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Critique de nameless


nameless
  13 mars 2018
Paru pour la première fois en 1964, le doute nécessaire est un roman policier atypique, érudit et philosophique qui met en scène le Professeur Karl Zweig, spécialiste reconnu de Nietzsche et Heidegger. Dans Londres enneigée, la veille de Noël, il aperçoit furtivement depuis un taxi, un homme en qui il croit reconnaître Gustav Neumann, un ancien étudiant croisé au début de sa carrière dans les années vingt, dont il a gardé un souvenir précis puisque Gustav souhaitait devenir un maître du crime. Troublé par cette rencontre fortuite, désireux de savoir si Gustav a réalisé son projet, Karl Zweig file chez son ami Charles Grey, retraité de Scotland Yard pour solliciter son avis. Rapidement, il apparaît que deux vieux messieurs dont Gustav a été le secrétaire sont morts en faisant de lui leur héritier, et qu'il est actuellement employé par Lord Timothy. Grey décide de s'assurer que Tim n'est pas menacé par une mort imminente, entraînant dans son enquête Zweig, bientôt en proie au doute. Il ressent une loyauté instinctive envers Gustav et son père Aloïs, un ami perdu de vue. A-t-il le droit de soupçonner Gustav  puisqu'aucune preuve ne peut être retenue contre lui. Mais s'il devenait pour la 3ème fois consécutive l'héritier d'un homme qui s'est suicidé, la coïncidence deviendrait inacceptable et le poids des présomptions vaudrait culpabilité.


A l'issue de cette lecture, je me sens ambivalente. Colin Wilson rappelle les années sombres au cours desquelles l'antisémitisme annonçait l'avènement du nazisme, l'exil forcé des familles juives face à la barbarie en marche. Il s'inspire des travaux de Paul Tillich, de Nietzsche et Heidegger pour proposer une réflexion sur la liberté, la responsabilité et les limites de la conscience. Le propos est brillant, universitaire, peut même nécessiter une prise modérée d'aspirine pour éviter au lecteur une trop massive prise de tête. L'hypnose et les drogues sont également à l'honneur dans ce roman : Peut-on contraindre une personne sous hypnose à accomplir des actes qu'elle n'accomplirait pas en état de veille ? Certaines drogues élargissent-elles le champ de la conscience jusqu'à provoquer chez le consommateur une vision, une intuition fulgurante, une illumination susceptible de l'amener à bâtir une nouvelle théorie sur l'interprétation du monde qui corrigerait toutes les erreurs préalables ?


En dépit de ses évidentes qualités et de la richesse de son contenu, plusieurs détails ont gêné ma lecture : le côté bourratif du texte, 379 pages d'un seul bloc, sans aucun chapitre pour aérer l'intrigue ou reprendre sa respiration ; un style qui, bien que grammaticalement irréprochable avec des accords de conjugaison impeccables, frôle parfois l'emphase ; l'ego quelque peu surdimensionné des personnages principaux qui ne doutent jamais un instant de leur intelligence ; la place réservée aux épouses, reléguées à la cuisine ou qui tricotent sagement devant la cheminée tandis que les hommes s'adonnent à un débat de haut vol en buvant sherry, whisky, cognac et en fumant de gros cigares pour faciliter leur digestion ; la personnalité rigide de Zweig qui au nom de la tranquillité préfère partager son lit avec une bouillotte plutôt qu'avec une femme et emploie une bonne pour préparer son café ou allumer le chauffage.


Malgré ces quelques restrictions, Le doute nécessaire est une découverte intéressante et originale.
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