie War Toys (2007/2008), le numéro spécial Yvette (2009), les numéros 1 à 11 (2006/2007) de la série continue, ainsi les numéros 34 & 35 (2011) et 57 (2014), tous écrits par Richard Starkings, également patron de Comicraft, une entreprise de lettrage. Moritat a illustré les épisodes War Toys, Yvette (avec Boo Cook & Marian Churchland), 1 et 4 à 11. L'épisode 2 a été dessiné par Henry Flint, le 3 par Tom Scioli. Il y a également une histoire de pirates illustrée par Chris Bachalo.

War Toys - En 2239, dans la région de Saint Tropez, un vieil homme rentre chez lui avec une maigre pitance, auprès de sa fille. La guerre continue de faire rage. Il entend des pilleurs approcher et il sort son katana pour pouvoir se défendre. Il commence par les tuer un par un en les prenant par surprise. Mais les Elephantmen surviennent et massacrent tous les êtres humains du secteur, sans faire de tri. du côté d'Angoulême, une poignée d'êtres humains résistent encore. Dans leur rang, se trouve une jeune femme prénommée Yvette qui se retrouve bientôt à la tête de ce groupe, se montrant aussi efficace qu'impitoyable au combat, achevant avec plaisir ces hybrides humain/animal, fabriqués génétiquement par la société MAPPO pour servir de soldats dans une guerre opposant l'Afrique à la Chine sur le sol de l'Europe.

Tout commence dans la deuxième moitié des années 1990, avec une série d'encarts publicitaires pour les polices d'écriture informatiques de Comicraft. N'ayant pas obtenu le droit d'utiliser des personnages DC ou Marvel pour illustrer son encart, Richard Starkings crée un hippopotame anthropomorphe en imperméable : Hip Flask. Celui-ci aura droit à 4 épisodes entre 2002 et 2016, et sur la base de ce personnage sera lancé la série Elephantmen en 2006, comptant plus de 80 épisodes à ce jour (2019). Dans le présent recueil (près de 500 pages), le lecteur découvre les épisodes de ladite série remis dans un ordre chronologique, en commençant par la minisérie War Toys. Dans le principe, à la suite d'une épidémie meurtrière en Europe et en Afrique du Nord, l'entreprise MAPPO a travaillé sur le matériel génétique humain et animal, et a fini par se lancer dans la production d'hybride conçu sur mesure pour la guerre sur le terrain, à partir d'éléphants, d'hippopotames, de phacochères, de crocodiles, de girafes, de chameaux, de rhinocéros, de zèbres, etc. Cette première partie du recueil montre ces Elephantmen en pleine action pendant ladite guerre.

Pour la minisérie, le scénariste surprend son lecteur par plusieurs choix. Pour commencer, l'action ne se situe pas aux États-Unis, mais en France. Richard Starkings est de nationalité britannique et il a choisi de déroger à la règle implicite qui veut que les comics se vendent mieux quand ils se déroulent sur le sol américain. Toutefois, par ordre de parution, ce ne sont pas les premiers épisodes, et les premiers se déroulent bien aux États-Unis. Ensuite il n'explique pas la raison de la guerre, se focalisant plus sur les affrontements, et les états d'esprit des humains et des Elephantmen. Il faut à nouveau garder à l'esprit qu'il s'agit d'un récit qui vient étoffer la série principale qui elle contient d'autres éléments sur l'origine de la guerre et des Elephantmen. Ensuite, Starkings se réfère souvent à des tactiques de guerre évoquant la première guerre mondiale, à commencer par la guerre des tranchées. La narration n'apporte aucune touche de romantisme d'un côté ou de l'autre des forces en opposition. Il commence par mettre en scène la mort de civils qui n'ont rien demandé. Il développe le fait que les Elephantmen ont été conçus et fabriqués comme des machines à tuer, sans état d'âme, avec des capacités qui en font de véritables tanks sur les champs de bataille. Toutefois, le lecteur comprend que leur sauvagerie ne découle pas de leur partie animale, mais a été fabriquée. En face, Yvette s'adapte à ses ennemis et se montre elle aussi impitoyable et très efficace dans l'art de tuer les ennemis. Il s'agit donc d'un récit sombre, où les Elephantmen accomplissent la besogne pour laquelle ils ont été conçus, et les humains résistent en devenant comme eux.

