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Critique de Nastasia-B


Nastasia-B
  23 mai 2012
Ça y est, je me décide enfin, après moult hésitations, à écrire un petit billet virtuel sur ce livre que j'aime tant. le portrait de Dorian Gray, bien sûr, c'est une histoire. Mais en regard du nombre impressionnant de commentaires sur ce roman, peut-être n'est-il point besoin d'y apposer ma propre défloraison de l'oeuvre.

Nonobstant, bien au-delà de l'histoire, le portrait de Dorian Gray c'est un ton, c'est une forme, c'est la quasi quintessence de ce qu'Oscar Wilde aura su faire de plus réussi, de plus noble et ciselé, de plus acerbe et aérien et d'ailleurs, dans son immodestie provocante et coutumière caractéristique, lui-même ne s'y est pas trompé dans sa préface : « Un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c'est tout. »

Et effectivement, ce livre est une merveille stylistique, avec ce fameux ton dandy et pince-sans-rire de l'époque victorienne qui est devenu la marque de fabrique de l'auteur. le seul de ses contemporains à pouvoir parfois rivaliser avec lui sur ce registre est probablement l'autre grand monstre sacré du théâtre fin XIXème, j'ai nommé, Anton Tchékhov. Je n'insisterai donc jamais assez sur ce volet formel de l'ouvrage qui est une pure délectation.

Peut-être n'est-il pas vain de rappeler l'origine de ce roman. On sait que ce genre n'est pas le terrain de prédilection De Wilde, lui, le dramaturge dans l'âme. Mais comme Wilde n'a peur de rien, qu'il a un ego digne de faire de l'ombre à Napoléon, César et Louis XIV réunis, celui-ci n'hésite pas, lors d'une altercation verbale avec Sir Arthur Conan Doyle à mettre celui-ci au défi d'écrire un meilleur roman que lui et ce, dans un délai imparti.

Ce sera le portrait de Dorain Gray pour Oscar Wilde et Le Signe des quatre pour Conan Doyle : vous me direz, des altercations comme ça, on aimerait bien qu'il y en ait plus souvent en littérature !

Il fallut donc écrire vite, et dans un style non coutumier pour Oscar Wilde. Aussi est-ce peut-être la raison intime pour laquelle le portrait de Dorian Gray fait toujours un peu figure d'OLVNI (le L c'est pour Littéraire), car il y a une spontanéité, un élan et à la fois des « répliques » cinglantes et savoureuses, telles qu'on les désignerait dans une pièce de théâtre. Évidemment, vous me rétorquerez, que Wilde a passablement remanié son texte après que le défi fut terminé, mais il n'empêche que les conditions de sa gestation en font, du moins c'est la thèse que je défends, son intérêt et son originalité.

Un Wilde non pris de court, asseyant minutieusement un projet d'écriture romanesque n'aurait probablement pas effectué les choix d'écriture qui furent retenus pour le portrait. À propos, ce « portrait », comme on dit en français, j'ose encore vous ennuyer à mettre le doigt sur l'incomparable supériorité du titre original « The picture of Dorian Gray » qui joue sur la richesse sémantique du mot « picture », impossible à rendre en l'état en français, désignant à la fois le portrait et l'image, avec toute la connotation du mot « image » sous-jacente, « n'être que l'image de », et tout ce rapport à la forme par opposition au fond, déjà contenu dans le titre.

Le titre, justement, parlons-en encore. Dorian Gray. Ça sonne bien n'est-ce pas ? On sait que l'auteur aimait à choisir des titres dont les sonorités étaient pleines de sens, voire, de doubles sens (Cf : The Importance of being Earnest). Que peut bien nous dissimuler ce titre ? Bon, en ce qui concerne le nom de famille, Gray rappelle étrangement grey : il y aurait donc une nuance de gris là-dedans. C'est un début.

Dorian ? Hmm, c'est plus compliqué. L'étymologie nous enseigne que cela vient du grec signifiant " don " au sens de cadeau. Donc, " le don du gris " ? Mais, tiens, tiens, tiens ça me rappelle étonnement l'une des répliques de Dorian à Lord Henry : « Vous m'offrîtes naguère un livre empoisonné. » Mais, ce n'est peut-être pas tout, continuons…

Nous savons qu'Oscar Wilde connaissait bien assez de français pour jouer aussi avec les sonorités de cette langue. " D'or and grey ", c'est-à-dire d'or et de gris. Tiens, tiens, tiens, comme ça colle bien à l'histoire et au personnage. Et comme ça correspond, également, à l'un des grands succès anglosaxons de l'époque ; j'ai nommé L'Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, publié seulement quatre ans auparavant et dont on pourrait également dire que le protagoniste principal est fait d'or et de gris… Et si finalement cela voulait dire que…

Bon, j'arrête ici mes élucubrations, qui d'ailleurs ne représentent pas grand-chose, seule compte l'oeuvre, et cette oeuvre-là, elle compte.
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