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Critique de HazID


HazID
  19 juin 2020
C'est amusant de remarquer certains paradoxes de la vie qui lui donnent à la fois un aspect drôle et un gout amer. Par exemple, comment le renouveau naît de la mort !
Croyants ou pas, lorsqu'on sent le besoin de se retrouver, de se renouveler, on prend le chemin du pèlerinage. Mais c'est drôle que, souvent, ces chemins, conduisent à une tombe, au cadavre enterré dans la terre d'une personne mort. Dans la culture humaine, la vie prend la complétude de son sens lorsqu'elle est confrontée à la mort. En Syrie, pour présenter ses condoléances, la personne dit aux proches du défunt : « que le reste soit dans votre vie ». A chaque fois j'assistais aux funérailles d'un proche, je me posais la question sur la signification du mot « le reste » dans cette phrase. Quel « reste » ? le reste de quoi ? Il en reste rien, il en reste son mémoire, c'est tout ! Je pensais que la phrase exprime probablement le souhait que le reste de la vie du défunt, qu'il aurait dû vivre s'il n'était pas mort, soit ajoutée dans la vie de son proche. Mais ce n'était pas très convaincant. Je pense avoir mieux compris ce que signifie « le reste », suite à la lecture de L'apparition de l'oubli. le « reste », c'est ce qui reste du mort en nous, et qui nous fait revivre, nous renouveler.
Si les matériels du pèlerin sont une paire de chaussures bien confortables et un chemin à travers un beau paysage, les matériels d'Alexis sont ses souvenirs. Avant le décès de son père, Alexis n'a jamais creusé la question sur sa relation avec son père, en tant qu'étranger. Il sait que son papa était syrien, il sait qu'il a des traits de caractères orientaux, mais quelque chose entravait de creuser plus loin, c'est probablement le confort dans la présence permanent de Raif, son papa, qui semblait imperturbable. Mais à sa disparition, à son départ précipité, la cloche sonne, fort, très fort dans les oreilles du fils, il entend l'écho d'un cri, des cris, qui surgissent du néant, et un visage commence à apparaître de l'obscurité, c'est un visage étranger, puis familier, puis il le distingue mieux, c'est un visage très connu, profondément aimé, mais étranger, celui du père. C'est drôle, et profondément perturbant, c'est un visage que le fils connait très bien, et ne connait pas. le papa tant aimé est d'un coup un étranger, un syrien. C'est alors que les images surgissent, les souvenirs d'enfance, le chemin de pèlerinage qui mène à la reconnaissance plus nette du visage de père, mais aussi de soi même, c'est alors que le pèlerin, de façon automatique et rapide, met ses chaussures, prend son petit sac, et part.
L'apparition de l'oubli c'est un pèlerinage dans les souvenirs en quête de découvrir l'aspect inconnu, ignoré, négligé depuis longtemps du père. Et, ce voyage ne pourrait qu'engager un autre, le voyage vers la redécouverte de soi.
Au même temps, comme le père est une partie essentielle de soi, sa disparition déclenche d'autres expériences, notamment celle qui concerne la relation avec la partie morte de soi. L'apparition de l'oubli représente une expérience spirituelle qui n'est pas moins importante que celle de la découverte du visage du père, celle de la libération de la partie morte de soi. Ce qui est particulièrement intéressant c'est que cette libération se fait en ravivant le défunt. Alexis décrit minutieusement son père dans les différentes situations dans lesquelles il nous le présente. Il prend son café le matin, il s'énerve pour telle ou telle chose, les mots qu'il aimait utiliser, ses rires, sa manière de se plaindre, etc. Raïf est à nouveau vivant, à travers le roman.
L'apparition de l'oubli c'est le pèlerinage qu'a fait Alexis à la redécouverte de son père et à la libération de la partie morte en lui, son père, L'apparition de l'oublie est le marteau de Kafka qui « brise la mer gelée » en Alexis, et en nous.
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