Dans un premier temps, le lecteur est déconcerté par les dessins de Moritat. Ils apparaissent un peu creux, avec un nombre de cases par page souvent réduit à 3 de la largeur de la page. Pour autant le dessinateur donne bien à voir l'action et les personnages, sans répétition par rapport à ce que contiennent les dialogues et les cellules de texte. Il donne vie aux belligérants, que ce soit les Elephantmen avec leur masse imposante et leur force, ou les humains qui semblent frêles par comparaison, mais aussi plus agiles. Il sait montrer chaque environnement avec peu de traits, et mettre l'action avec efficacité. Dans certaines cases, il passe beaucoup plus de temps à représenter un décor, par exemple le dessin en double page consacré à l'Arc de Triomphe de Paris. le lecteur se retrouve partagé entre une impression de lecture très rapide, parfois proche de celle d'un manga, et à d'autres moments des pages de comics plus traditionnelles. En outre les auteurs ont opté pour une mise en couleur assez sombre, aspect encore renforcé par le papier mat. du coup, les pages donnent une apparence de forte densité d'informations, alors que les couleurs viennent plutôt obscurcir les dessins. Marina Churchland réalise des dessins qui évoquent plus le shojo, beaucoup plus facilement lisibles, mais pas plus consistants. Boo Cook passe beaucoup plus de temps sur les personnages, réussissant des Elephantmen à l'apparence impressionnantes, mais moins de temps sur ses arrière-plans.

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En 2259 à Santa Monica, la guerre est terminée et les Elephantmen ont eu le droit d'intégrer la société civile des êtres humains. Ebony se fait héler dans la rue par une enfant Savanah. Il se laisse attendrir par elle et accepte de passer quelques moments avec elle, alors que dans sa tête il repense aux atrocités qu'il a commises pendant la guerre. Pour son émission de Radio, Herman Strumm reçoit un Elephantman crocodile et le pousse dans ses retranchements pour savoir s'il a déjà gouté à la chair humaine. Hip Flask se bat contre un Elephantman crocodile qui a dérobé une statuette africaine pendant que les cellules de texte contiennent des passages du Livre de Job sur le Béhémoth. Au dernier étage du gratte-ciel qui lui appartient, Obadiah Horn (Elephantman) repense à la guerre, à son ascension sociale après, à la manière dont il reste un paria dans la société humaine malgré sa réussite. Il est rejoint par sa femme Sahara (humaine) qui lui dit que l'heure de l'interview est arrivée. Un Elephantman raconte à une enfant le conte du capitaine Stoneheart qui avait capturé une fée aussi gentille que lui était sans pitié. Enfin, le temps est venu pour Joshua Serengheti de répondre de ses crimes de guerre devant une commission officielle.

Avec cette partie, le lecteur découvre le début de la série Elephantmen. Il retrouve les caractéristiques des dessins de Moritat qui peut très bien investir plus de temps pour atteindre un niveau de détails impressionnant, ou repasser en mode narration épurée et rapide. Une fois encore, il donne à voir le monde imaginé par Richard Starkings, et les créatures imposantes et impressionnantes que sont les Elephantmen. Néanmoins, quand le lecteur effectue la comparaison avec les dessins d'Henry Flint, il constate à quel point la sauvagerie de l'Elephantman ressort beaucoup plus lors de cette interview par une parodie d'Howard Stern. À l'opposé, Chris Bachalo réalise des planches exubérantes, sans bordure de case pour le conte avec le capitaine. Chis Burnham accentue le côté pulp, et Tom Scioli également. Toutefois chacun de ces artistes prend soin de ne pas utiliser l'esthétique propre aux comics de superhéros.

Au fil de cette douzaine d'épisodes, Richard Starkings tire pleinement profit de la richesse de l'univers qu'il a créé. Il introduit des personnages récurrents comme Hip Flask, Obadiah Horn et Ebony pour les Elephantmen, et des humains récurrents comme Sahara, Kazushi Nikken et Joshua Serengheti pour les humains. Chacun a une histoire personnelle directement reliée aux Elephantmen, soit parce qu'il en est un, soit parce que sa vie a été changée à leur contact. Les récits s'inscrivent dans le registre de la science-fiction, avec parfois des conventions empruntées à d'autres genres comme le polar ou la guerre, et de pirate pour une histoire. Chaque histoire contient la date à laquelle elle se déroule car les récits ne sont pas dans l'ordre chronologique, sans même parler des retours en arrière au sein d'un épisode. Petit à petit, le lecteur apprend à repérer les personnages récurrents, à les connaître. En parallèle, il glane des bribes d'information sur L Histoire : l'entreprise MAPPO, le généticien à l'origine de la création des Elephantmen, l'homme de guerre à l'origine de leur commercialisation. Il observe également le racisme ordinaire qui s'exerce à l'encontre des Elephantmen. le mode narratif fait que les personnages ne provoquent pas une très forte empathie, limitant le degré d'implication du lecteur, de la même manière que les dessins ne sont pas toujours assez immersifs. Mais l'inventivité des scénarios et la richesse de l'univers créé font que le lecteur éprouve toujours l'envie d'en apprendre plus.

Dans l'histoire des comics, il y a des séries atypiques, pour des critères différents. Elephantmen en fait partie, à la fois pour son origine (une mascotte pour vendre des fontes de police d'écriture), à la fois pour son monde original de science-fiction, à la fois pour les différents artistes ayant construit et développé ses visuels, à la fois des personnages hauts en couleur. Toutefois, les créateurs ne facilitent pas toujours son accès au lecteur (chronologie éparpillée) et l'ancrage émotionnel des personnages n'est pas toujours suffisant.
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